Présentation du numéro

Texte intégral

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Le numéro cinq de la revue RIMEC vise à circonscrire la problématique de la visibilité ou l’invisibilité des acteurs sociauxqu’ils soient des personnes, des organisations, des villes ou encore des territoires à l’ère du numérique. Fidèle aux principes de croisement interdisciplinaire, ce dossier thématique confronte les apports de chercheurs en Sciences humaines et sociales en particulier enSciences de l’information et de la communication(SIC) et d’autres disciplines telles que la Gestion, le Management des ressources humaines. L’objectif étant de faciliter la compréhension des mécanismes liés à la production et à l’évolution des formes, pratiques et usages de la communication numérique.

De nos jours, les nouveaux médias et les technologies de l’information et de la communication (TIC)sont perçus comme des outils d’interaction par excellence. Ils ont transformé non seulementles modalités de l’information mais ont aussi modifié les formes de production et de consommation des messages dans tous les domaines. Blogs, journaux en ligne, créations et productions culturelles et artistiques, films, photographies numériques et réseaux sociaux numériques(RSN) se sont implantés tant dans le champ des SIC que dans la sphère organisationnelle contribuant ainsi à l’émergence des nouvelles problématiques humaines, sociales et économiques liées à la transformation des sociétés par les technologies de l’information et de la communication.

Dès lors, il est tout à fait légitime pour ce dossier d’interroger le rôle joué par les technologies de l’information et la communication dans l’évolution et les mutations que subissent nos sociétés :Quels sont les enjeux et le sens de ces transformations dans des sphères socio-organisationnelles et politiques ? Ce sont là les trois domaines qui ont intéressé nos contributeurs et qui structurent ce numéro.

Ainsi, sur le plan socio-organisationnel, les TIC et en particulier les RSN sont tantôt perçus comme facteur permettant de se libérer des rigidités spatio-temporelles et de la proximité ou de la complexité hiérarchique, tantôt comme facteur de chamboulement des concepts de l’espace, du temps et du territoire. L’espace se dématérialise et se métamorphose. Parmi les conséquences qui en découlent, la visibilité ou l’invisibilité croissante des acteurs, quartiers et territoires. La visibilité se trouve, le plus souvent, au centre d’un processus de performance. Etre visible grâce aux TIC et sur les réseaux sociaux numériques est un vecteur permettant d’afficher ses performances auprès de la société (population), de l’entreprise, de ses actionnaires, de sa clientèle voire également sa hiérarchie. Pas moins de quatre articles de ce numéro abondent dans ce sens. Le premier d’entre eux aborde le rôle joué par le numérique, notamment l’appropriation de l’application connectée relative à la qualité de l’air de la ville de Nice, dans la visibilité et l’invisibilité des acteurs et des quartiers.Les pratiques et usages de cette application par la population étudiée, révèlent des disparités territoriales indéniables oscillant entre une survisibilisation pour les uns et invisiblisation pour les autres si l’on empreinte l’expression des auteurs.Le second article, quant à lui,étudie l’influence des technologies de l’information et de la communication sur l’attractivité et la visibilité territoriale penchant en faveur d’une localisation entrepreneuriale. Ainsi, l’hypothèse d’un territoire, doté en technologies de l’information et de la communication comme facteur déterminant dans l’implémentation d’une entreprise, se trouve, selon les auteurs, confirmée. L’une des conséquences les plus avérée est relative aux avantages externalisés et à la mobilisation des ressources à distance.

Au-delà de la dimension urbaine et territoriale, la visibilité et la compétitivité se trouvent au centre des préoccupations des TPE/PME. Ainsi, la troisième contribution de ce numéro évoque, à travers une enquête de terrain, le glissement de la gestion de la relation client vers le numérique. Ce dernier a contribué grandement à la diminution des coûts marketing pour ce type d’organisations.

Le dernier article de cet axe socio-organisationnel explore la gestion électronique des acteurs au sein des organisations .Ainsi, les divers impacts évoqués dans la littérature relative à ce nouveau mode de la gestion des ressources humaines sont évalués par l’auteur. La prévalence des impacts opérationnels et relationnels dus au recours aux TIC est confirmée au détriment des impacts transformationnels. La e-GRH plaide également en faveur d’une dématérialisation entière de l’entreprise en une organisation de plus en plus plate.

