Les villes historiques du monde arabe entre valorisation patrimoniale et attractivité touristique. Cas du centre historique de la ville de Tébessa, Algérie

et

Résumés

Il n’existe aujourd’hui aucune ambiguïté sur la relation mutuelle entre tourisme et patrimoine. Ces deux composantes sont liées l’une à l’autre et elles se complètent dans le cadre d’un intérêt économique. En fait, le patrimoine culturel qui depuis longtemps était délaissé, devient aujourd’hui, un atout qui peut favoriser l’essor socio-économique et touristique des différents pays. Néanmoins, il serait indispensable de sauvegarder ce patrimoine en le protégeant contre toute menace pouvant nuire à son intégrité. En fait, ce patrimoine culturel, une fois mis en valeur et pris en charge, peut renforcer l’attractivité des villes, ce qui déclenche un tourisme culturel certain. C’est autour donc de ce contexte précis, que l’objectif souhaité de ce travail serait d’analyser les facteurs contribuant à la mise en tourisme du centre historique de la ville de Tébessa.

Texte intégral

A+ A-

Introduction

Dans nombreux territoires et villes historiques, le patrimoine culturel est considéré comme le signe d’une identité nationale, voire même, le symbole d’existence d’une génération à une autre. En fait, ce patrimoine, qui regroupe à la fois l’aspect matériel et immatériel, présente un héritage commun qui nous a été transmis et dont nous devons assurer la sauvegarde, la préservation et la mise en valeur.

L’Algérie est l’un des pays ayant une variété inestimable de sites historiques. Cette diversité lui permet d’être l’une des destinations touristiques les plus fréquentés dans la région sud de la méditerranée. En effet, la promotion du tourisme culturel, dans ce pays permet désormais de sauvegarder son patrimoine, créer des emplois, attirer des investissements, et améliorer la qualité de vie et le bien être des habitants (Hamdi Pacha, 2016).

Afin de parvenir à un tel objectif et de tirer avantage du secteur touristique, l’Algérie a mis en œuvre un schéma directeur d’aménagement touristique SDAT 2025, qui permet de valoriser tout potentiel naturel, culturel et historique du pays et ce à travers la structuration de Sept puissants Pôles Touristiques d’Excellences (PTE) reconnus comme modèle dans le marché algérien. « Parmi ces poles, on trouve le pôle Touristique d’Excellence Nord-Est: qui englobe les villes suivantes: Annaba, Tarf, Skikda, Guelma, Souk Ahras, et enfin Tébessa.» (MATET, 2008).

Il est à rappeler que la ville de Tébessa, notre cas d’étude abrite les monuments romains les plus prestigieux de l’Algérie. C’est une ville emblématique qui mérite d’être analysé. « Suite à l’inventaire du patrimoine culturel rendu public en 2008, par le ministère de la culture algérienne, la ville de Tébessa faisant état de 22 sites et monuments historiques classés comme patrimoine national ». Suite à ce propos, il nous a semblé intéressant d’analyser cette ville antique, en essayant par la présente contribution de mettre la lumière sur son patrimoine culturel afin de la hisser au rang des lieux touristiques d’excellence.

Dans cet ordre d’idées, l’hypothèse défendue dans cette étude est que le centre historique de la ville de Tébessa dispose d’une offre culturelle importante qui pourrait être davantage mise en valeur afin de favoriser le développement du tourisme culturel. La problématique qui en découle est la suivante : comment faire d’un territoire et de son patrimoine culturel une destination touristique durable ?

Pour répondre à cette problématique, le premier point s’attachera à apporter une définition au patrimoine et au tourisme culturel. Dans le deuxième point, nous présenterons un bref aperçu sur la ville de Tébessa et sa situation touristique et patrimoniale. Dans le troisième et dernier point, nous aborderons une partie de notre patrimoine culturel et sa mise en tourisme. Il s’agit du vieux centre de la ville de Tébessa.

Du patrimoine au tourisme culturel : identification des notions de base 

Avant de s’interroger sur le patrimoine culturel d’un territoire donné, il faut d’abord le définir. Le patrimoine exprime l’ensemble des biens hérités de nos ancêtres, soit d’ordre naturel, culturel ou autres. Par conséquent, il est indispensable de devoir le préserver dans le souci de le transmettre aux générations futures. Conformément à la Convention de 1972 de l’UNESCO, le patrimoine culturel se compose de différents éléments à savoir, « le patrimoine matériel qui englobe le patrimoine immobilier, mobilier, archéologique. Il s’agit donc de monuments, de sites historiques, d’œuvres d’art, d’objets ethnographiques, d’archives, de livres, etc.» (UNESCO, 1972).

