Organisations non gouvernementales, écotourisme et développement local : cas du Maroc

et

Résumés

Dans de nombreux pays du Sud et sous l’impulsion des acteurs internationaux (institutions, ONG et bailleurs internationaux), l’écotourisme est souvent vu comme un excellent moyen pour promouvoir le développement durable. Au Maroc, vu la place qu’occupe l’enjeu du développement local des régions rurales sur le plan économique et social, les autorités, en partenariat avec des ONG internationales, ont lancé plusieurs programmes dont l’objectif est de dynamiser les économies locales, favoriser la création des petites entreprises rurales et participer à la lutte contre la pauvreté et la protection de l’environnement. Notre problématique porte sur l’étude du rôle des réseaux transnationaux et des Organisations non gouvernementales (ONG) environnementales dans la promotion du tourisme rural et son rôle dans le développement local : cas du programme du co-développement entre l'Agence Française de Développement (AFD) et l'Agence de développement social (ADS) au Maroc.

Texte intégral

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Introduction

La survie et la subsistance des populations des zones rurales pauvres dépendent souvent des écosystèmes dans lesquelles elles vivent. Ainsi, pour briser le cercle vicieux de la pauvreté et de la dégradation des ressources naturelles, un nouveau paradigme du développement s’impose.

Ainsi, dans de nombreux pays du Sud et sous l’impulsion des acteurs internationaux (institutions, ONG et bailleurs internationaux), l’écotourisme est souvent vu comme une solution miracle et un excellent moyen pour promouvoir le développement durable. En outre, à l’heure où le développement durable des destinations touristiques est vu comme une priorité, l’étude de l’écotourisme « est riche d’enseignements  […] en terme de durabilité économique, sociale et écologique, mais aussi sur les types d’acteurs présents […] ainsi que sur les objectifs particuliers qu’ils poursuivent et les stratégies qu’ils mettent en œuvre » (Chaboud et al., 2004, p. 2).

Au Maroc, vu la place qu’occupe l’enjeu du développement local des régions rurales sur le plan économique et social, les autorités ont lancé plusieurs programmes dont l’objectif est de dynamiser les économies locales, favoriser la création des petites entreprises rurales et participer à la lutte contre la pauvreté et la protection de l’environnement. Parmi ces programmes, nous citons la convention de partenariat Tourisme Rural qui constitue une initiative de co-développement économique territorialisée fondée sur la mobilisation et l’implication des Marocains Résidants à l’Étranger (MRE) dans des projets d’investissements touristiques. Notre problématique porte sur l’étude du rôle des réseaux transnationaux des ONG environnementales dans la promotion du tourisme rural et son rôle dans le développement local : cas du programme du co-développement entre l’AFD et ADS au Maroc.

Dans cet article, sur la base d’enquêtes et d’entretien semis directifs sur un échantillon de 21 gîtes ruraux ayant bénéficiés des subventions d’une ONG internationale dans le sud marocain, nous tenterons d’évaluer l’efficacité supposée, les vertus et la pertinence du tourisme rural ou le « modèle vertueux de l’écotourisme » dans la lutte contre la pauvreté et comme moyen pour promouvoir le développement durable.

Plusieurs questions se posent : dans quelle mesure ce co-développement contribue-t-il au développement local ? Répond-il réellement aux besoins des communautés hôtes ? Quelle est son efficacité en termes de lutte contre la pauvreté ? L’écotourisme est-il un réel moyen de développement durable ou juste un levier de différenciation du produit touristique ? La réalité sur le terrain confirme-t-elle les hypothèses théoriques du rôle de l’écotourisme dans la réduction de la pauvreté et la conservation environnementale ?

Afin de répondre à ces questions nous tenterons d’évaluer la contribution du tourisme rural dans le développement local en s’inspirant du modèle de Gagnon et Lapointe (2006) qui est fondé sur quatre métas principes de l’écotourisme, représentant les différentes approches que peuvent prendre les projets écotouristiques en lien avec le développement durable.

Ecotourisme et développement durable : nouveau paradigme ?