Sur le plan des individus, les nouveaux médias ont également une incidence sur le comportement de l’utilisateur qui passe d’un simple consommateur de l’information à un producteur de sens. En conséquence, ce phénomène favorise l’enrichissement de la variété produite ; les interactions et les échanges s’amplifient à travers les réseaux sociaux numériques, les Wikis ou encore les blogs. L’usager est désormais au centre des processus créatifs, revendicatifs et collaboratifs.

Une lutte pour la visibilité sur les RSN est souvent engagée car synonyme « d’existence », de reconnaissance(Cardon, Trupia,Smoreda, 2017)1Dominique Cardon, DilaraTrupia et Zbigniew Smoreda, ...continue mais également de collaboration. Trois articles de ce numéro traitent de cette question. Le premier article analyse les pratiques et usages autour de la gouvernance participative et de la citoyenneté numérique et comment les membres du groupe numérique pèsent dans la gouvernance de la ville. Le deuxième article apporte, quant à lui, une réponse « étatique » dans le sens où l’Etat, à travers ses administrations publiques, cherche à apporter des réponses adéquates et surtout numériques visant à assurer la visibilité des administrations sur la toile et par la même occasion assure une gouvernance participative. La dimension collaborative se manifeste à travers l’usage des réseaux sociaux dans un contexte universitaire. Les TIC en général ont ouvert la voie à une interaction et à une diffusion de l’information entre acteurs tendant, selon l’auteur du dernier article de cet axe, à supplanter la formation à distance.

La visibilité des institutions politiques et des hommes politiques s’appuie de plus en plus sur des dispositifs numériques, les RSN, les Tweets de certains chefs d’États ou encore les pages Facebook personnelles de certains politiques en exercice. Ces pages sont alimentées en informations en priorité, parfois, au détriment des sites officiels en sont des exemples. Cette gestion de l’image assure une visibilité certes, mais soulève plusieurs interrogations quant à l’efficacité de ces procédés, s’agit-il d’une tendance de fond ou bien d’une simple mise en scène ou théâtralisation dans le sens d’Erving Goffman ? Deux contributions abordent cette problématique. La communication politique en Algérie marque un déplacement et de réinvention de l’action politique vers le numérique. Cet espace numérique, jadis occupé par des cyber-activistes et bloggeurs politisés, est rapidement investi par les hommes politiques qui ont réalisé que la communication passe désormais par l’usage des nouvelles technologies de communication. Dans le même sens, le dernier article de ce numéro thématique aborde les mouvements de contestations numériques qui, dans le sillage des récents soulèvements arabes ont poussé les institutions à revoir leur façon de communiquer en investissant les nouveaux espaces publics de légitimation et de débat comme les réseaux sociaux numériques. Alors qu’auparavant la légitimation de la gouvernance se faisait à travers un calendrier électoral régulier et une dynamique de réhabilitation de la confiance et à travers, entre autres, la mise en place des institutions des droits de l’Homme, l’occupation des RSN est devenue une priorité pour les acteurs politiques.

Avant de vous souhaiter une bonne lecture, j’aimerais remercier les membres du comité scientifique et de lecture, dont les noms sont cités ci-dessous, pour leur précieuse contribution quant à l’évaluation des articles du présent numéro. Agbobli Christian, Amsidder Abderrahmane, Ammor Samira, Anir Wissal, Benattou Mohamed, Bendahan Mohamed, Bengrich Mustapha, Binkkour Mohamed, Boukil Awatif, Diallo Laouratou, Elachmit Jamal, .Elmoutaoukil Abdelkader, Daghmi Fathallah, Faouzi Hassan, Houssas Mbark, Labari Brahim, Majdouline Ilias, Merah Aissa.

 

References   [ + ]

1. Dominique Cardon, DilaraTrupia et Zbigniew Smoreda, « Identité en ligne et distance à soi : À propos de l’hypothèse d’un contrôle du dé-contrôle », REFSICOM [en ligne], L’identité dans tous ses états, 1. Identités et dispositifs numériques, mis en ligne le 16 avril 2017, consulté le vendredi 15 mai 2020. URL: http://www.refsicom.org/221


Pour citer cette article

, "Présentation du numéro", RIMEC [en ligne], 05 | 2020, mis en ligne le 07 juillet 2020, consulté le 23 October 2020. URL: http://www.revue-rimec.org/presentation-du-numero-4/