A l’encontre du patrimoine matériel, le patrimoine immatériel regroupe les savoirs et les savoir-faire d’une collectivité. «En font partie le théâtre, la danse, la musique, les rituels, les fêtes, les cortèges et les techniques artisanales.»(UNESCO, 2003).Dans le but de conserver et de protéger ce patrimoine culturel, que les générations passées nous ont transmis, l’UNESCO a dressé un catalogue de biens universels dès 1972. Ceci a débouché sur la mise en place d’un concept récent : le patrimoine mondial.

Sensibiliser la communauté internationale à ce patrimoine universel est l’un des soucis auxquels l’UNESCO fait face ces dernières décennies. Celle-ci confirme que le patrimoine est doté d’une double nature, d’un côté, c’est un bien hérité d’une génération à une autre, et d’un autre coté, c’est un capital à exploiter via le tourisme culturel. La Charte internationale du tourisme culturel, adoptée par ICOMOS en 1999 confirme cette avis en disant que : « […] Le tourisme culturel est reconnu comme une force positive qui favorise la conservation du patrimoine naturel et culturel. […]. Il représente un enjeu économique essentiel pour de nombreux pays, et peut être un facteur important de développement, lorsqu’il est géré avec succès ». A cet égard, qu’entend-on par tourisme culturel ?

Merlin (2001), définit le tourisme culturel comme étant : « un ensemble des touristes qui partent a la découverte de sites, de paysages, de populations pour élargir leurs horizons. Trop souvent, le tourisme culturel se réduit à la visite de lieux, des monuments, des musées, des sites historiques, des spectacles, et les lieux de culte ainsi à l’achat d’objets artisanaux. ».

En fait, parmi les différentes sortes de tourisme qui ont tendance à se propager à travers le monde, le tourisme culturel reste le plus prisé. Cette thèse a été vérifiée par l’OCDE en Europe, où ce tourisme a connu un essor formidable. Selon L’organisation de coopération et de développement économiques (OCDE, 2009) «plus de 50 % de l’activité touristique en Europe est générée par le patrimoine culturel et le tourisme culturel devrait être la composante du secteur du tourisme à connaître la plus forte croissance. ». Suite à ce propos, nous nous contenterons d’aborder dans ce qui suit, l’interaction entre ce type de tourisme et le patrimoine culturel en essayant de comprendre ses différentes facettes, en Algérie et plus particulièrement dans le centre historique de la ville de Tébessa, notre cas d’étude.

La ville de Tébessa entre authenticité, identité et culture à valoriser 

Héritière d’une époque et d’un patrimoine historique, la ville de Tébessa nous paraît tout à fait appropriée pour étudier les facteurs contribuant au développement d’un tourisme culturel. Ce choix est motivé par plusieurs raisons : d’abord, c’est une ville qui se classe dans la catégorie des territoires en expansion, ensuite son offre culturelle est ancienne et diversifiée et enfin en matière de positionnement géographique en tant que ville frontalière de passage notamment vers la Tunisie.

Présentation de la ville de Tébessa

La ville de Tébessa se situe à l’extrême Est de l’Algérie à une altitude moyenne d’environ 900 m. Elle occupe un emplacement remarquable entre le tell et le Sud des hauts plateaux jusqu’aux régions présahariennes. La wilaya de Tébessa couvre une superficie de 13878 km2, et elle se trouve dans un endroit stratégique consolidée par la bande frontalière d’une longueur de 297 km (DPAT, 2013).

Il y’a lieu de signaler que la wilaya de Tébessa est issue du découpage administratif de 1974 ; date de sa promotion au rang de chef lieu de wilaya. Cette dernière regroupe 28 communes réparties sur 12 daïras, dont la plus importante est la commune de Tébessa, qui constitue d’une part, le chef lieu de la wilaya et d’autre part, notre cas d’étude puisqu’elle abrite le centre historique de la ville.

La base économique de la ville de Tébessa (carte 1) est relativement diversifiée, et repose sur quatre secteurs d’activités : l’agriculture, l’industrie minière, la production agro-pastorale et le commerce. Cette dernière compte une population estimée à « fin 2008 à 648.703 habitants, soit une densité moyenne de 48 habitants par km(RGPH, 2008).La carte 01 ci-après nous montre la situation de la ville de Tébessa.

