Présentation du numéro

Texte intégral

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Au cours des dernières décennies, le marketing territorial et le branding territorial (villes, régions et territoires) ont gagné en popularité et sont devenus un facteur clé des activités touristiques, un gage de qualité et une pratique régulière et intense permettant aux villes, régions et aux territoires d’accroître leur attractivité face à une concurrence touristique extrêmement forte. L’environnement concurrentiel où sont établis les territoires, les poussent à développer leur attractivité et à promouvoir leurs atouts afin de mettre en valeur leurs spécificités. Les atouts et potentialités d’un territoire, qu’elles soient matérielles ou immatérielles constituent une richesse et des éléments qui n’attirent pas seulement les touristes mais aussi les investisseurs. Les pays, les régions, les villes et les territoires se voient dans l’obligation de se distinguer et de se différencier les uns des autres, en faisant appel au « branding territorial » dont le but est de valoriser les facteurs d’attractivité pour améliorer in fine leur position compétitive et construire un avantage concurrentiel. Cette stratégie de différenciation vise à accroître l’attractivité, la compétitivité et la visibilité des territoires. C’est ainsi que le « Branding » territorial est devenu un nouveau paradigme et une approche très populaire pour gérer, favoriser et encourager le développement des villes, régions et pays.

Le présent numéro regroupe quelques contributions des participants au colloque international sur la « Gouvernance et « branding » des territoires touristiques » qui s’est déroulé du 26 au 28 mars 2018 à Universiapolis-Université internationale d’Agadir. Ce colloque qui intervient dans un contexte hyperconcurrentiel où la plupart des destinations touristiques sont confrontées à de nombreuses incertitudes tant structurelles que conjoncturelles, représentait l’occasion pour les chercheurs d’identifier et de réfléchir aux solutions et aux stratégies marketing à mettre en œuvre pour améliorer la gouvernance des territoires et comment développer l’attractivité touristique d’un territoire.

Six articles sont présentés dans le présent numéro. Le premier article « Organisations non gouvernementales, écotourisme et developpement local : cas du Maroc », proposé par Hassan Faouzi et Wafa Affaghrou, porte sur l’étude du rôle des réseaux transnationaux d’ONG environnementales dans la promotion du tourisme rural et son rôle dans le développement local : cas du programme du codéveloppement entre l’Agence Française de Développement (AFD) et l’Agence de développement social (ADS) au Maroc. Les auteurs tentent d’évaluer la pertinence du choix du tourisme rural comme moyen privilégié du développement durable et de confronter la théorie à la réalité et ceci à travers le cas du projet Tourisme Rural ADS/AFD qui illustre parfaitement cet écart entre ce modèle théorique « modèle vertueux » proposé par les acteurs internationaux et la réalité sur le terrain. L’analyse des auteurs a détecté un tas de dysfonctionnements et a montré les limites de ce genre de projets qui sont dictés par les bailleurs de fonds qui faute de de professionnalisme (marketing, publicité, contrôle des prix et des coûts) ne permettent pas d’améliorer les conditions des locaux ou mieux valoriser les ressources naturelles. Les auteurs suggèrent que la promotion de l’écotourisme est bien plus qu’un simple remède contre la pauvreté rurale, c’est un instrument macroéconomique de libéralisation économique des pays en voie de développement.

« Identité Touristique et Territoire : de l’artificiel au réel ? » est au cœur de l’étude réalisée par Escallier Christine qui postule que le tourisme est l’économie durable sur laquelle reposent aujourd’hui de nombreux pays en crise ou en développement. A travers le cas de la communauté de pêcheurs portugaise de Nazaré, et sur un mode essentiellement descriptif, l’article met en évidence comment un tourisme local, « artisan » et de circonstance, est devenu au cours du temps un tourisme structurel intégré dans une économie mondiale, aux stratégies de marques. L’auteure s’interroge, ensuite, à savoir si cette nouvelle identité peut-elle concourir à la préservation d’une identité ancestrale en réorientant celle-ci vers de nouveaux concepts ?

Dans le troisième article « L’authenticité et la valorisation d’une destination dans les réseaux sociaux : cas de la ville de Taroudant dans le réseau YouTube  », Khalid Benamara et Mohamed Ait Nacer interrogent les médias sociaux comme outil de marketing et de communication promotionnelle : le cas de YouTube. À travers leur contribution, les auteurs ont tenté d’opérer une recherche « Youtube » sur la ville de Taroudant et son patrimoine. Les conclusions tirées ont permis de dresser une typologie du contenu Youtube sur la « destination Taroudant » et de constater que les vidéos postées sont principalement l’œuvre des particuliers amateurs et des touristes avec une absence totale des acteurs institutionnels locaux.