Face à la pauvreté rurale, l’exode rural et la marginalisation de nombreux territoires dans les pays en développement, et partant du constat que les pays pauvres recèlent un important capital naturel, les acteurs du développement (ONG internationales et agences de coopération) épousent de plus en plus l’écotourisme comme nouveau paradigme du développement durable.

Le concept d’écotourisme

Le terme d’écotourisme a fait son apparition dans les années 1980 suite à la prise de conscience des enjeux écologiques (Coria et Calfucura, 2012 ; Gössling et Scott, 2012).

L’écotourisme peut être appréhendé et compris au sens de tourisme écologique, c’est-à-dire respectueux de l’environnement : un voyage respectueux des espaces naturels et des populations locales. Aujourd’hui, il y a consensus unanime sur la définition de l’écotourisme. La plupart des auteurs reprennent la définition produite par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), selon laquelle l’écotourisme est un voyage responsable environnementalement et  bénéfique aux populations locales.

L’autre définition autour de laquelle il y a aussi un large consensus, est celle de l’Ecotourism Society (1991, p. 466)  : « voyage dans des aires naturelles dont l’objectif est de comprendre les cultures et l’histoire naturelle de l’environnement, qui prend garde de ne pas altérer l’écosystème et génère des opportunités économiques faisant que la préservation des ressources naturelles profitent aux populations locales ».

Selon Ceballos-Lascurain (1996, p. 20), l’écotourisme « est un voyage environnementalement responsables dans des espaces naturels […] qui participent activement à l’amélioration socio-économique des populations locales. ». Dans la littérature sur le sujet, l’écotourisme est assimilé à un tourisme de nature et au développement durable : préservation de l’environnement, développement socioéconomique et améliorations des conditions des populations locales. Toutes les définitions attribuent une importance singulière aux retombées économiques pour les populations locales et à la symbiose idéale entre populations locales et milieux naturels par l’introduction de tourisme (Ross et Wall, 1999 ; Brandon, 1996 ; Campbell, 1999 ; Wunder, 2000). Enfin, pour désigner l’écotourisme comme un excellent outil de développement durable, Wunder (2000, p. 466), détermine trois conditions préalables : « 1) impacts physiques et sociaux minimaux dans les aires visitées ; 2) éducation écologique des touristes sur le site et 3) participation économique importante des populations locales ».

Il ressort de ce qui précède, que l’écotourisme est une activité centrée sur la découverte de la nature et la protection des écosystèmes naturelles permettant à la fois la préservation du patrimoine naturel et la promotion du développement local.

Un nouveau mode de développement : l’écotourisme ?

Selon la littérature (Gössling, 1999 ; Ross et Wall, 1999 ; Wunder, 2000 ; Tisdell, 2001 ; Pearce et Moran, 1994), l’écotourisme est considéré comme l’une des stratégies susceptibles de participer au développement des zones rurales pauvres et aussi l’un des secteurs qui contribuent à la protection de l’environnement et à la valorisation des écosystèmes permettant ainsi d’escamoter la défaillance des marchés efficients capables de révéler et d’intégrer efficacement les valeurs économiques des ressources naturelles. Ainsi, en tant que dépositaires de cette politique de conservation, bailleurs de fonds et ONG internationales en collaboration avec les acteurs locaux, font la promotion de cette forme de tourisme comme outil de développement local (Chaboud et al., 2004).

Dans les pays du sud l’écotourisme est perçu comme une activité génératrice de revenus pour les communautés locales. Au niveau macro-économique, il permet l’entrée de devises. Au niveau local, il permet de lutter contre le chômage dans les zones rurales et de réduire l’exode rural et la pression sur les ressources naturelles stimulant ainsi la promotion de l‘écotourisme.

Selon l’OMT (2004), les pauvres peuvent profiter directement ou indirectement de l’activité touristique des manières suivantes : la création d’emploi, ventes de biens et de services aux touristes, création de petites, moyennes ou micro-entreprises touristiques par des pauvres, les pauvres peuvent tirer profit des impôts sur les bénéfices tirés du tourisme, etc.