Carte 1. Situation géographique de la wilaya de Tébessa (surce : web1 ...continue ).

Bref aperçu historique et recensement du patrimoine culturel classé dans la ville de Tébessa

La ville de Tébessa est ancrée dans l’histoire, « elle fut romaine, byzantine, vandale, musulmane, turque et française ; de chacune des périodes de son histoire, elle a gardé un cachet patrimonial historique et archéologique d’une grande richesse » (Gherzouli, 2007). En effet, ce caractère patrimonial peut faire l’objet désormais d’une demande touristique.

D’après l’inventaire du schéma directeur des zones archéologiques et historiques, rendu public en 2007, par le ministère de la culture algérienne, la wilaya de Tébessa est considérée comme une région pleine de monuments et de sites antiques dont «l’inventaire faisant état de 22 sites et monuments  dans la wilaya classés comme patrimoine national. Parmi ces 22 sites classés, neuf (09) vestiges se trouvent dans le centre historique » (Ministère de la culture, 2007). Le tableau 01 ci-après nous résume l’ensemble de ces sites classés comme patrimoine national dans le centre historique de la ville de Tébessa :

On constate que la ville de Tébessa est caractérisée par sa possession de prestigieux monuments et de nombreux vestiges. Tous ces éléments sont de véritables atouts touristiques. Néanmoins, une question principale est soulevée : quelle est la réalité du secteur touristique dans cette ville ? Nous répondrons à cette question dans les points qui suivent.

Diagnostic opérationnel du contexte touristique local de la ville de Tébessa 

Grâce aux fichiers statistiques tenus à l’effet de suivre le mouvement du tourisme au niveau de la wilaya, nous avons pu recenser ce qui suit :

  a- La bande frontalière et le flux touristique

Avec son positionnement sur une bande frontalière de 297km, la wilaya de Tébessa dispose de quatre (04) postes de passage, offrant une grande possibilité d’échange notamment avec la Tunisie et la Lybie. Dans le tableau 02 ci-dessous nous représenterons le flux touristique depuis 2011 jusqu’à 2015.

Les graphes ci-avant, indiquent que le flux touristique est en constante évolution. Il est plus important pour les nationaux que pour les étrangers et cela en raison de la nature même de la ville en tant que zone de passage vers les pays voisins. Mais, on remarque que ces statistiques ne distinguent pas les touristes résidents qui ont pour finalité la découverte de la wilaya car la plupart des visiteurs qui sortent et qui entrent sont des passagers dont la raison de la visite n’est pas précise. Ces derniers ont généralement des motifs de visites différents, soit pour des voyages de loisir, de santé ou des vacances vers la Tunisie, soit des passagers ayant des affaires professionnelles en Algérie.

  b- Les groupes touristiques étrangers 

Durant ces dernières années, la ville de Tébessa a connu le passage de plusieurs groupes touristiques de différentes nationalités, les voyages s’effectuent généralement en groupes organisés ; dont le détail est résumé dans le tableau en-dessous.

D’après le diagramme au-dessus, on remarque que la demande des touristes étrangers est en variable augmentation jusqu’en 2015 et malgré le timide nombre de touristes internationaux, l’ouverture aux différentes nationalités se fait petit à petit.

En 2011, on a remarqué une forte baisse dans le nombre des touristes étrangers, cela est dû à la situation sécuritaire instable en Tunisie du fait des événements imprévus. Ces derniers ont beaucoup affecté la demande des touristes étrangers et ainsi le mouvement frontalier entre la ville de Tébessa et la Tunisie.

Etude de cas : le centre historique de la ville de Tébessa, un site patrimonial entre dynamique et dysfonctionnement

Afin d’arriver à notre objectif, à savoir, la revalorisation du patrimoine culturel urbain et sa réaffectation vers une vocation à caractère touristique, on a opté pour l’analyse, le vieux centre de la ville de Tébessa comme cas d’étude. Ce dernier constitue le principal pôle d’animation de la ville avec sa qualité architecturale et ses divers monuments qui témoignent de diverses époques qu’a connus la région. A cet effet, nous essayerons, dans ce qui suit, d’établir son état des lieux, ses atouts et ses potentialités et ce pour une éventuelle exploitation touristique.

