Les soubassements juridiques du DD et de la RSE – Un des leviers institutionnels incontournables pour la promotion de ces concepts au Maroc

et

Résumés

Deux méta ingénieries sociales intègrent la société marocaine et imposent une réforme globale, en l’occurrence le développement durable et la RSE. L’objectif primordial de cet article est de mener une réflexion autour des mesures prises par l’Etat marocain pour promouvoir ces deux concepts et de se focaliser de manière critique sur les leviers juridiques dédiés à leur institutionnalisation. Ces concepts reconnus à l’échelle mondiale suscitent l’intérêt des acteurs socio-économiques marocains et les incitent à s’y engager afin de s’adapter aux exigences du développement à l’international.
Two meta-social engineering companies integrate Moroccan society and require comprehensive reform, namely sustainable development and CSR. The main objective of this article is to reflect on the measures taken by the Moroccan State to promote these two concepts and to focus critically on the legal levers dedicated to their institutionalization. These internationally recognized concepts attract the interest of Moroccan socio-economic actors and encourage them to engage in them in order to adapt to the demands of international development.

Texte intégral

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Table des matières

Introduction générale

Au Maroc et comme par ailleurs, le débat sur la RSE/DD n’est pas ancien, il est toujours d’une grande actualité et continue encore à faire l’objet de réflexion de la part de la communauté scientifique comme en témoigne la multitude de colloques, congrès et tables rondes consacrés chaque année à la thématique. La question est loin d’être un champ d’intérêt des chercheurs seulement, les professionnels ont également montré un intérêt particulier à la RSE pour les bénéfices qu’ils peuvent en tirer en termes de performance économique et sociale. Néanmoins, la polémique autour du sujet et l’adhésion massive au discours sur la RSE et DD ne reflètent nullement l’engagement concret des entreprises qui demeure malheureusement encore faible. Bien qu’on ait mobilisé d’innombrables leviers de dynamisation de la RSE, l’intégration de cette dernière dans les pratiques quotidiennes des entreprises reste très timide. On y invoque pour preuve le nombre d’entreprises marocaines certifiées RSE. L’engagement volontariste inscrit au cœur de la RSE est à notre avis défavorable à une responsabilisation sociétale devenue aujourd’hui incontournable de par la « criticité » des enjeux environnementaux et les conditions de travail lamentables dans beaucoup de nos entreprises. Fort de ce constat, nous nous interrogeons, toute réserve émise, sur l’éventualité de substituer la responsabilité légale à caractère répressif à cette responsabilité sociale fondée sur l’action volontaire. Surprenante que peut paraitre cette déclaration, elle reste néanmoins partagée par beaucoup de nos collègues chercheurs et spécialistes et particulièrement dans le contexte marocain. Cette voie de réflexion, qui fait l’objet de cette modeste contribution, nous renvoie ipso facto à explorer et discuter les textes de loi jusqu’ici édités et mis au service de la promotion d’une responsabilité sociale et environnementale.

Ainsi, s’annonce notre problématique exprimée comme suit : En quoi consiste exactement la loi dédiée à la RSE/DD par les pouvoirs publics au Maroc ? L’arsenal juridique mis en place a-t-il vraiment permis l’engagement souhaité ? Ne faudra –t- il pas renforcer davantage les lois en matière sociale et environnementale ?

A travers une revue de la littérature sur la RSE/DD et l’examen de tous les supports ayant trait à leur institutionnalisation, nous tenterons de répondre au questionnement soulevé. Après avoir présenté les concepts clés de la problématique, nous nous consacrerons à étaler dans un deuxième temps le cadre institutionnel du DD et de la RSE au Maroc. La troisième partie enfin sera réservée à la présentation et l’évaluation des soubassements juridiques de la RSE/DD au moyen d’une approche critique.

Le développement durable et responsabilité sociale des entreprises à l’échelle internationale

Définitions et évolution du développement durable

Les idées portées par le développement durable trouvent leur origine il y a plusieurs siècles (Steureret al. 20051[1]Steurer, R., Langer, M. E., Konrad, A., &Martinuzzi, ...continue). Selon Lapayre et Bonnefont (2012), ces idées ont  pris de l’importance avec les premières prises de conscience écologiques, consuméristes et sociales des années 1960 et 1970. A cette époque, les premières prises de conscience sur la protection de la terre et la préservation de ressources ont eu lieu suite à la croissance démographique de la population mondiale et les premiers chocs pétroliers de la dite époque. Pourtant, l’expression développement durable n’a vu le jour qu’en 1980 dans un document de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature et de ses ressources. La définition qui fera date est issue du rapport « Brundtland » paru en 1987 : un « développement qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs besoins ».

Etant une donnée récente, intégrant le monde marchand, le développement durable a intrigué plusieurs organismes et ONG, ce qui les a poussés à concevoir leurs propres acceptions. Dans le tableau suivant, nous en présentons quelques-unes, successivement énoncées. Il est à remarquer que les définitions proposées dans ce tableau dépendent fortement du contexte d’énonciation et du rôle de chaque organisme énonciateur :

Tableau 1: illustration de la variabilité des définitions du Développement durable

Selon  Bon (2009), « le concept du développement durable a évolué et s’est raffiné au cours des trente dernières années et plus particulièrement depuis 1987. L’étude de cette évolution peut se limiter aux événements marquants et documents majeurs qui ont fait progresser, connaître et diffuser le concept de développement durable : la conférence de Stockholm (1972) et sa déclaration de la notion d’écodéveloppement évoquée par Sachs en réaction au concept de croissance zéro du Club de Rome (Halte à la croissance, 1972), la Stratégie mondiale de la conservation (1980), la Commission mondiale des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement (CMED- Rapport Brundtland, Notre Avenir à tous) en 1988, la Stratégie pour l’avenir de la vie (1991) et la Déclaration de Rio (1992).