L’application de l’écotourisme pourrait aussi être une partie de la solution qui permettrait de rendre un territoire plus compétitif à travers son développement progressif. Embrassant cette idée, le Maroc qui est un pays fortement rural avec un indice de développement humain (IDH) très faible, intègre l’écotourisme dans sa stratégie de conservation et de réduction de la pauvreté et comme mode de développement et de valorisation des territoires. Au Maroc, les politiques de développement rural se tournent désormais vers la promotion et le développement du tourisme qui est aussi placé sur l’écotourisme qui joue un rôle économique non négligeable en attirant des touristes internationaux et rapporte ainsi des devises.

Au Maroc, la pratique du tourisme rural remonte au début des années 1970. Mais, c’est dans les années 1980 que le véritable projet de développement de l’écotourisme a vu le jour au surtout avec le projet de développement du tourisme de montagne dans la région d’Azilal en 1983, donnant ainsi naissance au Programme de Développement du Tourisme en Montagne (PDTM) en 1987 (Alaoui, 2015). Au milieu des années 1990, le Maroc va mettre en place des programmes de promotion de l’écotourisme qui a été associé au développement des aires protégées. Par la suite, le tourisme marocain va prendre un nouveau tournant en s’orientant vers la promotion de l’écotourisme, dans une démarche bottom-up (Lapeyre et al., ‎2007), à travers le processus de transmission des ressources naturelles aux communautés locales principalement dans le Haut Atlas oriental, le Toubkal, le Saghro, le Sirwa et les massifs présahariens.

 En 2003, la stratégie de développement du tourisme rural au Maroc qui fait du concept du pays d’accueil touristique « PAT » son pilier central a été mise en œuvre. C’est dans ce contexte que l’écotourisme a connu un réel développement avec une nette évolution du  nombre de randonneurs qui ont passé 60 000 en 1998 à 145 000 en 2009. C’est le cas aussi des agences spécialisées dans le tourisme rural et des gîtes ruraux.

Malgré, l’importance de l’évolution du tourisme rural, la position du Maroc reste moins importante comparée à celle des pays méditerranéens comme la France, l’Espagne ou la Turquie. C’est dans ce contexte que le Maroc va accorder une grande importance aux acteurs externes indépendants (ONG) pour restructurer les projets écotouristiques et les organiser.

Développement écotouristique : Quels acteurs ?

Selon la définition de l’Ecotourism Society (1991), le modèle vertueux de l’écotourisme pemetterait de conserver les écosystèmes naturels tout en générant des opportunités
économiques. Cela suppose une coordination des acteurs, ayant des logiques différentes, qui interviennent directement ou indirectement à titre privé ou public dans les processus de développement de l’écotourisme. L’effectivité de cette coordination repose sur un certain nombre de conditions prérequises. En effet, Chaboud et al., ‎(2004), considèrent « les différents acteurs à la fois comme […] offreurs de biens et services touristiques et demandeurs de services de base (éducation, santé), de projets de développement et de ressources monétaires, physiques et culturelles à travers l’activité touristique. Les organismes publics et non gouvernementaux […] offrent une compétence en planification, en gestion de projet, servent de médiateurs et de caution dans l’accès aux ressources des bailleurs de fonds » (para. 11).

Au Maroc une large proportion de la population est confrontée depuis plusieurs années à une paupérisation accrue et à l’exclusion, et tire l’essentiel de ses moyens de subsistance des ressources renouvelables à travers des activités dont les modes de gestion sont prédatrices et de ce fait non durables ce qui justifie l’intervention des bailleurs de fonds et des ONG internationales dont l’objectif principal est la mise en œuvre des stratégies de développement durable.

Le rôle des ONG dans le développement touristique

Pour l’ensemble des acteurs, l’écotourisme constitue une valeur refuge. Pour les tenants de la soutenabilité faible, l’écotourisme constitue une forme de valorisation économique des ressources naturelles alors que pour les tenants de la soutenabilité forte, il constitue un mode vertueux de la gestion collective impliquant les acteurs locaux. Enfin, les tenants de la deep ecology (Écologie profonde), qui établit un lien entre les questions de la protection de la nature et les questions sociales, y voient un outil très pertinent de protection in situ de la biodiversité.