Le centre historique de la ville de Tébessa demeure un chef d’œuvre exceptionnel de l’époque romaine et byzantine. « La principale partie de ce centre est enfermée à l’intérieur d’une enceinte byzantine qui s’étend sur plus de 320 m de longueur et de 280m de largeur. Cette dernière est élevée de grandes murailles de hauteur 9 mètres à 10 mètres. » (Direction de la culture, 2013). L’accessibilité à ce centre s’effectue à travers quatre portes distinctes, nous citerons en l’occurrence : la porte de Caracalla, la porte de Salomon, la porte de Aïn-chahla et la porte de Constantine.

Actuellement, ce centre historique occupe une superficie de 60 ha, et abrite un nombre total d’habitants estimé à 5203 habitants (DUC, 2009). Ce dernier est aujourd’hui considéré comme le cœur battant de la ville, et le lieu d’héritages culturels, des échanges et de service. On y retrouve les lieux de culte, de rencontres, des places, le patrimoine bâti, et les magasins de toutes sortes. Le graphe ci-après nous montre la composition urbaine de ce dernier.

D’après le graphe, on déduit que le centre historique de Tébessa est un site résidentiel de caractère individuel. Sa composition urbaine abrite une variété de fonctions, dont le commerce, les équipements et l’habitat individuel, occupant la moitié de la surface totale (53%).  En effet, ce vieux centre offre à ses usagers plusieurs services qui font de lui un pôle à forte fréquentation humaine. Ce dernier rassemble la majorité des équipements structurants de la ville et il est considéré comme l’endroit le plus privilégié pour le commerce et le contact.

A la lumière de ce qui a été dit, on peut avancer que la diversité en matière de foncions se voit comme un véritable atout dans le vieux centre de la ville de Tébessa. Cette multifonctionnalité lui permet d’exercer une grande influence et de rayonner sur toute sa région. La promotion et le renforcement de ces fonctions serait bénéfique que ce soit pour le bien-être des habitant ou les visiteurs. Ces fonctions, une fois améliorées, peuvent contribuer au développement économique, d’un côté, et d’un autre côté, elles jouent un rôle essentiel dans l’animation et l’attractivité touristique.

Le patrimoine culturel et les monuments historiques dans le vieux centre de la ville de Tébessa

Nous présenterons, dans ce qui suit l’ensemble du patrimoine culturel urbain du vieux centre de la ville de Tébessa. Il s’agit en fait, d’une collection de sites archéologiques et historiques qui témoignent des diverses époques qu’a connues la région.

– La muraille byzantine, classée patrimoine national en 1982, elle fut construite par le général Solomon aux environ des années 535-538 après J. C. En fait, la muraille byzantine est l’un des plus grands monuments archéologiques de Tébessa qui a pu conserver toutes ses caractéristiques architecturales, en dépit de longues années passées depuis sa construction. La muraille byzantine est caractérisée par ses quatorze tours, elle prend la forme d’un rectangle de 320 mètres de longueur et de 280 mètres de largeur (Moll, 1885-1861.).

Photos 1. La muraille byzantine(cl. web).

– Les tours :selon Gherzouli (2007),la citadelle « est flanquée de quatorze tours apparentes et presque équidistantes de16 mètres, d’une épaisseur de 1,5 mètre pour les murs extérieurs et plus de 2 mètres pour les murs intérieurs, et d’une hauteur allant de 14 à 17 mètres. ».

Photos 2. Les tours (cl. Auteur).

– Le forum : il fut bâti durant la période romaine, lorsque Thévest connut un développement inédit dans le domaine des arts et de l’architecture. Le forum est considéré comme un noyau central pour la vie économique et sociale de la population autochtone de l’empire romain. Sa centralité est due à l’intersection des deux axes de l’organisation de la ville romaine, le 1er du nord au sud ; Cardo, et le 2eme de l’est à l’ouest ; le Décumanus. Ce lieu est aujourd’hui considéré comme un pôle principal de l’animation et du commerce. Sa spécificité architecturale et urbaine témoigne de l’authenticité de l’époque romaine.

Photo3. Le forum (cl. Auteur).

– Les portes, la muraille byzantine est percée par quatre portes distinctes, situées sur les quatre façades dont « la plus emblématique et celle de la porte de Caracalla (arc de triomphe romain) construite en l’an 211-212 et achevée en 214-215. Ainsi la porte de Salomon, fut construite à l’époque byzantine en 535 – 538 après J.C. » (Gsell, 1901).

Photo 4. La porte de Caracalla  (cl. Auteur).
Photo 5. La Porte de Salomon (cl. Auteur).

