Réflexion théorique sur l’instrumentalisation de la performance globale

et

Résumés

Aujourd’hui, la stratégie de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) constitue une exigence incontournable, pour toute firme qui cherche à suivre les attentes des différentes parties prenantes. A cet égard, la mise en place des outils, en l’occurrence les systèmes de contrôle, est désormais nécessaire en vue de suivre et de piloter les objectifs fixés par cette stratégie.
L’objectif visé par la présente contribution est d’analyser le paradigme de l’instrumentalisation de la démarche RSE en mettant en évidence, d’une part, l’ensemble des concepts clés liés à la notion de la performance et plus particulièrement celle qui est globale, et qui renferme plusieurs dimensions à caractère social, environnemental et économique, et d’autre part, de mettre en exergue les différents apports en matière de mécanismes de contrôle qui permettent de décliner la démarche RSE, plus précisément les indicateurs RSE (non financiers), dont la finalité est de mesurer leur contribution dans le pilotage de la performance globale.
Today, the Corporate Social Responsibility (CSR) strategy is an essential requirement, for any firm seeking to follow expectations of various stakeholders, in this context, the implementation of control systems tools is now necessary to monitor and steer the objectives set by this strategy.
The main goal of the present theoretical contribution is to analyze the paradigm of an instrumentalisation of the CSR approach by highlighting, on the one hand, all the key concepts related to the performance notion and more particularly the global one that contains several dimensions social, environmental and economic, and on the other hand, to highlight the various contributions in terms of control mechanisms that make it possible to develop the CSR approach, in particular the CSR indicators (non-financial) whose purpose is to measure their contribution on the management of overall performance.

Texte intégral

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Introduction générale

Le contexte des vingt dernières années est marqué par une appropriation massive du concept de développement durable par les entreprises. Si des débats contrastés subsistent au sens et à la portée de ce concept, l’actualité des dernières années traduit l’émergence d’un nouveau paradigme ou, pour reprendre l’analyse d’Aggeri et al. (2005), une nouvelle vague de rationalisation qui imprègne de plus en plus fréquemment les processus de décision dans l’entreprise. Le développement durable  est ainsi appelé à devenir une composante essentielle et une stratégie à part entière dans le modèle de croissance de l’entreprise.

En effet, un engagement responsable de l’entreprise est dû à la recherche de sa légitimité sociale et de son efficacité économique et financière afin de continuer à créer de la valeur dans de bonnes conditions, et de s’adapter au contexte. Ainsi, pour pouvoir assumer durablement sa compétitivité, il lui faudra la capacité de profiter des opportunités de la mondialisation et de prévenir ses menaces, de viser une performance durable dans un contexte incertain et d’être une entité capable de s’adapter au rythme des mutations, notamment, en conciliant les intérêts particuliers des parties prenantes vers l’intérêt général (Poisson et Molho, 2003). Il s’agit, donc, de relever trois défis d’ordre managérial, économique et environnemental (Spuzed, 2002). La justification de la RSE se trouve associée à la représentation de la nature et du rôle de l’entreprise et de sa raison d’être.

Par ailleurs, la mesure de la RSE pose des problèmes complexes, qui font différents choix épistémologiques visant l’élaboration d’instruments de mesure et de contrôle fiables. Ces nouvelles stratégies d’entreprise cherchant à intégrer un triple objectif : économique, social et environnemental apparaissent comme des réponses aux pressions de leurs parties prenantes comme les investisseurs « socialement responsables », salariés, syndicats, clients, fournisseurs ainsi que des acteurs de la société civile. Elles apparaissent comme des démarches de légitimation par rapport à l’évolution des attentes de la société.

Aujourd’hui, les entreprises sont obligées de repenser, indirectement, leur mode de management. Elles sont exposées à des enjeux en matière d’images de marque, de réputation, et des risques juridiques et industriels (Wolff, 2010). Ces nouvelles exigences en faveur d’une RSE se sont accompagnées de nouveaux mécanismes de régulation tels que des normes et réglementations venant stigmatiser les modes de gestion et les types de gouvernance des entreprises. La RSE constitue un investissement pour l’entreprise, elle suppose, en conséquence, un retour sur investissement, d’où la nécessité de rendre compte des performances de la stratégie RSE. En utilisant des outils de gestion interne, il s’agit du contrôle de gestion moderne « systèmes de contrôle » visant l’évaluation de l’utilisation des ressources, des actions et leur adéquation avec la stratégie et les objectifs RSE en vue de détecter les écarts liés aux indicateurs RSE et également de proposer des pistes d’amélioration et les adapter au contexte marocain.