En effet, les acteurs locaux, dont les institutions financières internationales et les ONG œuvrant dans le développement local, perçoivent l’écotourisme comme une application qui booste leurs actions de développement durable, comme définie en 1992 (Sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio de Janeiro), et de lutte contre la pauvreté. L’État de son côté y voie une forme de développement rural et local qui permet de prouver le respect des conditionnalités des aides internationales et une manière de capter l’aide internationale (Chaboud et al., 2004).

Par ailleurs, une question se pose : ces options écotouristiques promeuvent-elles réellement l’écotourisme ou au contraire ce sont des stratégies qui se placent dans la continuité « d’une filière globale dominée par le tourisme de masse ? » (Lapeyre, 2007, para. 11). Avant de répondre à cette question à travers l’exemple marocain, un tour d’horizon de l’état des lieux des projets écotouristiques au Maroc s’impose.

Projets du tourisme rural : Etat des lieux

Au Maroc, le tourisme rural (de montagne, oasien ou dans les aires protégées) est en vogue. Le nombre de projets portant sur le développement local via le truisme est croissant. Il s’agit en général de projets financés par des ONG étrangères ou par l’État ou des programmes de développement. En effet, dans le but de promouvoir les potentialités touristiques des zones rurales  inexploitées, plusieurs ONG internationales de développement (GIZ, AFD, etc.) supportent les communautés dans le développement de l’écotourisme et ceci afin d’améliorer les conditions de vie des populations locales tout en valorisant les ressources naturelles et la préservation de la biodiversité. C’est généralement une association locale qui se charge de mettre en œuvre le projet à l’instar du projet « Tourisme Rural » ADS (Agence de Développement Social) / AFD (Agence Française de Développement).

Conscient de la relation qu’entretiennent les Marocains Résidants à l’Étranger (MRE) avec le pays tout entier ou une région en matière de la contribution dans l’économie nationale, régionale et locale, l’État marocain via l’ADS en collaboration avec l’AFD s’est engagé dans une politique sociale visant la lutte contre la pauvreté en valorisant les ressources naturelles.

C’est dans cette perspective que naît le programme Tourisme Rural AFD-ADS-M&D (Association Migration et Développement) qui a été conçu en partenariat avec l’AFD, l’association Migration et Développement et les Marocains Résidants à l’Étranger (en France) et dont l’objectif global était de contribuer à la réduction de la pauvreté dans plusieurs régions rurales (provinces de Taroudant, Tata, Ouarzazate, Tiznit et Marrakech).

Le projet Tourisme Rural ADS/AFD

Initié par l’Agence développement social (ADS) en partenariat avec l’Agence Française de Développement (AFD) et cofinancé par l’Union Européenne en 2003, le ‘Tourisme Rural ADS/AFD’ est un projet  de développement économique local qui s’inscrit dans le cadre du programme du tourisme rural solidaire impliquant les Marocain résidents à l’étranger (MRE) dans des projets d’investissements touristiques. Les phases d’exécution et d’accompagnement  ont été confiées à l’association Migrations & Développement (M & D) qui réunit les marocains résidents à l’étranger. À travers ce projet, l’Union européenne (UE) cherche à expérimenter et à vérifier la faisabilité du codéveloppement auto-soutenable.

En effet, ce projet consiste en la réalisation de 21 gîtes ruraux (tableaux 1, 2 et 3) dans le sud marocain (province de Taroudant et provinces limitrophes) qui possède un énorme potentiel touristique. Plusieurs objectifs ont été assignés à ce programme. On peut citer, entre autres,  la création d’emplois, la génération des revenus pour les populations pauvres, la valorisation des produits de terroir locaux (vente à la ferme, gîtes, coopératives, restaurateurs, touristes, etc. ), la conservation de l’environnement, etc.