– Le temple de Minerve, fut élevé en l’an 217, « cet édifice religieux fut consacré à l’adoration de Minerve, la déesse de la sagesse chez les romains. . La forme de ce temple est rectangulaire (8 m x 6.75 m), surélevé de 2,5 mètres, il est porté par des colonnes ornées et des frises aux gravures a signification religieuse. » (Direction de la culture de la wilaya de Tébessa,2013).Le temple demeure encore parmi les meilleurs édifices de l’époque romaine et en 1920, il est devenu un musée archéologique ; où sont exposés divers vestiges et objets, et des plaques de mosaïque.

Photo 6.Le temple de Minerve(cl. Auteur).

– L’église: Cette église fût élevée à l’intention de la communauté chrétienne ayant séjourné à Tébessa, qui accueillait des vagues de colons, pour pratiquer leurs rites religieux. En 1971, l’église fut transformée en musée d’antiquité, comprenant un grand nombre d’objets anciens, des témoins de consécration, ainsi que des frises et des gravures en mosaïque. Aujourd’hui elle est en bon état et garde sa beauté d’origine. 

 

Photos 7. L’église (cl. Auteur).

– Le musée en plein air des vestiges romains: Endroit clôturé, contient des vestiges romains exposés en plein air, il n’est pas mis en valeur.

– Le cimetière de l’école Dr Saadane : construit pendant la période vandale de 313-385 par Saint Augustin, classé patrimoine national le 01/09/1985,ce cimetière se situe à l’ouest de l’enceinte byzantine. Il est unique dans son genre car il est le seul site historique qui témoigne de l’époque vandale à Tébessa, ceci est confirmé par les gravures et les indications sur les objets trouvés et qui remontent aux quatrième et cinquième siècle de notre ère, coïncidant avec l’époque vandale. Actuellement, ce site historique comporte de belles mosaïques et des objets anciens ainsi de nombreux tombeaux, dallés de mosaïques funéraires remontant à l’ère chrétienne (Hamdi Pacha, 2013)

– La mosquée El Atiq: Elle fut bâtie durant la période ottomane en 1842, La mosquée el-atiq est l’une des plus belles constructions islamiques de Tébessa. Sa conception intérieure comporte des pierres romaines, des colonnes en marbre et des arcs ronds dissipant l’étendue de l’espace. De l’extérieur, elle est surplombée d’un minaret cylindrique caractéristique des mosquées ottomanes. Aujourd’hui, elle est utilisée pour la prière et elle a su conserver sa valeur spirituelle et architecturale malgré qu’elle ait subi des transformations à l’intérieur, mais son état nécessite des travaux de restauration et de conservation(Hamdi Pacha, 2013).

Ces photos constituent un vrai témoignage de la beauté, de l’authenticité et de la particularité de ce site. Elles affirment aussi que la ville de Tébessa dispose d’un potentiel culturel et touristique considérable. Mais, en dépit de tous ces atouts, quels sont les facteurs qui menacent l’authenticité et l’existence du patrimoine culturel urbain dans le centre historique ? Nous répondrons à cette question dans les points qui vont suivre.

Les facteurs menaçant le patrimoine culturel urbain dans le centre historique de la ville de Tébessa 

La protection de nombreux témoignages historiques, localisés dans le vieux centre de Tébessa, se heurtent souvent à des risques d’origines naturelles, anthropiques ou urbaines. Ces derniers forment autant d’agressions et mettent en péril le patrimoine. En fait, parmi les menaces qui dégradent le patrimoine culturel dans le vieux centre de la ville de Tébessa et qui peuvent contribuer à sa disparition, on distingue principalement les risques suivants :

Les facteurs naturels

Le patrimoine culturel urbain dans le vieux centre de la ville de Tébessa est menacé par le climat, l’effet de temps, les intempéries, l’action de l’eau ou des plantes. Tous ces risques affaiblissent les monuments anciens et engendrent leur vieillissement, leur usure progressive et leur destruction (photos  15 et 16).

Les facteurs humains

Les facteurs sociaux qui précipitent le plus souvent la dégradation du patrimoine dans le centre historique de la ville de Tébessa sont décrits ci-après : le manque d’entretien, la négligence et le délaissement des bâtisses abandonnées à la ruine (fig. 17). A l’encontre de l’abandon des demeures auprès de certains propriétaires, d’autres n’hésitent pas à remodeler et rénover leurs maisons en apportant des modifications et en intégrant des structures modernes surélevées. Hélas, ces modifications portent atteinte à l’authenticité du lieu.

Photos 17-18.L’abandon a la ruine, la démolition et la rénovation mal exécutée(cl. Auteur).