Dans cette perspective, l’objectif de cet article est d’analyser et éclaircir l’ensemble des concepts liés à la performance globale en passant par la performance classique, la performance sociale et environnementale et en arrivant à une performance globale comme finalité de l’adoption d’une stratégie RSE d’une part, et d’autre part, présenter les systèmes de contrôle qui permettent de suivre , mesurer et contrôler cette stratégie, et plus particulièrement les indicateurs RSE en vue de piloter la performance globale. Pour traiter cette thématique, nous avons choisi la problématique suivante: « Quels sont les apports théoriques de l’instrumentalisation de la performance globale ? »

Afin d’analyser théoriquement cette problématique, nous adoptons le plan suivant :

– la 1ère partie présente l’analyse de revue de littérature afférente aux concepts clés allant de la performance classique à la performance globale.

– la 2ème partie expose l’ensemble des apports théoriques par rapport à l’instrumentation de la performance globale en mettant en relief les concepts clés en la matière à savoir : les systèmes de contrôle de gestion classique et adaptés au contexte de la performance globale, ainsi que les indicateurs RSE comme des systèmes de contrôle mesurable, les facteurs qui engendrent la mise en place des indicateurs RSE.

La performance globale et la RSE : Revue de littérature

Les fondements de la performance globale : généalogie du projet managérial de développement durable

Dans la première partie de cet article, nous présenterons un panorama des évolutions théoriques du concept de la performance en citant le concept de la performance classique comme une notion floue dans la littérature, ensuite, on présentera une nouvelle vision qui prend en compte d’autres dimensions à savoir la performance globale dont la perspective est de mesurer les actions de la firme par rapport aux objectifs du développement durable.

Le concept de la performance

L’origine de la notion de la performance

Étymologiquement, le concept de « performance » vient de l’ancien français « parformer » qui, au XIIIème siècle, se traduisait par « accomplissement et exécuter ». Au XVème siècle, il apparaît en anglais avec to perform dont vient le mot « performance ». Il signifie à la fois l’achèvement d’un processus, d’une tâche avec les résultats qui en découlent et le succès que l’on peut y atteindre (Essid, 2009).

Historiquement, le terme « performance » s’employait en amont dans deux domaines particuliers à savoir :

  • La mécanique pour montrer les caractéristiques et le potentiel technique d’une machine.
  • Le sport pour caractériser les résultats d’une compétition, le fait d’utiliser la performance pour une entreprise revient automatiquement à son utilisation comme métaphore sportive ou mécanique (Bourguignon, 1997).

La performance comme une notion insaisissable dans les sciences de gestion

Une appellation traditionnelle désigne la performance comme la réalisation et l’atteinte des objectifs de l’organisation, voire leur dépassement. C’est une notion polarisée sur le résultat annoncé, mais qui véhicule en plus un jugement de valeur sur le résultat finalement obtenu (positif ou négatif) et la démarche qui a permis de l’atteindre. Des notions voisines  telles que l’efficience et l’efficacité cohabitent et se recoupent parfois avec la performance dans les écrits1L’efficience (le rapport entre le résultat obtenu et les ...continue.

Dans la littérature économique, le terme « performance » demeure très complexe à cerner dans la mesure où il est largement polysémique dans les champs de la gestion. En plus, il est clair que la notion de performance intègre par définition une certaine « subjectivité ». Dans cette optique, Saulquin et Schier (2005) indiquent que la performance a plusieurs facettes et qu’il existe des observateurs à l’intérieur et à l’extérieur de l’organisation, ce concept est ainsi déterminé par ceux qui vont exploiter l’information. La performance n’a d’intérêt que par rapport à l’utilité de l’information par l’utilisation. La dite notion n’a d’importance (de valeur) que par rapport à ce que l’utilisateur de cette information va en faire.

Les fondements de la performance globale : généalogie du projet managérial de développement durable

Le développement durable et la RSE, comme des concepts pivots, sont nés dans des sphères différentes, tout en passant dans une trajectoire jusqu’au début des années 1990 où le rapprochement des deux notions sera opéré sous l’influence de plusieurs acteurs publics, consultants et institutions internationales.