A travers ce programme nous tenterons d’évaluer les impacts locaux des politiques de promotion écotouristique au  Maroc et ceci selon le modèle de Gagnon et Lapointe (2006) qui proposent quatre métas principes de l’écotourisme représentant les différentes approches que peuvent prendre les projets écotouristiques en lien avec le développement durable :

  • Valorisation de la conservation de l’environnement : ce qui coïncide avec l’approche environnementale de développement durable ;
  • Contribution équitable au développement économique local : ceci se traduit principalement par la logique de la création d’emploi pour les résidents des communautés hôtes, leur permettant de profiter de l’activité économique générée par l’écotourisme.
  • Prise en compte et réponse aux besoins des communautés hôtes ;
  • Génération d’une expérience touristique authentique et responsable.

La collecte des données a été réalisée selon deux approches : une étude documentaire qui consiste à collecter les informations quantitatives issues de l’ADS et de l’association M & D, ce qui permet de relever les données de base se rapprochant aux indicateurs du développement local et une étude qualitative via un guide d’entretien semi-directif réalisé auprès des 21 gîtes afin de déduire les indicateurs subjectifs de ce développement. Il est important de signaler que seulement 11 gîtes  sont actuellement en fonction, 4 gîtes ont fermé, un seul projet est toujours en phase de travaux (Auberge Talouet-Anguelz). Pour les 5 gîtes restant, ils étaient injoingnables ce qui remet en cause leurs activités (la situation des 21 gîtes est présentée dans le tableau ci-après tableaux 1, 2 et 3).

Pour évaluer l’impact et les effets positifs de ce programme et pour qu’un tel processus vertueux soit plausible et pour pouvoir conclure sur l’exemplarité de notre cas d’étude, plusieurs conditions semblent devoir être vérifiées et que certaines hypothèses soient vérifiées. Ainsi, plusieurs indicateurs seront passés en revue, telles que les relations entre acteurs et leur capacité à innover, les emplois créés, la distribution de revenus locaux, l’adhésion et l’implication des communautés locales dans les décisions, la contribution à la conservation des ressources naturelles, etc.

  • Les indicateurs économiques 

Le chiffre d’affaires : la majorité des gîtes interrogés ont confirmé la faiblesse du chiffre d’affaires dans les premières années de démarrage, ainsi le chiffre d’affaires moyen est entre 10 000 dhs et 30 000 dhs annuellement toute en prenant en considération la contrainte de la saisonnalité de l’activité du tourisme dans la région surtout pour la période allant d’octobre jusqu’au avril de l’année. Cela est expliqué aussi par la faiblesse du prix pratiqué évalué entre 250 dhs/j à 500 dhs/j qui est dû à la concurrence des autres offres touristiques telle que : les maisons d’hôte, les Riads et les campings sauvages.

La création de l’emploi : depuis leur création, les gîtes ont pu créer une certaine dynamique au niveau de leur communauté à travers la création d’emplois directs de 2 à 3 personnes en moyenne sans négliger l’augmentation de ce nombre en période de haute saison. Cependant, ces gîtes ont introduit d’autres activités commerciales (les produits de terroirs, les produits agricoles), ce qui a relancé les emplois indirects au niveau de leurs régions.

– La fidélité des touristes : une clientèle touristique étrangère attirée par les atouts naturels et les diverses potentialités touristiques de la région et une clientèle de passage pour raisons professionnelles, mais qui restent toujours faible par rapport aux ambitions des porteurs de projet qui se basent en grande partie sur le réseau restreint de leurs connaissances personnelles et de voisinage à leur lieu de résidence en France.

La pérennité des projets : la majorité des gîtes opérationnels a déclaré leur inquiétude face à la durabilité de leurs projets, même si la qualité des produits touristiques offerts est bonne, mais la saisonnalité de l’activité, les contraintes géographiques et climatiques des régions ne favorisent pas leur pérennité.

La compétitivité : l’existence d’une compétitivité importante face à la concurrence des autres maisons d’hôte non cadrée par des lois.

  • Les indicateurs sociaux 

– Mobilisation et l’implication des porteurs de projets : la majorité des porteurs de projets déclarent leur attachement à leurs projets et n’ayant pas l’intention de les abandonner. Au contraire, la quasi-totalité des investisseurs espèrent le développement et le succès de leurs activités et affirment qu’ils font beaucoup d’efforts pour assurer leur pérennité.