Parallèlement aux facteurs humains précités, le centre historique de la ville de Tébessa est menacé par les déchets et les dépotoirs anarchiques. A cela, on ajoute d’autres menaces comme les actes de vandalisme. Ces derniers affectent non seulement la santé de la population mais aussi défigurent l’aspect paysager de ce noyau ancien  et accélèrent la dégradation des monuments historiques.

Les facteurs urbains 

Parmi les facteurs urbains qui participent à la dégradation du patrimoine culturel dans le vieux centre de Tébessa, nous citons, la pollution et la congestion à cause de la circulation mécanique, le manque d’air de stationnement qui conduit généralement à l’exploitation des abords des monuments historiques.

Les facteurs économiques 

Il est évident que le centre historique est l’endroit le plus approprié pour l’installation de nombreuses activités commerciales. Malheureusement, cet avantage tend à se convertir en inconvénient car il a engendré plusieurs problèmes dans le vieux centre de la ville de Tébessa, à savoir : la propagation du commerce informel, le déclin de l’artisanat, la concurrence, la spéculation foncière, la hausse des prix et les déchets. Tout ces facteurs menacent le patrimoine et mettent en danger son existence.

Les efforts des acteurs locaux à la préservation et la mise en valeur du vieux centre de la ville de Tébessa 

Suite à l’accumulation de nombreux problèmes, dans le vieux centre de Tébessa, on n’hésite pas à se demander : quelles sont les actions qui ont été exécutées par les acteurs concernés afin de sauvegarder et mettre en valeur ce centre ? D’une façon globale, le vieux centre de la ville de Tébessa n’a pas été au centre de préoccupations actuelles. Ce dernier a été légèrement pris en charge. Les interventions engagées en faveur de sa mise en valeur, se sont arrêtées le plus souvent à quelques actions de classement, de réaménagement des abords et de restauration. A cet effet, nous mettrons la lumière, dans ce qui suit, sur les principales actions qui ont vu le jour dans ce centre historique.

Le classement des monuments historiques

Sur un total de neuf sites historiques représentant une valeur patrimoniale dans le vieux centre de la ville de Tébessa, seulement trois sites les plus emblématiques ont bénéficié d’un classement national sur la liste du patrimoine culturel matériel. Le Tableau ci-après nous montre les trois sites classés et leurs dates de classement.

D’après le tableau précédent, il s’avère que les trois sites classés comme patrimoine national sont antiques, toutefois, ce nombre reste timide par rapport à ceux non classés qui se trouvent en état d’abandon et de négligence.

Des opérations de restauration et de conservation

Afin de remettre en bon état le patrimoine culturel urbain dans le vieux centre de la ville de Tébessa et de conserver son intégralité, les acteurs locaux ont procédé à la restauration de quelques monuments dégradés. Nous citons en l’occurrence, la restauration de la porte de Caracalla en 2002 et celle de Constantine en 2004. Hélas, «ces opérations ont été dernièrement au centre d’une polémique et un débat s’est ouvert de la base théorique adoptée et les techniques de restauration utilisées. L’aspect actuel de l’arc a été théâtre d’une intervention maltraitée ou la bétonisation s’annonce difficile à enlever, le pose de fer pour des colonnes en béton armé et la logique du neuf allaient prendre le dessus. » (Attoui, 2009).

Photos 25-27.La restauration de la porte de Caracalla et la porte de Constantine (cl. Auteur).

Des actions de requalification et d’amélioration urbaine

A partir de l’année 2011, des travaux d’aménagement et de requalification du vieux centre de la ville de Tébessa (en cours), ont été lancés par la DUC (direction d’urbanisme et de construction) pour réhabiliter ses différentes rues et ses réseaux divers. « Ces opérations s’inscrivent dans le cadre d’un plan d’action en termes de viabilisation, revalorisation et requalification des différents grands ensembles d’habitat. Il est destiné à améliorer les conditions d’existence des citoyens qui y vivent et s’inscrit plutôt dans une logique d’embellissement et d’amélioration de milieu urbain. » (DUC Tebessa, 2013). A ce propos, nous essayerons dans ce qui suit, de mettre la lumière sur les différents types d’interventions envisagées.

Photos 28-29.L’aménagement et la reprise des réseaux de viabilité défectueux (cl. Auteur).
Photos30-31-32. Le pavage et la réfection des réseaux primaires (AEP+ assainissement.) (cl. Auteur).