Le concept de la Responsabilité Sociétale des Entreprises

La Responsabilité Sociétale de l’Entreprise (RSE) ne constitue pas une thématique d’apparition récente, il s’agit plutôt de la réapparition sous une forme actualisée d’une problématique  aussi vieille que la discipline des sciences de gestion. En effet, les problèmes d’ordre éthique ou social soulevés par l’activité des entreprises ont toujours existé dans le domaine du management. Si ces questions ont été souvent occultées par le passé (Lépineux, 2003), elles revêtent de nos jours une forme spécifique et une importance particulière liées aux changements socio-économiques actuels.

Néanmoins, selon Dejean (2004), il est délicat d’élaborer une définition théorique unique de la RSE à cause de la multi-dimensionnalité d’analyse et des catégories conceptuelles. Pasquero (2005a) indique que cette notion a souvent été multidimensionnelle, oscillant entre pragmatisme et idéologie. Si l’on admet que cette deuxième remarque, plutôt qu’essayer d’élaborer cette définition, il apparaît plus adéquat d’analyser la source et la succession de l’ensemble des courants d’analyse qui ont contribué à l’enrichissement et le changement progressif de la réflexion sur ce concept.

En effet, La RSE constitue une traduction du terme anglo-saxon « Corporate Social Responsibility » (CSR). À partir  de la  définition de la Commission Européenne dans son livre vert de 2001, elle qualifie la RSE comme : « l’intégration volontaire des préoccupations sociales et écologiques des entreprises à leurs activités commerciales et à leurs relations avec différentes parties concernées (stakeholders) ». Tandis que le débat sur la RSE, en tant que – modèle discursif et pratique, peut sembler relativement nouveau, en revanche, la littérature nord-américaine énonce la vigueur et l’existence de cette question avant autour de l’éthique religieuse des dirigeants (Aggeri et Godard, 2006; Capron, 2006). Cela est particulièrement vrai si l’on considère la RSE explicite et non implicite. En effet, on ne peut admettre que les relations entre entreprises et sociétés, comme objet de questionnement et de crise, ne se soient développées que dans le contexte américain. Par exemple, en France, le rapport du Sudreau (1975) qui est à l’origine de la loi sur le bilan social (1977) a donné lieu à un grand débat national sur l’importance d’assurer une réforme de l’entreprise, une rupture par rapport à l’ordre productif issu du 19ème siècle, et sur la manière d’appréciation des performances sociales de l’entreprise.

La concrétisation du développement durable et l’enracinement de la notion de la notion de la performance

Le projet managérial du développement durable se concrétise depuis une dizaine d’années à travers une série d’engagements de grandes entreprises et des initiatives concentrées, volontaires, permettant d’organiser le débat en réseau d’entreprises, acteurs publics nationaux et organismes internationaux. Cette mobilisation importante des entreprises n’est pas une réaction spontanée mais le résultat d’un processus d’apprentissage qui met en jeu l’action conjointe de plusieurs acteurs. Le rôle des consultants britanniques a été déterminant dans l’émergence d’un nouveau référentiel universel et d’un langage managérial articulé autour des notions de « Triple Bottom Line » ou triple bilan, licence To operate ou de performance globale. Ces notions renvoient à la nécessité de rouvrir le concept de performance pour intégrer, aux dimensions économiques, les dimensions environnementales et sociales. Cette perspective est moins centrée sur des préoccupations d’équilibres environnementaux et géopolitiques planétaires qu’à l’acceptabilité sociétale de l’action des entreprises. Elle appelle à une perspective plus orientée vers l’apprentissage permettant l’engagement entre les entreprises et leurs parties prenantes.

De la performance sociétale à la performance globale

Dans l’objectif d’opérationnaliser et de piloter les dimensions de la RSE, il fallait inventer un nouveau concept : il s’agit de la Performance Sociétale des Entreprises (PSE). L’objectif est d’éclaircir l’ensemble des approches théoriques liées à la concrétisation de la stratégie RSE en passant par la performance sociétale et en arrivant à la performance globale.

La performance sociétale des entreprises (PSE)

Concrètement, la notion de Performance Sociétale des Entreprises (PSE) se présente comme une synthèse consolidée des différents travaux sur la RSE (Carroll, 1979) d’une part et sur le concept de sensibilité sociétale (Wartick et Cochran ; 1985) d’autre part. Gond (2004) a essayé d’expliquer ce constat en affirmant que «les travaux académiques sur la responsabilité sociétale seront d’abord centrés sur un double questionnement des limites du concept en cherchant d’une part à en évaluer les frontières, et d’autre part à en cerner les fondements ».