Au niveau macroéconomique, la définition du développement durable (Bruntland1987) est déjà source d’interprétation (cf. les maigres résolutions de Johannesburg) mais c’est au niveau micro qu’elle est le plus soumise à caution. Elle n’offre que peu de pistes sur la façon dont ce concept peut être intégré aux actions de l’entreprise. Si l’on se réfère au triple bottom line qui préconise la prise en compte conjointe de l’économique, de l’environnemental et du social, les premières lignes idéologiques émergent mais la traduction opérationnelle fait encore défaut.

De nombreuses questions restent, en effet, en suspens. Des sceptiques vont se demander si le développement durable est bien nécessaire ou encore s’il est possible d’imputer à l’entreprise un développement qui ne le serait pas ?  Des idéologues s’arrêtent sur les actions à mettre en œuvre dans l’entreprise en faveur d’un management durable. D’autres, plus pragmatiques, s’interrogeront sur les retombées monétaires d’une telle approche.

Quelle que soit l’évolution, la différenciation des définitions, ou la variation des interprétations, cela ne fait, au sens de Villeneuve (1998), que refléter la vitalité du concept et indiquer la nécessité d’en préciser les paramètres d’application du développement durable (cité par Bon 20092Bon V. (2009), Le développement durable : des fondements ...continue). Ce qui compte au plus dans la définition du DD est le temps et l’espace. Le premier est une perspective essentielle pour l’application de ce type de développement et cela permettra, avec plus de recul, d’attribuer le qualificatif « durable » à une forme ou une autre de développement (Vaillancout, 19983Vaillancourt, JG (1998), Evolution conceptuelle et ...continue).

Le développement durable est une notion composée de trois piliers constitutifs de sa genèse. Le pilier économique servant à assurer la pérennité de l’entreprise et de ses effectifs, le pilier social privilégiant l’environnement humain de l’entreprise au travers du dialogue social, de l’égalité des chances et du bien-être au travail. Quant au pilier environnemental, il incite à la réduction des impacts de l’activité de l’entreprise sur l’environnement et la biodiversité. Ces piliers revendiquent des enjeux qui traitent une diversité d’éléments que sont :

  • la préservation de l’environnement : Les ressources naturelles ne sont pas infinies. Ce constat de rareté et de tarissement des ressources naturelles se traduit par la nécessité de protéger ces équilibres écologiques pour préserver nos sociétés et la vie sur Terre.
  • La favorisation de la cohésion sociale : C’est le devoir de chaque société à assurer le bien-être de tous ses citoyens.
  • La promotion d’une économie responsable : l’enjeu est de concilier performance économique et valeurs éthiques.

Severino et Charnoz (2004) ont précisé qu’il faut plutôt parler de développements durables, comme autant de processus spécifiques à chaque pays – une découverte de soi au cours de laquelle une société identifie le mode de développement qui lui convient le mieux (Haussmann &Rodrik, 20024Hausmann R. &Rodrik D. (2002), Economic Development as ...continue). Dans cette envergure, notre questionnement émerge pour présenter l’état du DD dans le contexte marocain. Mais bien avant, nous évoquerons dans ce qui suit le concept de RSE et ses évolutions dans le temps.

Le concept de la responsabilité sociale des entreprises

Émergence de la RSE

Plus ancienne que la notion du développement durable, le concept de la RSE  tire ses origines et ses fondements dans  des  pratiques  d’entreprises  plus vieilles surtout en Amérique du Nord. Ces pratiques étaient connues sous le nom de « philanthropie d’entreprise ». Au sens d’ELMalki (2010), le concept moderne de RSE a clairement des origines américaines et se référait au paternalisme dans les relations entre l’entreprise et la société qui l’entoure.  Cependant, le développement de la RSE, comme concept académique, est plus récent et trouve son point de départ dans l’ouvrage de Bowen, considéré comme le « père fondateur »  de  la RSE.  En effet, cet ouvrage  témoigne  de  l’ancrage religieux de la RSE et marque  l’entrée  de  la notion  de RSE dans  le monde académique.

Le concept de responsabilité est analysé en référence aux objets de connaissances, tels que la gestion, la philosophie, la sociologie, le droit, etc. Toutefois, cette approche conceptuelle plus ouverte permet de montrer la représentation de cette notion dans la vie sociale (Lépineux, 20035Lépineux F., (2003), Dans quelle mesure une entreprise ...continue).

La RSE renvoie aussi à des concepts tels que l’éthique, la justice sociale, le bien-être, et couvre plusieurs champs et domaines de gestion tels que la stratégie, la finance, le management des ressources humaines, le marketing. Le livre Social Responsibilities, publié en 1953, par Bowen, a été le déclic des débats autour de la RSE. Bowen fut le père fondateur du concept de la RSE selon Pasquero (20056Pasquero J. (2005), “La responsabilité sociale de ...continue), la publication de cet ouvrage intervient dans un contexte particulier où il est demandé aux entreprises de dépasser le cadre strict de leurs obligations économiques et s’engager dans  des  obligations  morales  envers  la  société. Ce livre se montre comme une référence dans le domaine de la RSE et il aborde des questions qui restent sans réponse actuellement. Au sens de Bowen, l’objectif ne se limitait pas à l’étude et l’analyse des discours sur la RSE, mais aller au-delà et de les enrichir par des contributions de grands  courants de la critique sociale et morale de l’époque. Bowen positionne son analyse de la doctrine macroéconomique et l’évalue en fonction de sa capacité à générer un niveau de bien-être plus élevé dans la société (Gond et Igalens,  20087Gond J.-P. &Igalens J. (2008), La responsabilité ...continue).

Plusieurs chercheurs ont analysé les divergences de conceptualisation de la RSE entre les États-Unis et l’Europe. Mais la sortie du concept de son cadre théorique simple et l’émergence des nouveaux concepts, telle la performance sociétale, ont vu le jour grâce aux spécificités culturelles américaines présentées comme des facteurs amplificateurs (Pasquero, a8[1]Pasquero, J. (1997). « Business Ethics and National ...continue ; b9Pasquero,  J.  (2004a).  « Responsabilités  ...continue).