Compte tenu de ce qui précède, il s’avère que la valorisation du vieux centre de la ville de Tébessa et sa promotion ont été au cœur de plusieurs opérations. Toutefois, ces actions ont été caractérisées par des actions éparpillées sans stratégie, accentuées par le report de la réalisation de certains projets à quelques années à cause du conflit entre les différentes instances concernées. On rajoute à cela d’autres problèmes qui empêchent la concrétisation des différents programmes déjà inscrits, en cours ou bien achevés qui n’ont pas abouti aux résultats escomptés pour les raisons principales suivantes : l’insuffisance des moyens financiers; l’ampleur de l’état dégradé des VRD ; le manque d’implication effective et active des habitants et le déficit en main d’œuvre qualifiée.

Conclusion 

« Un territoire donné n’est pas une destination de tourisme culturel à priori. Avant de pouvoir profiter des retombées positives du patrimoine culturel urbain, une région doit transformer son territoire et son offre culturelle en produit de tourisme culturel durable. » (Juanchich, 2007). En effet, le vieux centre de la ville de Tébessa recèle d’innombrables atouts patrimoniaux qui peuvent contribuer à son développement. Il devrait figurer en tête des destinations touristiques de la wilaya, voire du pays. Pour cela, des adaptations s’avèrent nécessaires pour pouvoir bénéficier des retombées économiques liées à la mise en tourisme de la ville. A notre sens, la mise en tourisme du patrimoine culturel nécessite un vrai engagement de la part de l’état et toutes les parties prenantes, à savoir: habitants, acteurs dirigeants, associations, élus, professionnels, etc. Sans oublier l’implication des organismes internationaux (UNESCO et OMT), outre « […] la mise en place d’un établissement maître d’ouvrage, comme outil principal, chargé du suivi des projets de restauration et de requalification, devient plus qu’une nécessité […]  afin de sauver ce qui reste de l’héritage urbain. Un patrimoine qui constitue un véritable enjeu culturel, social et urbanistique, et dont la sauvegarde des sites dits « historiques» est un facteur de modernisation de la ville. » (Madani, 2016). A cela, on s’ajoute d’autres mesures d’accompagnement, il s’agit de :

  • La mise en tourisme du vieux centre de Tébessa nécessite une stratégie programmée au préalable et qui comporte, entre autre, la consolidation des habitations qui ont tendance à tomber en ruines, la réhabilitation des constructions dégradées, la création de circuits touristiques, la restauration des monuments, la réfection et l’embellissement des façades, le développement de l’artisanat, et enfin la concertation avec les habitants ;
  • La mise en tourisme du patrimoine culturel doit être inscrite dans une stratégie globale et durable qui prend en considération le développement économique, l’équité sociale, l’épanouissement culturel et la protection de l’environnement ;
  • La mise en tourisme du patrimoine culturel demande la création d’un cadre réglementaire, juridique et institutionnel adéquat, accompagné d’un fond de financement des opérations ayant pour but la sauvegarde du patrimoine ;
  • Pour que le tourisme culturel voit le jour dans le centre historique de Tébessa, il est indispensable de mettre en œuvre un programme en faveur de l’identification, l’amélioration et la protection des activités artisanales existantes. En fait, ces activités artisanales, une fois développées, elles peuvent contribuer d’un côté, à la création des postes d’emploi, et d’un autre côté, elles jouent un rôle primordial dans l’animation et la promotion touristique ;
  • La mise en tourisme du vieux centre de Tébess demande la restauration immédiate des monuments les plus remarquables, la mise en place des signalétiques urbaines et la création des lieux d’accueil destinés à faire connaitre les sites patrimoniaux aux visiteurs ;
  • Le traitement urgent des immeubles menaçant ruine et d’habitat ancien avec une assistance humanitaire, technique et financière pour les populations concernées ;
  • La modernisation des infrastructures du transport, du commerce, et la multiplication des structures d’accueil adéquates, à savoir : hôtels, restaurants traditionnels, etc.

En résumé, on peut déduire que la mise en tourisme du vieux centre de la ville de Tébessa nécessite une stratégie de longue haleine. L’action de revalorisation de ce site historique devrait être une action de revalorisation des conditions de vie, du patrimoine, d’habitat, d’activité économique, d’activités culturelles, de loisir et de circulation. En fait, cette action, mise en œuvre et prise en charge, elle redonnerait à ce centre sa grandeur, son rayonnement et remettrait une excellent dynamique dans ce lieu.