Ensuite, les recherches académiques s’attacheront à caractériser les modes de gestion de cette responsabilité par les entreprises dans une optique plus managériale et moins philosophique, à travers la notion de sensibilité sociale, qui interprète la capacité de la firme à prévenir et gérer les problèmes sociétaux dans son environnement (Frederick, 1978). Dans cette perspective, la notion de performance sociétale se pose tout à la fois comme une synthèse des travaux antérieurs visant à regrouper les deux optiques précédentes et comme un prolongement de cette réflexion en mettant au cœur des préoccupations la question de la mesure des actions concrètement mises en place par les entreprises ».

En effet, Carroll (1979) a été le premier à construire les principes d’une performance issue des concepts de la RSE. Cette performance consiste à mesurer, suivre et relater les efforts des firmes pour la prise en compte des aspects sociétaux et éthiques. En croisant les trois dimensions que nous avons évoquées, Carroll élabore un modèle pour classer les comportements des entreprises à l’égard de leur responsabilité sociale, et donc par corollaire, leur performance sociétale.

Les approches théoriques de la performance globale 

Globalement, la performance globale représente la contribution de l’entreprise aux objectifs de développement durable. Elle s’inscrit dans le contrôle de la RSE. Elle suppose une multiplication des domaines de contrôle et un élargissement de leur périmètre. Elle exige, en théorie, l’implication et l’équilibre entre les objectifs économiques, environnementaux et sociaux (Quairel, 2006). Ainsi, l’évaluation de cette performance sort de la vision classique de l’entreprise (vision shareholder), responsable de ses performances financières envers les seuls actionnaires, pour adopter une vision de l’entreprise encastrée dans la société et ayant à rendre compte de ses comportements en matière sociale et environnementale à une multitude de parties prenantes (vision stakeholder) (Capron, Quairel, 2004).

Dans le même sens, les dispositifs actuels de la mise en évaluation de la performance globale dans le domaine  de la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise (RSE) sont liés aux attentes des parties prenantes et suivies par les organismes extérieurs à la firme (notation extra-financière, classements et prix, enquêtes de réputation…).

Pour pallier ces difficultés d’opérationnalisation, Reynaud (2003) suggère une décomposition de la performance globale de l’entreprise en deux catégories : la performance économique et la performance socio-environnementale (ou sociétale). À partir de cette décomposition, l’évaluation de la performance de l’entreprise ne pourra se faire sans prendre en compte les paramètres sociaux et environnementaux et mesurer leurs performances respectives.

Figure 1: Décomposition de la performance globale de l’entreprise Source : Reynaud, 2003

l’instrumentalisation de la Responsabilité Sociétale des Entreprises comme garant d’une performance pérenne : Analyse théorique

Les cadres théoriques de la RSE ont longtemps été marqués par une analyse philosophique de la responsabilité, faisant intervenir la liberté active et la conscience du manager, à partir ou au-delà du niveau sociologique. Ainsi que le souligne Acquier (2007b), l’idée de liberté et de responsabilité individuelle apparaît comme une hypothèse fondamentale de cette littérature.

Les outils de gestion comme courant de recherche

La littérature sur les outils de gestion a connu un développement remarquable suite à la diffusion de plusieurs types d’outils dans les différents domaines de gestion notamment : les normes qualité (ISO 9000), environnement (ISO 14000) ou encore les normes comptables (IAS/IFRS). Cette littérature englobe non seulement les sciences de gestion et l’ingénierie mais aussi la sociologie et le droit.

Jean-Claude Moisdon (1997) propose une définition plus précise, dans l’introduction de l’ouvrage collectif « Du Mode d’existence des outils de gestion », et définit un outil de gestion comme un « ensemble de raisonnement et de connaissance reliant de façon formelle un certain nombre de variables issues de l’organisation, qu’il s’agisse de qualité, de prix , de niveaux de qualité ou de tout autre paramètre, et destiné à instruire les divers actes classiques de la gestion , que l’on peut regrouper dans les termes de la trilogie classique : prévoir, décider , contrôler » (Moisdon,1997).

Les systèmes de pilotage interne de la performance globale

La mise en évaluation de la performance globale prend en considération outre les approches monétaires les outils de management stratégique par la prise en compte des indicateurs de processus  dits variables d’action «  leading indicators » plutôt que des mesures de résultats «  lagging indicators ». Récemment, on assiste à des évolutions importantes des systèmes de contrôle notamment : la Balanced scorcard, navigateur Skandia, Triple Bottom Line qui, dans leurs versions les plus actuelles, sont incontestablement les formes les plus abouties en matière d’outils de pilotage intégrant les préoccupations de développement durable et la mesure d’une performance globale.