Le premier facteur est l’individualisme,  où  le collectif représente l’addition des  initiatives  individuelles et  où  la RSE est considérée comme une réponse à la problématique de la relation entre intérêt privé (entreprise) et bien commun (société) dans le contexte d’une économie de marché. Le second facteur est le pluralisme démocratique qui considère la RSE en tant que « porteur de changement social » qui « fait  l’objet  d’une  redéfinition  permanente  (…).  Elle  ne  saurait  être  définitivement  figée ». Comme troisième facteur, nous citons le moralisme à l’américaine ayant manifesté de l’intérêt pour la RSE. En  effet, selon le même auteur, celle-ci a trouvé dans le vieux fond moraliste américain un chemin propice pour l’application concrète de  ses  principes et  l’objet  d’une analyse critique  permanente des formes d’organisation socioéconomique.

Enfin, le dernier facteur socioculturel est l’utilitarisme. Ce facteur démontre que la RSE présente pour les entreprises le double avantage de limiter les risques de débordements, qui peuvent générer un coût énorme pour celles-ci (financier et/ou autre) et de les conduire à adopter une démarche proactive et anticipative sur plusieurs plans (cité par Boukil, 201610Boukil. A, (2016), « compréhension et appropriation du ...continue).

 Evolution historique de la RSE

D’une manière théorique, le concept de RSE a fait l’objet de nombreux développements depuis les années 50, en relation avec les idéologies divergentes de plusieurs écoles de pensée ; avec l’évolution de l’état du monde et avec les types de réglementation publique qui en ont découlé (El Malki, 2010). Les premiers discours et théorisations de la RSE ont été fortement marqués par les concepts protestants de « public service » et « stewardship » (Benson cité par Masaka, 200811Masaka D (2008), why enforcing corporate social ...continue).

Plusieurs définitions ont été avancées, différentes approches et orientations sont proposées pour entourer le concept, sans pour autant qu’un consensus se dégage. La construction théorique du concept de la RSE s’est étalée sur trois époques dont la  première renvoie aux années 50 et 60 et au régime de type « associatif » où la RSE était encadrée. Caractérisée par une approche normative et philosophique de la RSE, cette période s’est focalisée sur la délimitation des responsabilités, sur la définition du concept de RSE, ainsi que sur des questions liées aux fondements éthiques et économiques de cette notion (Gond et Igalens, 200812Gond J.-P. &Igalens J. (2008), La responsabilité ...continue). Les années 70 représentent la seconde époque où le contexte valorise les mouvements sociaux et environnementaux ayant ciblé les entreprises. Le régime de marché est « sociétal » et la RSE demeure obligatoire. Le concept de RSE prend alors un tournant plus managérial et plus pragmatique. Ackerman et Bauer (197613Ackerman, R. W. et Bauer, R. A. (1976). Corporate Social ...continue) provoquent une tournure vers la gestion concrète des problèmes sociaux et environnementaux des firmes. Ils introduisent à cet effet la notion de réactivité ou sensibilité sociale de l’entreprise (Corporate Social Responsiveness) qui renvoie « aux  processus  de  gestion  de  la  RSE  par  les  entreprises  ainsi  qu’au déploiement et à la mise en œuvre des pratiques de RSE ». A partir des années 80 et 90, le régime de l’ « efficacité» succède au régime sociétal donnant ainsi naissance à une  RSE volontaire. Cette même période contribue à l’émergence de la Performance sociétale de l’entreprise (Corporate Social Performance) ou PSE. Celle-ci intègre à la fois le niveau des principes de responsabilité sociale et  le niveau des processus de gestion des problèmes sociaux.

Pour plus de focalisation sur l’objectif de cet article, nous exposons toutes les mesures institutionnelles engagées par l’Etat marocain pour promouvoir ces deux concepts.

Le cadre institutionnel du DD et de la RSE au Maroc

Les dynamiques institutionnelles marocaines en faveur du DD

Le lancement des programmes, des chartes et des lois a nécessité une mise en œuvre et une opérationnalisation sur le terrain. Dans cette partie, nous citons l’ensemble des dynamiques institutionnelles attachées aux piliers constitutifs du développement durable.

La charte nationale de l’environnement et du développement durable

Lors du discours royal de la fête du trône de 2010, la Charte Nationale de l’Environnement et du Développement Durable a été établie. Celle-ci représente un tournant important dans les réformes institutionnelles marocaines, car c’est à compter de sa date de mise en vigueur que l’action politique a cherché à faire converger les trois piliers : sociaux, économiques et environnementaux. Cette charte est d’une part, portée par la Loi-cadre (99-12), qui représente l’appui fondamental de l’arsenal juridique, et d’autre part, opérationnalisée sur le plan technique de manière séquentielle à travers l’élaboration de trois stratégies : d’abord la mise à niveau environnementale (MANE), la stratégie nationale de la protection de l’environnement (SNPE), et la stratégie nationale de développement durable (SNEDD). Celle-ci s’appuie sur les éléments suivants :

Figure 1: Axes de la stratégie nationale de l’environnement et du développement durable CNEDD

Ainsi, la SNDD14SNDD : Stratégie Nationale du Développement Durable.  va procéder à l’analyse sous le prisme « développement durable » les principales stratégies et leur mise en œuvre, comme : i) le Plan Maroc Vert(PMV) qui a pour objectif l’augmentation significative des rendements agricoles et la préservation de son impact social par l’accompagnement des populations rurales au travers de projets d’agrégation, tout en jouant un rôle de protection et de conservation des ressources naturelles ; ii) la  Stratégie énergétique et ses objectifs d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre et de protection des ressources naturelles; iii) le Plan Halieutis pour la pêche maritime et ses objectifs de protection de la biodiversité marine et de la régénération des ressources halieutiques ; iv) la Vision 2010 & 2020du Tourisme et ses objectifs environnementaux, en particulier dans l’aménagement des complexes touristiques, le déploiement de la charte marocaine du tourisme responsable, la promotion des écolabels du tourisme ; v) le Plan Emergence pour l’industrie et ses contributions environnementales comme le déploiement de zones industrielles à « Management vert », et comme la promotion de la certification environnementale ISO 14001 auprès des entreprises ; vi) le Plan Rawaj de développement du secteur commercial, qui accorde une place toute particulière au commerce de proximité et à sa protection, et qui limite les impacts environnementaux des lieux commerciaux modernes, en optimisant l’eau, l’énergie et la gestion des déchets ; vii) et l’INDH et ses objectifs de réduction de la pauvreté et d’amélioration du niveau de vie.