References   [ + ]

1. http://decoupageadministratifalgerie.blogspot.com/p/cartes-de-situation-geographique-des.html


Références bibliographiques

Attoui, R. (2009). L’analyse archéologique et la conservation de l’arc de Caracalla : questions théoriques et méthodologiques, actes du colloque international sur l’archéologie, département d’architecture, université de Tébessa, 25-29 Avril, p. 21.

Direction d’urbanisme et de construction (DUC Tébessa), (2013). Rapport sur les travaux d’amélioration urbaine dans le centre ville de Tébessa, p. 03.

Direction d’urbanisme et de Construction DUC –Tebessa-, (2009). Plan d’occupation du sol n° 01 –centre ville de Tébessa, dossier  final élaboré par : URBA BATNA , p. 08.

Direction de la culture de la wilaya de Tébessa, (2013). Guide culturel du Patrimoine et des Arts de la wilaya de Tébessa, p. 37.

Direction de la culture de la wilaya de Tébessa, (2013). La conservation de la muraille byzantine de Tébessa, genèse historique, pp. : 04-05.

Direction de planification et d’aménagement de territoire de la wilaya de Tébessa (DPAT), (2013), Présentation générale de la wilaya de Tébessa, p. 03.

Gherzouli, L. (2007). Renouvellement de vieux centre de Tébessa (mémoire de magistère non publiée), département d’architecture, université de Constantine, p. 146.

Gsell, S. (1901). Les monuments de l’Antique romaine en Algérie, l’archive de l’office de Gestion et d’Exploitation des Biens Culturels de la wilaya de Tébessa, p. 204.

Hamdi Pacha, A. (2013), La promotion du tourisme culturel un atout majeur pour la valorisation des villes historiques –Cas de la wilaya de Tébessa-, actes de : colloque international sur l’économie de tourisme : ses atouts et ses défis, université de Biskra, Algérie, 02-03 décembre.

Hamdi Pacha, A. (2016). le tourisme culturel durable comme moteur de développement et de mise en valeur du patrimoine culturel urbain, cas de la vallée de M’Zab –Algérie-, actes de : 7 iémes Journées scientifiques du tourisme durable, 27-29 avril. Université de Paris 13 et EHET Tunis.

 ICOMOS, (1999). Charte internationale du tourisme culturel, la gestion du tourisme aux sites de patrimoine significatif, 12ème assemblée Générale au Mexique, p. 22, Octobre.

Juanchich, L. 2007. Tourisme et territoire : les apports du tourisme culturel au développement local, (thèse de master en science économique), université Lyon 2. Url. : doc.sciencespo-lyon.fr/Ressources/Documents/Etudiants/…/SECI/…/juanchich_l.pdf.

Madani, R. (2016). Comment sauvegarder le patrimoine historique de la vieille ville de Constantine. Url. : http://www.archi-mag.com/actu_31.php.

Merlin, P. (2001). Tourisme et aménagement touristique, édition de la documentation française, Paris, p. 16.

Ministère de l’aménagement du territoire de l’environnement et du tourisme (MATET), (2008). Schéma directeur d’aménagement touristique « SDAT 2025 », Livre 3, Les sept pôles touristiques d’excellence   ( POT ), Janvier, P : 05.

Ministère de la culture algérienne, (2007). Schéma directeur des zones archéologiques et historiques, p. 52.

Moll, C-A. (1885-1861). Mémoire historique et archéologique sur Tébessa et ses monuments, France, Archive de l’office de Gestion et d’Exploitation des Biens Culturels de la wilaya de Tébessa, p. 33, 34.

O.N.S. (2008). Population résidente par âge, par sexe et par wilaya, Population RGPH 2008, Url. : http://www.ons.dz/-Population-RGPH2008-.html.

Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), 2009. The Impact of Culture on Tourism, [En ligne], Url. :  www.oecd.org.

UNESCO, (1972). Convention pour la protection du patrimoine mondial culturel et naturel, p. 01, Paris, 19 novembre.

UNESCO, (2003). Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, p. 05, Paris, 17 octobre.

Pour citer cette article

et , "Les villes historiques du monde arabe entre valorisation patrimoniale et attractivité touristique. Cas du centre historique de la ville de Tébessa, Algérie", RIMEC [en ligne], 02 | 2018, mis en ligne le 19 juillet 2018, consulté le 15 October 2019. URL: http://www.revue-rimec.org/les-villes-historiques-du-monde-arabe-entre-valorisation-patrimoniale-et-attractivite-touristique-cas-du-centre-historique-de-la-ville-de-tebessa-algerie/