Le Total Balanced Scorecard

Supizet (2002) énonce un principe qui imposerait à l’entreprise l’obligation de satisfaire sept clients : les actionnaires, les clients, les usagers, l’entreprise elle-même en tant que personne morale, les partenaires, le personnel et la collectivité. Ce préalable, étant posé, il propose un « Total Balanced Scorecard » dont le modèle repose sur une série de six relations causales entre les parties prenantes.

Le Navigateur de Skandia AFS

Théorisé par Edvinsson et Malone (1997) et mis en œuvre chez Skandia AFS, ce  principe tient compte de l’un des aspects de la performance sociétale, plus précisément de celui ayant trait aux salariés et aux clients. Il tire ses bases et fondements conceptuels de la notion de capital intellectuel.

Selon Germain et Trébucq (2003), l’attention particulière donnée aux ressources humaines constitue la nouveauté réelle du navigateur. Celles –ci bénéficient d’un nombre important d’indicateurs identiques aux autres dimensions de la performance. Cette partie est liée précisément aux salariés de la firme. L’axe humain correspond aux compétences des salariés et à l’engagement de l’entreprise pour la durabilité de son niveau.

Le Triple Bottom Line reporting (TBL) et le Global Reporting Initiative (GRI)

Le TPL et le GRI présentent une panoplie d’indicateurs se rapportant à la dimension globale de la performance. Le TPL défend l’idée selon laquelle la performance globale d’une entreprise doit être mesurée en fonction de sa triple contribution à la prospérité économique, au capital social et à la qualité de l’environnement. Pour sa part, le GRI définit des lignes directrices pour la mise en œuvre des rapports de développement durable et propose les indicateurs de performance correspondants. Pour Stephany (2003), la véritable valeur ajoutée du développement durable tient à la gestion des interactions entre les trois piliers précités.

Aujourd’hui, on assiste à un ensemble de systèmes de mesures «  systèmes de contrôle » qui permettent de décliner la stratégie RSE au niveau opérationnel. On trouve notamment le tableau de bord prospectif dans sa version récente « Total Balanced Scorecard (T.B.S.C.) » composées des indicateurs de la performance sociale et environnementale, le navigateur skandia qui s’intéresse le plus à la notion de capital humain par la mise en place d’un axe humain qui tient compte de plusieurs indicateurs de la performance sociale. Pour   le TBL, il contient une panoplie d’indicateurs dont 3 contributions doivent être prises en considération à savoir : la prospérité économique, le capital social et la qualité de l’environnement. Cependant, le GRI s’intéresse particulièrement à la mise en exergue d’une ligne directrice qui regroupe des indicateurs RSE.

Les indicateurs RSE

Ils sont créés pour simplifier la communication externe avec les parties prenantes. Par la suite, ils se sont impliqués dans la stratégie et le management des firmes à cause des insuffisances majeures en matière de mesure, de pilotage, d’audit, de reporting, ainsi que la vérification et le benchmarking de la performance sociétale et environnementale (Epstein, 1996).

Les indicateurs de la RSE sont considérés comme des mesures et des données, essentiellement chiffrées et quantifiables, qui informent sur les performances des entreprises sur les trois axes du développement durable. En 2001, un rapport, établi par la GRI, énonce  plusieurs types d’indicateurs que nous pouvons résumer comme suit:

Tableau n °1 : Exemple d’indicateurs de développement durable selon la GRI

Les indicateurs RSE pour le pilotage de la performance globale

Généralement, le cadre contingent et le cadre néo-institutionnel sont considérés comme les plus utilisés pour l’explication des facteurs et les pratiques de contrôle spécial (Sponem, 2006). Le premier se base sur des variables dites techniques, tirées de l’environnement technique, alors que le deuxième se focalise sur d’autres variables liées à l’environnement institutionnel.

L’approche contingente

L’approche contingente sert principalement à cerner les relations entre les caractéristiques intrinsèques de la firme et les attributs des systèmes de contrôle. En fait, il permet d’expliquer l’architecture des systèmes de contrôle de gestion en fonction de l’environnement technique qui insiste sur une efficacité organisationnelle grande (Sponem, 2002), par conséquent, elle contribue fortement à la compréhension des systèmes de contrôle (Covaleski et al., 1996).