Nous avons essayé de schématiser l’ensemble des données liées à cette charte de la manière suivante:

Figure 2 : Processus d’institutionnalisation de la charte nationale du développement durable

La nouvelle constitution de 2011

La nouvelle constitution est venue ensuite consacrer la bonne gouvernance (18 articles Titre XII) et l’indépendance du contrôle des établissements publics (article 159) et renforcer le rôle des populations locales dans le développement humain15 art.139 « des mécanismes participatifs de dialogue et de ...continue. La constitution a été élaborée selon une approche méthodologique démocratique, inclusive et transparente. Elle a été faite par les Marocains pour tous les Marocains ; elle contient les fondements de l’identité marocaine plurielle; elle représente un acte linguistique refondé sur le pluralisme assumé. Elle développe une véritable charte citoyenne des droits et libertés ancrés au référentiel universel des droits de l’homme. Elle renforce notamment la notion d’égalité homme-femme par la consécration de la parité, accorde la primauté à la Souveraineté nationale et à la suprématie de la Constitution et organise la séparation des pouvoirs dans le cadre d’un régime de Monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale. Elle accorde également une place importante à la régionalisation avancée dans son « Titre IX » répondant ainsi à l’objectif inscrit dans le « Rapport sur la régionalisation avancée », à savoir « doter le Maroc d’une régionalisation avancée d’essence démocratique et vouée au développement intégré et durable sur les plans économique, social, culturel et environnemental16Rapport sur la régionalisation avancée».

La nouvelle constitution porte sur la démocratie citoyenne et participative ; la protection de l’environnement et le développement durable comme un droit de tous les citoyens ; la démocratie territoriale (régionalisation avancée) ; les principes fondamentaux en matière de bonne gouvernance, de moralisation de la vie publique et d’Etat de droit économique de même que  l’accès à l’information comme un droit.

Les dynamiques institutionnelles en faveur de la RSE marocaine

En addition à la nouvelle constitution établie en 2011, les instances autoritaires marocaines ont veillé à la promulgation d’un arsenal économique et normatif que nous présentons sous forme de leviers de dynamisation du tissu économique marocain. Les leviers juridiques feront objet de l’interprétation critique de ce papier.

Les leviers éthiques et déontologiques

A. La charte RSE par la CGEM

« La responsabilité sociale des investisseurs a pour pendant et pour condition la responsabilité sociale des entreprises. A cet égard, nous suivons avec intérêt et satisfaction l’action des entreprises marocaines qui se sont volontairement engagées dans cette voie17Extrait du discours royal à l’occasion des assises de ...continue».

Les entreprises marocaines qui bénéficient du label de la Confédération Générale des Entreprises Marocaines -CGEM- se distinguent par leur engagement en faveur de la RSE. Elles reconnaissent observer, défendre et promouvoir les principes universels de responsabilité sociale et de DD dans leurs activités économiques, leurs relations sociales et plus généralement, dans leur contribution à la création de valeur.

Les membres de la CGEM adhèrent aux objectifs du développement durable. Ils ajoutent à cet égard un ensemble de déclarations : « Nous nous engageons à agir de façon responsable et continue pour leur réalisation dans nos activités économiques, nos relations sociales, et de façon générale, dans notre contribution à la création de valeur. (…) .  Nous nous engageons à respecter, à prévenir les atteintes et, dans toute la mesure de nos moyens, à promouvoir les droits fondamentaux et les attentes légitimes de nos parties prenantes18Extrait de La charte de la RSE établie par la CGEM ».

La charte RSE élaborée par la CGEM est structurée autour de neuf axes d’engagements :

Respecter les droits humains ; Améliorer en continu les conditions d’emploi et de travail et les relations professionnelles ; Protéger l’environnement ; Prévenir la corruption ; Respecter les règles de la saine concurrence ; Renforcer la transparence du gouvernement d’entreprise ; Respecter les intérêts des clients et des consommateurs ; Promouvoir la responsabilité sociale des fournisseurs et sous-traitants ; Développer l’engagement sociétal.

La Confédération Générale des Entreprises du Maroc a défini et mis en place le Label CGEM pour promouvoir la responsabilité sociale auprès de ses membres. Ce Label a pour vocation de faire connaitre les entreprises socialement responsables pour les valoriser auprès de leurs partenaires institutionnels publics et privés, financiers et de service et leur permettre de tirer de ce Label des avantages concrets (crédits d’investissement, exonérations bancaires, crédits de fonctionnement, etc.). Ce Label –à durée de trois ans- est octroyé par la CGEM sur la base d’une évaluation managériale menée par l’un des tiers-experts indépendants accrédités par la Confédération.

B. La normalisation marocaine 

L’activité de normalisation entreprise par la Direction de la Normalisation et de la Promotion de la Qualité relevant du Ministère de l’Industrie du Commerce et des Nouvelles Technologies témoigne, d’une part, de la demande du marché en la matière, à laquelle elle répond par l’établissement de normes marocaines, et d’autre part, de la place qu’elle a acquise dans la dynamique de normalisation internationale. Elle a dirigé le réseau du groupe francophone de Normalisation de la responsabilité sociétale et contribue aux travaux du groupe arabophone pour la préparation du standard 26 000.

Les normes marocaines établies portent sur le management des aspects sociaux dans l’entreprise à travers la norme  NM 00.5.600 : Système de Management des aspects sociaux dans l’entreprise, établi par l’Arrêté du Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Énergie et des Mines du 17 août 200119Bulletin officiel  N° 4936 du 20 septembre 2001 et qui a été révisé en 2007 (arrêté du Ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Mise à Niveau de l’Économie N° 231-07 du 9 février 2007, publié au B.O.N° 550420Bulletin officiel du 1° Mars 2007.).