Création d’emploi local : suite à notre enquête réalisée auprès des investisseurs, l’ensemble des personnes recrutées sont, soit membres de la famille des porteurs des projets soient issus de la région, ce qui renforce l’objectif désiré par ce programme à travers l’exploitation des ressources humaines locales et contribuer ainsi à un développement local de ces régions.

– Contribution au développement des associations de la région : étant donné que ces projets s’inscrivent dans le tourisme solidaire, une partie symbolique (20.00 dh) de la recette réalisée est versée à l’association villageoise. Mais certains investisseurs, nous confirment que parfois ces associations ne sont pas actives, ce qui remet en cause le droit de bénéficier de ces cotisations.

– Bien-être de la population d’accueil : la création de ces gîtes à contribuer positivement à l’amélioration du revenu des emplois créés directement ou indirectement, ce qui a favorisé les conditions de vie des bénéficiaires et de leurs familles.

  • Les indicateurs de légitimité

 – Satisfaction des bailleurs de fonds : d’après l’entretien mené auprès d’un responsable de suivi et d’évaluation du programme de M & D, il manifeste que les objectifs préconisés n’ont pas abouti, et déclare que la majorité des porteurs de projets n’ont pas les capacités professionnelles nécessaires pour atteindre la performance souhaitée. Mr Jamal affirme aussi que les contraintes environnementales et le manque d’infrastructures de base à favoriser l’échec de plusieurs gîtes.

– Satisfaction de la communauté : la création des gîtes à favoriser certes le climat social et le niveau de vie de la population, à travers la création de l’emploi et la promotion des ressources locales des régions.

Discussion

Tout au long de cette étude, nous avons essayé d’interroger la réalité de l’apport de l’écotourisme à la réalisation d’un développement durable et ses vertus supposées  énoncées par les ONG internationales. Compte tenu de ce qui précède, force est de constater l’existence d’un écart entre le modèle théorique et la réalité. Différentes explications peuvent être proposées pour expliquer pourquoi la dynamique « vertueuse » n’a encore pas opéré.

Certes, l’appuie des ONG internationales dans les efforts de développement de l’écotourisme, comme outil de développement local et comme stratégie de lutte contre la pauvreté rurale, apparaît nécessaire, mais reste ambivalent et le bilan des réalisations reste moins satisfaisant.

D’une échelle généralement plus restreinte, ce type de projet crée moins d’emplois que les projets privés (faibles possibilités de financement). Même à faible taux d’emplois, ces derniers constituent un tremplin pour accéder à d’autres opportunités professionnelles. Aussi, ces projets permettent aux acteurs locaux de rompre avec leur isolement géographique en découvrant de nouveaux interlocuteurs ce qui leur permet de mettre en place une nouvelle société rurale.

Le renforcement des capacités comme moteur du développement humain est un autre indicateur qui permet de mesurer le niveau d’efficacité de ce type de projets dans les politiques de développement durable. Nous émettons cependant des réserves sur ce point, car nous estimons que les résultats sont assez mitigés. En effet, les communautés rurales ne disposent pas des compétences indispensables pour gérer leurs projets dans un contexte très concurrentiel. D’ailleurs, le processus  de mise à niveau (upgrading) des acteurs locaux ainsi que l’empowerment sont ici faibles.

L’écotourisme vise aussi à associer valorisation/protection de l’environnement et développement local. Dans notre cas d’étude, le lien tourisme-conservation semble inexistant et les projets écotouristiques n’ont pas encore atteint la soutenabilité économique.

Suite aux résultats de notre enquête, ce programme du tourisme rural, n’a pas un impact significatif sur le développement local de la région, ce qui nous interpelle une autre fois sur les raisons d’échec de ces projets du tourisme rural dans la région et ceci malgré la forte demande au  niveau mondial de ce type de tourisme.

D’après les entretiens menés auprès des 21 gîtes et auprès des autres acteurs intervenants dans le tourisme rural (ADS, M & D, CRT, DT, RDTR), cet échec est dû aux contraintes suivantes :

– Contraintes structurelles :

  • l’insuffisance de la mobilisation des acteurs de proximité ;
  • la crise du tourisme de masse influence catégoriquement le TR ;
  • le manque d’infrastructures nécessaires ;
  • l’absence de centres et instituts spécialisés en formations de professionnels en TR.