Certes, cette théorie permet d’étudier les systèmes de mesure de performance et surtout leurs impacts sur la performance financière de l’entreprise comme elle a contribué à l’enrichissement de la littérature en tenant compte d’autres variables contingentes. À titre d’exemple, Waggoner et al. (1999) ont organisé les variables influençant le changement et l’évolution des systèmes de mesures des performances comme suit : les clients, les TIC, la place occupée sur le marché, la législation (ou la politique gouvernementale), l’appartenance à la nouvelle industrie, la nature du travail effectué et l’incertitude du futur.

L’approche néo-institutionnelle

Pour la théorie néo-institutionnelle, Quairel (2006) la considère comme la vision la plus privilégiée pour la mesure de la performance globale dans la mesure où elle se situe dans un terrain symbolique, en vue d’une recherche de légitimité, que sur un terrain de la maximisation de l’efficacité. Essid (2009) rejoint les résultats de Quairel (2006). En effet, il est possible d’avancer l’importance des variables néo-institutionnelles pour expliquer l’intégration de la RSE dans les systèmes de contrôle. Ces derniers donnent l’illusion de la rationalité aux acteurs internes et externes, traduisent un compromis pour des objectifs difficilement conciliables voire conflictuels et légitiment l’action de l’organisation.

Conclusion générale

Dans le but d’instrumentaliser la RSE et la contrôler de façon efficace, plusieurs outils de gestion ont été créés dans le but d’assurer un pilotage rigoureux des objectifs stratégiques liés aux différentes dimensions sociale et environnementale. Malgré l’ambigüité qui règne en matière de systèmes de mesure de la RSE, plusieurs tentatives ont essayé de cadrer le domaine par plusieurs auteurs en proposant des outils de mesure de la performance globale notamment : la Balanced Scorecard initiée par Kaplan et Norton et développée par Hockerts,Bicker et Gminder en 2001 qui suggèrent l’intégration des autres indicateurs de développement durable. D’autant plus, le navigateur Skandia prend en compte l’un des facteurs pivots de la performance sociétale : facteur humain (satisfaction des salariés) en se basant sur le concept du capital intellectuel.  Le bilan sociétal avancé par le centre des  jeunes dirigeants et acteurs de l’économie et sociale (CJDES) se focalise sur deux principaux volets, à savoir, le dialogue avec les partenaires et le diagnostic des faits liés à la responsabilité sociétale,  GRI, etc…).

Dans le même sens, l’instauration peut être suffisante pour la légitimité vis-à-vis des parties prenantes alors que pour le suivi et l’amélioration de la performance, il est indispensable d’innover des outils de suivi et les adapter au contexte de la firme. Plusieurs tentatives pour le cadrage des indicateurs RSE notamment la Globale Reporting Initiative  (GRI)  qui a pu citer une panoplie des indicateurs (indicateurs économiques, indicateurs sociaux, indicateurs environnementaux).

Pour l’analyse des contributions des indicateurs RSE dans le pilotage de la performance, deux approches théoriques (contingence et néo-institutionnelle) apparaissent comme transversales, et adaptables surtout avec les types de contrôle spécifique (contrôle de la dimension sociale et environnementale).

Toutefois, les théoriciens de la contingence recherchent une solution satisfaisante pour une entreprise spécifique (CLAUDE ALAZARD et al, 2004) c’est-à-dire la présentation des caractéristiques particulières de la firme et l’adapter avec les systèmes de contrôle, en se focalisant sur des variables telles que la taille, l’environnement, la culture…etc. Pour l’approche néo-institutionnelle, elle cherche à cadrer l’application des indicateurs RSE par rapport à des variables de l’environnement institutionnel en se basant sur des variables telles que  la législation et les normes professionnelles.

De ce fait ,  l’objectif au  niveau pratique est de comprendre la façon avec laquelle  les indicateurs RSE ont été adaptés dans les entreprises marocaines en prenant en compte les variables de l’environnement technique et de l’environnement institutionnel et par la suite, cela nous orientera à penser à la façon avec laquelle les firmes marocaines organisent, adaptent et contrôlent ces indicateurs RSE dans des systèmes de contrôle en mettant en exergue les particularités des entreprises nationales.

References   [ + ]

1. L’efficience (le rapport entre le résultat obtenu et les moyens mis en œuvre). Quant à  L’efficacité, elle traduit la capacité d’une organisation à produire le résultat attendu, identifiable et mesurable.


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Pour citer cette article

et , "Réflexion théorique sur l’instrumentalisation de la performance globale", RIMEC [en ligne], 03 | 2019, mis en ligne le 10 mars 2019, consulté le 27 May 2019. URL: http://www.revue-rimec.org/reflexion-theorique-sur-linstrumentalisation-de-la-performance-globale/