Présentation du numéro

Texte intégral

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Le présent numéro s’ancre dans la continuité du colloque international qui s’est tenu du 23 au 25 février 2017 à l’université internationale d’Agadir, Universiapolis (Maroc) autour de la problématique du tourisme et du développement territorial. L’événement a réuni des participants nationaux et internationaux ; chercheurs universitaires et spécialistes du tourisme, du patrimoine de la communication et du développement, etc. Le colloque s’est fixé pour objectif de confronter les expériences issues de différents terrains d’études internationaux et d’offrir aux différents intervenants une aire de réflexion sur les concepts, les moyens mis en œuvre et les méthodes engageant le tourisme dans le développement du territoire.

Dès l’introduction sont par ailleurs abordées des questions qui reviendront à plusieurs reprises lors des interventions : le tourisme permet-il de développer les activités économiques sur le long terme ? Quels sont les enjeux de gouvernance qui conditionnent le devenir des territoires touristiques ? Quelles stratégies adoptées pour promouvoir et soutenir les actions de valorisation et de préservation des patrimoines ? Comment s’articulent les interactions entre les décideurs politiques et les acteurs du terrain ? Quel est le rôle du marketing territorial dans la préservation du patrimoine ? Quels sont les moyens à mettre en place, afin de préserver les patrimoines naturel, matériel et immatériel ? Quelles stratégies communicationnelles adopter ? Comment construire l’image des destinations touristiques ?

Le colloque a été ouvert par Christian Le Moënne, qui a insisté sur l’importance de la communication dans le développement des territoires touristiques. De son côté, Mohamed Ait Hamza a posé la question des perspectives d’un développement touristique durable centré sur la valorisation des ressources patrimoniales.

L’intérêt de ce numéro repose sur une grande variété de questions. Les articles qui le structurent présentent des contextes très diversifiés et les auteurs sont à même de proposer des points de vue complémentaires.

Le premier texte de Rida Alilou Mohamed et Salhi Adil (Le patrimoine Naturel dans la Zone du Rif, région Tanger-Tétouan El Hoceima (Province de Chechaouen) : géo-tourisme et géo-patrimoine) porte sur le patrimoine géomorphologique et son rôle dans la valorisation touristique. Aujourd’hui, on assiste à une forte demande pour les activités de loisir en lien avec la nature. Cette tendance se traduit par l’émergence du géo-tourisme, qui vise à promouvoir les sciences de la Terre par le tourisme. C’est dans ce cadre que s’inscrit le travail des auteurs qui consiste à inventorier les géomorphosites, à identification des formes les plus intéressantes du paysage géomorphologique et à les évaluer selon une méthodologie éprouvée, élaborée à l’Institut de Géographie de l’Université de Lausanne (IGUL), puis à proposer quelques pistes de valorisation de ce patrimoine.

Le deuxième texte de Alla Eddine Fenchouch (Le tourisme urbain, un dilemme pour repenser la centralité urbaine ? Cas de la ville méditerranéenne Skikda, Algérie) traite la question de la centralité urbaine et développement touristique. L’auteur explique comment le tourisme urbain constitue un champ stratégique pour développer la centralité des villes contemporaines et la promotion de l’attractivité des villes à travers la mise en valeur des espaces publics dévalorisés et les opérations de revitalisation des centres-villes. Pour l’auteur, le tourisme urbain constitue un outil idéal pour aider les villes à se faire ou à se refaire une identité et à renforcer leur image.

Imane Harkat et Bouba Benrachi (Les apports entre les transports collectifs en site propre durable et le tourisme dans la ville de Constantine) étudient les rapports entre les transports collectifs en site propre durable et le tourisme dans la ville de constantine en Algérie. Les auteures montrent que grâce à l’évènement « Constantine, capitale 2015 de la culture arabe », plusieurs projets dans le secteur touristique et dans le transport ont été réalisés. A travers leur contribution, les auteurs cherchent à mettre en évidence l’interaction entre les nouveaux modes de transport durables, en particulier les transports collectifs en site propre (TCSP) et le tourisme constantinois. Selon les auteures, l’introduction de nouveaux modes de transports collectifs en site propre a favorisé l’attractivité et l’image de la ville.

En ce qui concerne le quatrième article (La mise en tourisme des médinas maghrébines : le souk du vieux Ténès entre dégradations et perspectives de développement touristique durable), Benedjma Iqbal et Mahimoud Aissa, opèrent un retour réflexif sur la question de la centralité et de la patrimonialisation des médinas du Maghreb à travers l’exemple de la ville historique de Ténès et de son souk qui a subi une forte dégradation sous l’effet des mutations socio-économiques. Au Maghreb, la médina est le centre historique des villes anciennes. Elle recèle de nombreux actifs historiques et culturels et dispose d’un patrimoine architectural exceptionnel, combiné à un savoir vivre millénaire. Les auteurs expliquent comment l’activité touristique est intrinsèquement liée aux atouts culturels et historiques des villes. Toujours selon les auteurs, la mise en tourisme de la médina permet la restauration de ses monuments historiques, la sauvegarde de ses anciennes demeures, préservation de son patrimoine bâti et l’amélioration de l’environnement urbain.