Les autres normes qui touchent aux aspects sociaux portent sur plusieurs axes associés au management de la qualité (ISO 9000) ; au management environnemental (ISO 14001) ; aux systèmes de santé et de sécurité au travail (NM 00.5.800), etc.

Les leviers économiques

Le Maroc, pays en voie de développement, conscient des enjeux planétaires d’une part et de ses contraintes géophysiques et financières d’autre part, a sécurisé les bases d’une économie performante moins exposée aux aléas climatiques, avant d’entamer sa transition vers une économie verte. Les réformes adoptées durant les deux dernières décennies ont veillé à l’implication du pays dans des investissements sociaux, environnementaux et économiques. Le Maroc a procédé à la signature des conventions d’ouverture, de valorisation du capital humain, du respect des droits de l’homme. Nous soulignons que le pays  a amélioré sa position en  matière de lutte contre la corruption par la signature d’une convention dédiée à cette fin. Par ailleurs, il est passé de la position 45 en 1999 à 37 en 2000, puis 70 en 2003 et 77 en 2004. En 2005, il occupait la position 78 (Tlemçani, 201021Tlemçani A. (2010), Responsabilité sociale des ...continue). Nous notons que les démarches marocaines s’inscrivent dans une conception curative que ce soit au niveau social qu’environnemental, dont l’objectif est de promouvoir l’investissement social responsable pour en faire un avantage compétitif pour les entreprises engagées en faveur de la responsabilité sociale.

Selon un bilan publié sur le développement durable au Maroc22Développement durable au Maroc : Bilan et perspectives, DE ...continue , la dernière décennie a été une accélération spectaculaire de l’ouverture et de la libéralisation de l’économie. La Charte de l’Investissement de 1995 et les nombreux accords de libre échange (UE / USA / Turquie / Pays Arabes) marquent le début de la décennie. Couplés aux stratégies sectorielles, ils donnent de la visibilité aux investisseurs et structurent des filières de l’économie marocaine. Les volumes d’investissement direct de l’étranger (IDE) se sont multipliés par 10 entre 1996 et 2011. En 2012, le Maroc était la première destination d’Afrique en matière d’IDE. Par ailleurs, l’évolution du cadre institutionnel avec une approche régionalisée et des guichets uniques : les CRI (Centres Régionaux d’Investissement) qui ont pour objectif de faciliter la création de nouvelles entreprises d’une part, et la création de l’agence de promotion des investissements (AMDI23ADMI : est un établissement public doté de la ...continue: Agence Marocaine des Investissements) ont significativement contribué à renforcer l’attractivité du Maroc.

Le troisième et dernier point de ce papier sera consacré  à l’interprétation critique des leviers juridiques dédiés à l’institutionnalisation du développement durable et de la responsabilité sociale des entreprises au Maroc.

Lecture critique des leviers juridiques

L’intégration volontaire des principes du DD et de la RSE a dû mobiliser les autorités marocaines en termes de révision des lois dédiées à cette fin. Cette révision reste encore insuffisante et ne recouvre pas les objectifs d’adoption de ces concepts dans notre société. Par conséquent, cette lecture critique nous permettra de dévoiler les « manquements » estimés essentiels pour arriver à une mise en œuvre réelle des principes et valeurs du DD et de la RSE au Maroc.

Le droit de l’environnement au Maroc 

Une législation ancienne ayant subi une évolution récente

Le Maroc disposait d’une législation relative aux installations classées depuis 1914. Cette législation et la réglementation prise en application depuis, classent en trois catégories les établissements insalubres, incommodes ou dangereux suivant l’activité envisagée dans l’établissement projeté. Les deux premières classes étaient soumises à autorisation préalable. Ce Dahir du 25 août 1914 avait pour objectif moins la protection de l’environnement que celle des ouvriers amenés à travailler dans l’établissement. Dans des domaines très spécifiques comme les eaux et forêts, le Maroc a adopté dès 1917 une législation très restrictive pour protéger les milieux forestiers et les dunes. L’administration des eaux et forêts est confiée à une entité administrative ne répondant qu’au Chef du Gouvernement : le Haut-Commissariat aux Eaux et Forêts. Toute occupation, tout abattage d’arbres, toute cession de terrain sont soumis à des contraintes, des interdictions ou des autorisations.

En revanche, le droit de l’environnement n’a commencé réellement qu’en 1992 avec la Loi 10-95sur l’eau qui traite notamment des questions de rejets d’effluents et de prélèvement d’eau douce et fut consacré par la Loi 11-03 relative à la protection et à la mise en valeur de l’environnement, la Loi 12-03 relative aux études d’impact sur l’environnement et la Loi 13-03 promulguées par Dahir du 12 mai 2003 et les décrets pris en leur application.

Tableau2. Textes législatifs et réglementaires relatifs à l’environnement

Ce processus a été renforcé par l’adoption de la Charte Nationale de l’Environnement et du Développement Durable, dont l’élaboration a été lancée suite aux directives du Roi Mohammed VI, lors de son discours du Trône du 30 Juillet 2009.

La concrétisation de ce processus s’est traduite par le processus d’intégration des principes de développement durable dans les stratégies sectorielles, la mise en œuvre de la Stratégie de Mise à Niveau de l’Environnement (MANE) et de l’Initiative Nationale de Développement Humain (INDH), ainsi que le lancement de l’élaboration :

Insuffisances et perspectives d’amélioration de droit de l’environnement

Pour un code de l’environnement et une loi cadre pour le climat

A. Pour un code de l’environnement

L’élaboration d’un code de l’environnement est l’une des évolutions les plus attendues aujourd’hui. Beaucoup d’observateurs de la scène écologique marocaine estiment que le moment est venu d’y penser sérieusement et ne cessent de secouer et solliciter  les instances concernées à entamer ce chantier fort important.