Dans le quatrième article « Les contraintes de mise en valeur touristique du Sahara et des oasis de Douz (Sud-ouest tunisien) », Imed Elfaleh s’intéresse au rôle du tourisme saharien dans le développement local à travers le cas de de l’oasis de Douz. La problématique de son travail est axée sur le repérage de différentes mises en valeur touristique des sites oasiens et sahariens et également sur les contraintes de leur exploitation touristique à travers le cas du sud tunisien. Pour l’auteur, la mise en tourisme du patrimoine naturel et culturel saharien offre une chance de conservation, et permet la conciliation entre la rentabilité économique et l’équité sociale et contribue à la naissance d’un rapprochement entre tous les acteurs. L’intégration économique et sociale du tourisme de circuit en milieu saharien est supposée profiter à une majorité de la population locale de façon à créer plus d’emplois et pouvoir maintenir la population sur le territoire dans un équilibre harmonieux. En effet, selon l’auteur, le tourisme a indéniablement engendré une modernisation de l’oasis de Douz ce qui a généré une société en perte de repère laissant apparaître une société duale et une dégradation environnementale pouvant devenir irréversible, si la tendance continue. Pour une requalification de l’oasis de Douz et pour la ramener d’un état de déséquilibre vers le rééquilibre, l’auteur suggère de limiter le tourisme de masse, de favoriser le tourisme « alternatif » ou « individuel » tout en respectant la capacité de charge du milieu d’accueil et de créer des projets associant la population et à la mise en valeur des particularités locales (cultures, paysages, architectures, etc.) ce qui, selon l’auteur, permettraient de rendre indépendant le tourisme de Douz et plus généralement le tourisme saharien.

Dans la cinquième contribution de ce numéro « Essaouira : image d’une mise en tourisme », Ouafa Messous interroge la fabrication et la transformation de l’image de la ville d’Essaouira. L’auteure étudie les liens directs et indirects entre communication et promotion touristique de la ville d’Essaouira, en axant sa démarche sur la recherche des mécanismes par lesquels s’est fabriquée l’image de la ville d’Essaouira, dans son étendue praxéologique et en interrogeant aussi bien les procédés singuliers que génériques de penser et d’agir sur les transformations du cadre physique. Ella a également tenté de sonder le cadre immatériel (affectif, sensible, etc.) des rapports sociaux ainsi que les discours verbaux et non-verbaux (produit d’une pensée, etc.) associés à cette transformation. Pour l’auteure, l’identité d’une ville existe en partie par la diffusion de l’image de marque, et constitue la charpente d’une approche stratégique dans laquelle les villes se médiatisent grâce à la communication territoriale (« marketing territorial », « image de marque », « promotion urbaine »).

En dernier lieu, Lydia Fathi-Gaoua et Leila Abbas Mansour, dans leur article « Le paysage urbain au profit de l’attractivité touristique des villes », et à travers trois expériences : la rivière Cheonggyecheon à Séoul, le projet Emsherpark en Allemagne et la promenade de la baie d’Alger, analysent les effets de l’intégration du paysage urbain dans les grands projets d’aménagement sur le tourisme en ville. Les auteures s’intéressent également à identifier les éléments du paysage urbain mis au profit de la ville durable. Les auteures stipulent que le paysage est un argument de développement et de promotion touristique de la ville. Que ce soit à l’échelle régionale ou locale, les exemples étudiés démontrent la capacité qu’ont les éléments du paysage à créer la singularité tant recherchée par la ville et à attribuer de la valeur ajoutée à un territoire urbain. Aussi, l’intégration des éléments du paysage urbain dans les grands projets permet de rehausser le caractère naturel de la ville et de révéler son histoire et ses atouts architecturaux et urbanistiques pour en faire des leviers de développement urbain et de promotion touristique.



Pour citer cette article

, "Présentation du numéro", RIMEC [en ligne], 01 | 2017, mis en ligne le 16 décembre 2019, consulté le 06 April 2020. URL: http://www.revue-rimec.org/presentation-du-numero-3/