– Contraintes de moyens :

  • le manque de moyens financiers pour accompagner et suivre les projets de TR ;
  • le manque de professionnalisme et de compétences spécifiques au domaine de TR ;
  • les entités d’accueils sont modestes, voir pauvres pour répondre aux souhaits et aux moindres exigences des touristes.

– Contraintes liées au marché :

  • la concurrence des autres villes marocaines (les Riads traditionnels à Marrakech et Merzouga) ;
  • la concurrence du tourisme de masse, qui offre aussi des produits de TR ;
  • les prix pratiqués par les structures de ce tourisme sont généralement très élevés ;
  • la conception des produits proposés ne répond pas aux besoins des touristes.

Pour conclure, le tourisme rural dans le sud marocain, est actuellement en situation de crise ce qui affecte négativement ce secteur.   Afin de relever les défis posés, on peut envisager les recommandations suivantes :

– Acteurs institutionnels

  • activer la régionalisation avancée : adoption d’une approche participative ;
  • assurer l’infrastructure de base au milieu rural ;
  • développer les infrastructures touristiques ;
  • renforcer le rôle des sociétés de développement régional de tourisme (SDRT) et les sociétés d’ingénieries touristiques (SMIT).

– Acteurs professionnels :

  • capitaliser leurs acquis en matière du tourisme rural ;
  • diversifier les produits touristiques offerts ;
  • mener des actions marketing et de promotion ;
  • mettre en place une politique de développement de l’identité territoriale.

– Tissu associatif :

  • renfoncer leur rôle comme intermédiaire entre les autorités locales et les acteurs professionnels ;
  • assurer des formations pour les acteurs de terrain, les collectivités et les communautés locales ;
  • amener les villageois à prendre conscience de la valeur de la « nature » et de leur patrimoine culturel ;
  • nouer des partenariats avec les ONG.

Conclusion

A travers notre étude et à la lumière de l’exemple « projet Tourisme Rural ADS/AFD »  nous avons discuté de la problématique de l’écotourisme qui, sous l’impulsion des ONG internationales est vu comme un nouveau paradigme du développement durable et comme un moyen de lutter contre la pauvreté rurale. Nous avons aussi tenté d’évaluer la pertinence du choix du tourisme rural comme moyen privilégié du développement durable et confronter la théorie à la réalité.

Au regard des objectifs qui lui ont été assignés, notre exemple illustre parfaitement cet écart entre ce modèle théorique « modèle vertueux » proposé par les acteurs internationaux et la réalité sur le terrain. Notre analyse a détecté un tas de dysfonctionnements et a montré les limites de ce genre de projets qui sont dictés par les bailleurs de fonds, qui faute de professionnalisme (marketing, publicité, contrôle des prix et des coûts), ne permettent pas d’améliorer les conditions des locaux ou mieux valoriser les ressources naturelles.

Face à l’apparition d’un tas de dysfonctionnements relatifs à la manière de faire et aux enjeux et rapports que déclenche le processus de mise en tourisme en milieu rural, bailleurs, ONG internationales et acteurs locaux doivent repenser rationnellement leur mode d’intervention et développer des perspectives à long terme tout en impliquant les communautés locales dans les projets de développement et en trouvant une conciliation entre projets communautaires et insertion à la chaîne de valeur touristique ce qui leur permet de s’intégrer plus rapidement dans l’économie mondiale sachant que la promotion de l’écotourisme est bien plus qu’un simple remède contre la pauvreté rurale, c’est un instrument macroéconomique de libéralisation économique des pays en voie de développement.



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Pour citer cette article

et , "Organisations non gouvernementales, écotourisme et développement local : cas du Maroc", RIMEC [en ligne], 01 | 2017, mis en ligne le 16 décembre 2019, consulté le 06 April 2020. URL: http://www.revue-rimec.org/organisations-non-gouvernementales-ecotourisme-et-developpement-local-cas-du-maroc/