L’article de Hamdi Pacha Abdelkrim et Guenadez Zineddine (Les villes historiques du monde arabe entre valorisation patrimoniale et attractivité touristique. Cas du centre historique de la ville de Tébessa, Algérie) soulève la question de la patrimonialisation des villes  historiques et leur mise en tourisme à travers le cas du centre historique de la ville de Tébessa. Dés leur introduction, les auteurs se demandent comment le tourisme s’intègre “durablement”, dans les villes historiques, et comment il participe à leurs transformations contemporaines. Ils précisent que le développement du tourisme nourrit les dynamiques de patrimonialisation et l’évolution des quartiers historiques en matière d’architecture, de population et d’usages. Partant du cas de la ville Tébessa, les auteurs concluent que la mise en tourisme du vieux centre de la ville de Tébessa, nécessite une stratégie de longue haleine qui doit englober des actions de revalorisation de ce site historique. Une fois mises en œuvre, ces actions redonneraient à ce centre sa grandeur, son rayonnement et lui insufflerait  un nouveau dynamisme qui renforcerait encore plus l’attractivité de ce territoire.

L’article de Naoil Chaouni (Ciné-tourisme : films et séries télévisées comme outils de promotion touristique territoriale) nous plonge au cœur d’un sujet qui cherche à explorer les liens entre cinéma et tourisme, à travers l’exemple de la série marocaine «Bnat Lalla Mennana» et ses effets sur l’attractivité touristique de la ville de Chefchaouen dans le nord du Maroc. L’auteure, par son travail s’attache à présenter le « cinétourisme », convergence des deux filières, comme facteur de promotion touristique, surtout qu’aujourd’hui l’influence des médias visuels ne se dément pas. Dans le processus décisionnel menant au choix d’une destination, le touriste s’inspire de dépliants, de photographies, de livres, etc., mais aussi de films. Ainsi, Cinéma et Tourisme sont étroitement liés. Par son travail, l’auteure rejoint ainsi un courant de recherche dominant qui confirme les théories voulant qu’une destination ressente un impact positif sur son achalandage lorsqu’elle est présentée dans le scénario d’un film. En fait, aujourd’hui, personne ne doute des liens causals à effet du cinéma sur le tourisme, l’exemple de la série marocaine «Bnat Lalla Mennana», en est un exemple.

La question de l’évènementiel comme outil de marketing urbain a été abordée par Belkharchouche Asma et Benhassine Nassira à partir de l’étude de l’exemple de la ville ‘Constantine capitale 2015 de la culture arabe’. A travers leur texte ‘L’évènementiel, outil de marketing urbain et de dynamique urbaine Vers une promotion touristique de la ville Constantine capitale de la culture arabe 2015’, les auteures s’interrogent sur l’impact de l’événementiel culturel sur le tourisme. D’après elles, l’événement est devenu une priorité pour de nombreuses collectivités, qui misent sur ce marketing territorial pour se doter d’une image et attirer des visiteurs. C’est ainsi qu’à l’instar de plusieurs villes européennes, les villes algériennes sont de plus en plus tentées d’organiser des événements culturels pour améliorer leur image et leur notoriété. La manifestation « Constantine, capitale 2015 de la culture arabe » est illustration parfaite de cette course à l’image.

A la différence des autres contributions, celle de Hatem Hamdi (L’endettement de l’hôtellerie tunisienne : l’image d’un héritage structurel) s’intéresse aux difficultés rencontrées par le secteur hôtelier qui ont un impact très négatif sur le tourisme. L’auteur se livre ici à une véritable radioscopie de la crise d’endettement de l’hôtellerie en Tunisie dont l’origine remonte, selon l’auteur, à l’époque coloniale.

Le secteur touristique a subi plusieurs chocs au cours des dix dernières années (crises économiques, politiques, attentats, etc.). Ces crises à répétitions n’ont pas permis de stabiliser la croissance et la rentabilité des unités hôtelières. Cette situation a causé un endettement excessif du secteur, qui s’est manifesté par la vente de plusieurs unités ou la mise en faillite pure et simple. D’autres unités hôtelières ont opté pour l’ouverture seulement durant la haute saison et de fermer pour le reste de l’année afin de limiter les dégâts.

Il n’existe pas de chiffres officiels concernant l’endettement des hôtels en Tunisie, mais selon la presse tunisienne et les statistiques de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) de l’année 2014, quatre milliards de dinars, c’est le montant de l’endettement global du secteur de l’hôtellerie en Tunisie. Le montant des créances classées s’élève, lui, à 2,3 milliards de dinars, qu’il faut distinguer des créances litigieuses estimées, elles, à 1,4 milliard de dinars.

Toujours selon la presse tunisienne, plus de 120 hôtels lourdement endettés sont mis en vente. Le dernier rapport de la Commission Nationale des Entreprises en Difficultés, nous apprend que 50 % des entreprises en difficultés sont issus du secteur touristique. Cette situation influe énormément sur la qualité des services dans les hôtels.

Avec conviction, l’auteur déplore le manque de volonté politique pour résoudre le problème de la dette des hôteliers. Dans ce sens, le gouvernement doit prendre des mésures et engager sans tarder des réformes structurelles afin de mettre le secteur du tourisme « sur les rails ».

Les questionnements soulevés à travers ces articles demeurent donc très contemporains et ancrés dans la conviction, partagés par l’ensemble des auteurs, que le tourisme, patrimoine et développement territorial sont étroitement liés.

La troisième édition du colloque est prévu pour le mois de mars 2019 avec une séance plénière qui sera animée par le professeur Rémy Knafou. Nous espérons que les lecteurs de ce numéro nous rejoindront et participeront à nos travaux.





Auteur

Hassan FAOUZI : - Université Internationale d’Agadir - Université de Lorraine, Metz

Pour citer cette article

, "Présentation du numéro", RIMEC [en ligne], 02 | 2018, mis en ligne le 20 juillet 2018, consulté le 19 September 2018. URL: http://www.revue-rimec.org/presentation/