Plaidant pour l’élaboration de ce  Code, le cabinet Artemis considère que celui-ci « doit être une construction nationale résultant d’un consensus entre les différents partenaires du secteur public, du secteur privé et de la société́ civile. » Si une Charte de l’environnement existe déjà au Maroc, l’élaboration d’un Code de l’environnement se justifie, pour le cabinet Artémis, par le fait qu’au Maroc, les lois environnementales sont « éparpillées dans plusieurs textes, ce qui impacte le niveau de coordination des institutions concernées: ministères de l’Environnement, de l’Energie, de la Santé ou Haut-commissariat des eaux et forêts, etc., d’où la nécessité d’un code, qui est plus que jamais d’actualité24Déclaration de R. Ghabaoui. Directeur général ...continue ».

B. Nécessité d’une loi-cadre sur le climat

Malgré le fait que la loi cadre portant Charte nationale de l’environnement et du développement durable a été adoptée par le Maroc, conférant ainsi une assise juridique à l’engagement du Maroc pour la protection de l’environnement, celle-ci doit être revue de fond en comble, au regard de députés du Parti de la justice et du développement (PJD). Pour le groupe parlementaire du parti de la lampe, il y a nécessité d’élaborer une nouvelle loi cadre, mieux ajustée à l’évolution rapide de la question climatique au Maroc, ainsi que les nouveaux engagements pris par le Maroc dans ce sens.

C’est pour cela que les parlementaires PJD ont déposé, en juin 2016, une proposition de loi cadre relative au climat, qui reprend les grands principes et les orientations de la nouvelle politique environnementale de l’Etat marocain et établit un certain nombre d’objectifs et d’engagements pour le climat.

À travers cette proposition de loi, le groupe parlementaire du PJD souhaite « soutenir les efforts institutionnels, législatifs et techniques déployés par le Maroc » sur le front environnemental, lit-on dans l’exposé des motifs de la proposition de loi.

Le groupe parlementaire du PJD vise aussi à « unifier les textes de lois liés au climat, éparpillés dans la législation nationale, dans une seule loi », ainsi qu’à « combler le vide législatif enregistré sur les questions climatiques et le changement climatique, afin de contribuer à ce que le Maroc tienne ses promesses et ses obligations internationales en tant que signataire de la Convention des Nations unies sur le changement climatique ».

Instituer une Responsabilité légale environnementale civile voir pénale

A. Engager la responsabilité civile sur les dégâts environnementaux

Un autre vide législatif concerne l’infraction environnementale. Tant la loi est claire concernant les préjudices subis par des personnes ou leurs biens par d’autres personnes, « Il en va tout autrement, lorsque le dommage a été subi par le milieu naturel (l’eau, le sol, la faune, l’air…) qui ne relève pas d’un patrimoine déterminé. La réparation dans ce cas ne semble pas chose aisée, à cause des règles classiques de la responsabilité civile », définies par le Code des obligations et des contrats25Selon S. Moumni. Magistrat à la Cour de Cassation.

En effet, l’article 77 de la loi en question stipule que « tout fait quelconque de l’homme qui, sans l’autorité de la loi, cause sciemment et volontairement à autrui un dommage matériel ou moral, oblige son auteur à réparer ledit dommage, lorsqu’il est établi que ce fait en est la cause directe. « En février, le Groupe de travail progressiste à la Chambre des conseillers a déposé une proposition de loi amendant le Code des obligations et des contrats, et visant à engager la responsabilité civile concernant les dégâts environnementaux. Objectif : aux préjudices matériels et moraux mentionnés dans le Code des obligations et des contrats, le Groupe de travail progressiste souhaite ajouter les préjudices de nature écologique. « Cette loi est très importante, vu que le corpus juridique marocain ne comporte pas de loi qui engage la responsabilité civile sur les dégâts environnementaux », indique  A.Ouammou, coordinateur du Groupe de travail progressiste.

Si celui-ci s’attend à ce que « cette loi se heurte à un refus ou à des réticences, notamment concernant les zones industrielles où la pollution est importante », il précise, toutefois, que la loi « s’attaque à la pollution ayant causé des dégâts et des dommages à l’environnement, ou encore les dégâts causés aux arbres et aux plantes lors de travaux de construction. » La proposition de loi n’inclut « pas de punitions. Le plus important est d’engager, d’abord, la responsabilité des contrevenants, qui devront réparer intégralement le préjudice écologique dans des délais raisonnables, et si cela s’impose, indemniser les personnes touchées par la pollution. »

B. Un code pénal écolo à envisager

« Le législateur n’a accordé au droit de l’environnement, au sein du code pénal réformé et complété, qu’une place très réduite (cité par S.Moumni)26Déclaration du magistrat à la Cour de cassation S. Moumni ...continue».

Celui-ci note que si le législateur n’a pas créé un délit unique de pollution du milieu naturel, c’est vraisemblablement pour « éviter que par sa généralité, il pénalise toutes les activités industrielles, ce qui ne serait pas non plus conforme à l’exigence de prévisibilité de la loi pénale ».

Néanmoins, le peu de place accordé au droit à l’environnement au sein du code pénal laisse à penser que le droit pénal de l’environnement « est encore à ses balbutiements, et se présente non seulement comme un droit relativement complexe, –les textes qui le composent sont éparpillés– mais aussi évolutif, puisqu’il doit s’adapter continuellement à l’évolution des connaissances scientifiques et techniques », selon le dit Magistrat.

Droit de travail

Un nouveau code de travail ; une révolution économique et sociale

La nécessité de disposer d’un nouveau code du travail favorisant l’investissement est présent dans les discours du Roi Mohammed VI :

« …..Nous incitons le gouvernement et le Parlement à accélérer le processus d’adoption d’un code de travail moderne favorisant l’investissement et l’emploi, nous appelons également tous les partenaires sociaux à instaurer une paix sociale qui constitue l’un des facteurs de confiance d’incitation à l’investissement. ».

Par ailleurs, la relance économique et celle de l’emploi restent tributaires de l’encouragement de l’investissement. A ce propos, le discours royal aborde ce lien en évoquant les efforts à entreprendre afin de dépasser les entraves à l’investissement :

« …. Mais nous ne pourrons fournir de l’emploi aux larges franges de notre jeunesse qu’en réalisant le développement économique nécessaire, lequel reste tributaire de l’incitation à l’investissement, oui l’investissement, toujours l’investissement. Je continuerai à œuvrer avec détermination pour en démanteler les entraves, jusqu’à ce que le Maroc devienne, avec l’aide de Dieu, un grand chantier de production, générateur de richesse….Toutefois, la réalisation de cet objectif passe par le respect des règles de bonne gouvernance de la chose publique, la mise en œuvre rapide et en profondeur, de réformes administratives, judiciaires, fiscales et financières, le développement rural et la mise à niveau des entreprises – en mettant l’accent sur les secteurs où nous disposons d’atouts et bénéficions d’un avantage en termes de compétitivité et de productivité…Nous insistons, en outre, sur la nécessité d’adopter la loi organique relative à la grève, ainsi qu’un Code de travail moderne, permettant à l’investisseur, autant qu’au travailleur, de connaître, à l’avance, leurs droits et obligations respectifs, et ce dans le cadre d’un contrat social global de solidarité».

Le nouveau Code de travail vient à un moment où le Maroc déploie tous ses efforts pour réussir les chantiers de la mise à niveau économique et sociale afin de répondre aux paris du développement et de relever les défis de la mondialisation et de la concurrence. En effet, il est aujourd’hui clair que la relance de l’investissement national et étranger, dans le secteur privé, est à même de jouer un rôle fondamental dans l’édification d’une économie moderne. Le présent Code de travail a été élaboré avec la participation des opérateurs économiques et sociaux qui sont profondément convaincus du rôle qu’ils doivent jouer pour garantir un climat propice pour les relations dans le monde du travail, et ce pour s’inscrire dans le contexte du discours royal :

« Convaincus que malgré le caractère essentiel que revêtent les conditions matérielles, financières et juridiques dans l’incitation à l’investissement et le décollage économique, celles-ci demeurent tributaires de l’existence d’un climat social et de relations de travail saines caractérisées par la coopération et de partenariat ».

Une lecture du  Code de travail

La présente législation du travail se caractérise par sa conformité avec les principes de base fixés par la Constitution et avec les normes internationales telles que prévues dans les conventions des Nations unies et de ses organisations spécialisées en relation avec le domaine du travail.

La structure globale du code du travail

Le nouveau code de travail est particulièrement élaboré en ce sens qu’il touche à tous les aspects liés à l’emploi. Il est par ailleurs objectif dans la mesure où il défend dans l’équité les intérêts de toutes les parties prenantes à savoir les employés et les employeurs.

Dans son architecture globale, le nouveau code de travail est composé de deux parties, la partie législative renfermant les textes de loi, et la partie réglementaire présentée sous forme de décrets d’application. La partie législative est composée d’un livre préliminaire, 7 livres définissant le bien fondé du code, 16 titres, 40 chapitres, et 589 articles.

Le livre préliminaire (Art 1-12) traite du champ d’application du code de travail, de la définition de la qualité du salarié et précise les dispositions générales relatives à la liberté du salarié à l’exercice syndical et la liberté au travail.

Le livre I (Art 13 -134). A pour objet la formation de la relation de travail et les supports régissant la relation de travail à savoir le contrat de travail et les conventions collectives.

Le livre II (Art 135-395). Est consacré aux conditions de travail et notamment la rémunération du travail

Le livre III (Art 396-474).  Aborde la question de la représentation du personnel à travers les instances suivantes : les représentants syndicaux, les délégués du personnel et le comité d’entreprise.

Le livre IV (Art 475-529). Est réservé à l’intermédiation en matière de recrutement et d’embauche. Y sont développés les entreprises du travail temporaire, le conseil supérieur de promotion de l’emploi, les conseils provinciaux et régionaux de la promotion de l’emploi.

Livre V (Art 530-548). Met en exergue la fonction contrôle en matière de travail via les agents de l’inspection de travail.

Livre VI (Art 549-585). Traite des conflits collectifs et des modalités de règlement des conflits collectifs.

Le livre VII(Art 586-589) .Indique la date d’effet du nouveau code et les textes de lois  abrogés par la nouvelle législation dès son entrée en vigueur.

Selon le nombre d’articles consacrés à chaque rubrique, le livre II semble retenir au plus haut point l’attention du législateur  avec 261 articles sur 589 articles dans l’ensemble. Le livre II traite en effet des conditions du travail qui constituent un dossier épineux pour les parties prenantes et particulièrement les syndicats. C’est aussi un des axes fondamentaux des chartes sur la RSE. Sont développés dans ce deuxième livre phare du nouveau code de travail, les aspects liés à la protection des mineurs et de la femme ; la durée de travail ; les congés annuels et spéciaux ; l’hygiène et la sécurité au travail ; les salaires. Le livre I vient en deuxième lieu avec 122 articles. Les conventions relatives au travail sont également un élément crucial du dialogue social, d’où l’importance accordée par le législateur  aux conditions de formation, de suspension et de cessation d’un contrat de travail. Cet intérêt pour la relation de travail s’étend également aux négociations collectives débauchant sur la mise en place des conventions collectives. La représentation du personnel objet du livre III parait être une préoccupation majeure du nouveau code de travail. 79 articles lui sont réservés. Ils traitent des conditions de constitution, d’administration, et de l’union des syndicats professionnels, ainsi que des délégués des salariés, leurs missions, leur élection et les conditions d’exercice de leurs fonctions.

Les principaux apports du nouveau code de travail

Dans son mémorandum économique sur le Maroc à l’horizon 2040, la Banque mondiale souligne les améliorations apportées par le Code du travail de 2003 par rapport à la précédente législation. Il s’agit notamment du relèvement de l’âge minimum d’accès à l’emploi de 12 à 15 ans, la réduction de la durée moyenne hebdomadaire du travail de 48 à 44 heures, l’appel à la révision régulière des salaires minimum, l’amélioration de la santé au travail et des normes de sécurité, la promotion de l’équité sur le lieu de travail en garantissant l’égalité entre hommes et femmes et encourageant l’emploi des personnes handicapées et la garantie du droit d’association et de la négociation collective ainsi que l’interdiction aux employeurs d’engager des actions à l’encontre de leurs salariés au prétexte qu’ils sont membres d’un syndicat. La Banque mondiale rappelle un constat important du Haut-commissariat au plan : le Code du travail marocain ne régit les relations du travail que pour une minorité de salariés sur le marché du travail. Seule une minorité des travailleurs bénéficie d’un système de protection sociale.

Nécessité d’amélioration pour un code de travail au service du développement durable et de la responsabilité sociale

Aussi complet et rassurant qu’il puisse paraitre, ce nouveau code de travail reste néanmoins critiquable sur plus d’un aspect aux yeux des partenaires sociaux notamment les syndicats et le patronat qui appellent depuis quelques années à une réforme urgente du code de travail.

Le patronat et les centrales syndicales marocaines trouvent bon nombre de dispositions « inapplicables » ou « floues » au point de « pénaliser » systématiquement l’entreprise et les salariés. « 13 ans après l’entrée en vigueur du code, notre économie n’est plus la même, nos défis non plus. » Il faut un « code du travail adapté à l’économie moderne, aux défis de l’emploi et de la justice sociale« , affirme J.Belahrach président de la commission « emploi et relations sociales » de la CGEM. Afin de remédier aux imperfections que renferment la législation du travail, la CGEM dans son diagnostic du code du travail avance un ensemble de proposions d’amélioration qui ne sont pas toujours soutenues par les syndicats.

De l’avis de la CGEM, quelques dispositions du code restent incomprises et rigides, sujettes à des interprétations multiples et provoquent de nombreux litiges et conflits sociaux.

De leur côté, les syndicats plaident pour la relance du dialogue social autour d’une nécessaire réforme du code actuel et leurs doléances restent inchangées : l’augmentation générale des salaires et des pensions de retraite, la baisse de l’IR, le relèvement du seuil exonéré de l’IR, le respect des libertés syndicales, la mise en œuvre des points encore en suspens de l’accord du 26 avril 2011, le respect du Code du travail, l’institutionnalisation des négociations sectorielles et des conventions collectives, la nécessité de mettre en place une politique incitative pour le secteur informel.

Conclusion générale

Bien que nombreux, les leviers mobilisés en faveur de la responsabilité sociétale au Maroc n’ont malheureusement pas entrainé une adhésion concrète  et une intégration salutaire de la responsabilité  sociétale au sein des entreprises marocaines. Beaucoup d’entre elles sont encore réticentes et placent la RSE au dernier stade de leurs préoccupations.

Les statistiques officielles à ce sujet affichent en effet des chiffres bien au-dessous des espérances. L’engagement volontariste inscrit au cœur de la RSE est à notre avis une entrave de taille à une responsabilisation sociétale devenue aujourd’hui plus que jamais nécessaire. A partir de ce constat, nous nous sommes interrogée sur l’opportunité de changer le ton avec les acteurs concernés par la question en  tenant à leur égard un discours plus intransigeant soutenu par un arsenal de lois dont la transgression sera désormais passible de sanctions dissuasives. Ainsi, ce modeste travail braque les phares sur les fondements juridiques de la RSE. Il s’agit de porter un jugement de valeur sur la portée de l’arsenal juridique en matière de respect de l’environnement et des droits des salariés. Cette approche critique est précédée par une présentation et une lecture des textes de lois en question.

Cette recherche nous a conduite à formuler un constat et à émettre  un vœu: le constat est que le Maroc dispose d’un arsenal de lois très élaboré. En revanche ces dernières sont éparpillées et parfois floues et non applicables et ce pour une bonne partie d’entre elles. Notre souhait est en conséquence l’examen de l’applicabilité de ces lois, en plus de l’organisation et le renforcement de ce levier pour un engagement contraignant plutôt que volontaire.

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14. SNDD : Stratégie Nationale du Développement Durable.
15.

art.139 « des mécanismes participatifs de dialogue et de concertation sont mis en place par les Conseils régionaux et les Conseils des autres collectivités territoriales pour favoriser l’implication des citoyennes et des citoyens, et des associations dans l’élaboration et le suivi des programmes de développement », art.142 « il est créé pour une période déterminée, au profit des régions, un Fonds de mise à niveau sociale destiné à la résorption des déficits en matière de développement humain, d’infrastructures et d’équipements… » .

16. Rapport sur la régionalisation avancée
17. Extrait du discours royal à l’occasion des assises de l’investissement socialement responsable.
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23. ADMI : est un établissement public doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière. L’AMDI est l’organe national chargé du développement et de la promotion des investissements au Maroc. Sa mission est d’établir une structure d’accueil et d’orientation pour les investisseurs mais c’est également un organisme chargé de la coopération et de la coordination des activités de promotion aussi bien au Maroc qu’à l’étranger.
24. Déclaration de R. Ghabaoui. Directeur général d’Artémis
25. Selon S. Moumni. Magistrat à la Cour de Cassation
26. Déclaration du magistrat à la Cour de cassation S. Moumni lors d’une réunion constitutive du comité sur l’environnement de l’AHJUCAF.


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Pour citer cette article

et , "Les soubassements juridiques du DD et de la RSE – Un des leviers institutionnels incontournables pour la promotion de ces concepts au Maroc", RIMEC [en ligne], 03 | 2019, mis en ligne le 10 mars 2019, consulté le 24 July 2019. URL: http://www.revue-rimec.org/les-soubassements-juridiques-du-dd-et-de-la-rse-un-des-leviers-institutionnels-incontournables-pour-la-promotion-de-ces-concepts-au-maroc/