Les pratiques quotidiennes des RSN en contexte universitaire : De l’invisibilité à la lumière Cas des élèves-ingénieurs de l’ENSAM

Résumés

Les réseaux sociaux numériques, sont devenus de nos jours, des outils d’information et de communication incontournables. Cette ascension fulgurante de ces dispositifs sociotechniques suscite l’intérêt de plus en plus d’étudiants/apprenants et bien évidemment d’autres acteurs provenant des différentes sphères (publique, privée, politique,…).
De l’invisibilité à la lumière, les RSN, de par leur facilité d’utilisation et de mise en œuvre, se sont imposés dans le quotidien des étudiants. Ces derniers les trouvent à leur goût : favoriser les échanges, le partage de fichiers (documents, photos, vidéos, liens), l’interaction et la diffusion d’informations de tout genre.
Notre objectif, dans ce travail de recherche, est de nous focaliser sur les usages quotidiens des RSN chez nos élèves-ingénieurs de l’ENSAM de Meknès. Comment et pourquoi les utilisent-ils ?
A travers une étude de terrain, nous tenterons de comprendre les modes d’appropriation de ces outils et l’impact qu’ils suscitent chez nos étudiants en situation d’enseignement/apprentissage. D’ailleurs, l’analyse des données recueillies dans une démarche empirique/descriptive et une approche transdisciplinaire, permet de comprendre d’une part les effets des RSN, leur usage et réception, les pratiques et les comportements des acteurs ; et d’autre part, l’attribution de nouveaux rôles qui entourent ces RSN qui peuvent devenir de « réel dispositifs de formation ».
Social Network Sites (SNS) have become essential information and communication tools. This meteoric rise of these socio-technical devices arouses the interest of more and more students, learners and other actors from different spheres (public, private, political....).
From invisibility to light, SNS, by their ease of use and implementation, have imposed themselves in the daily lives of students. The latter find them to their liking: promoting the exchange, sharing of files (documents, photos, videos, links), interaction and dissemination of information of all kinds.
Our aim, in this research, is to focus on the daily use of SNS among our engineers at the ENSAM of Meknes. How and why do they use them? Through a field study, we will try to understand the modes of appropriation of these tools and the impact they have on our engineers in teaching/learning situations. Besides, the analysis of the data collected in an empirical / descriptive methodology and a transdisciplinary approach, makes it possible to understand on the one hand the effects of the DSN, their use and reception, the practices and the behaviors of the actors; and on the other hand, the attribution of new roles which surround these DSN which can become “real training devices”.

Texte intégral

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Introduction

De nos jours, les technologies d’information et de communication envahissent le quotidien des ménages marocains1Selon une enquête réalisée en septembre 2019 par Maroc ...continue. Ces derniers passent 2h24 par jour sur les Réseaux Sociaux Numériques (RSN). Facebook, WhatsApp, YouTube, Twitter, Instagram, Snapchat, Tiktok et autres (plateforme éducative) sont devenus la première préoccupation des étudiants marocains voire mêmes lycéens et collégiens. Ils se trouvent d’ailleurs aux premiers rangs en termes de leurs pratiques quotidiennes et figurent désormais dans « leur trousse à outils numériques ». Les étudiants utilisent, en effet, ces technologies pour plusieurs raisons : communiquer, échanger et partager des cours, exercices, expériences, liens importants, applications, etc., avec leurs camarades étudiants et mêmes avec leurs professeurs.

Nous pensons qu’Internet et de manière plus générale le numérique, sont devenus des outils incontournables du quotidien, que ce soit pour échanger, se renseigner ou encore apprendre. Autrement dit, les RSN constituent une manière de relier les étudiants entre eux, voire même avec leurs enseignants. L’objectif de cette proximité est de partager leurs intérêts et leurs apprentissages, poser des questions, communiquer leurs difficultés afin qu’ils puissent s’enrichir des productions de leurs camarades et qu’ils s’entraident les uns les autres. Force est de constater que les RSN accompagnent le quotidien (nos routines, nos hobbies, nos passions, notre travail…) au quotidien (le Smartphone est, par exemple, avec nous en permanence).

Face à ce constat, cet article propose de questionner les types d’usages des RSN, usages au travers desquels se raconte et s’invente le quotidien des étudiants marocains. L’objectif principal de ce travail est de répondre à ces questionnements : Comment les étudiants marocains intègrent les RSN dans leur pratiques éducatives (apprentissage, cours, communication avec les camarades, échange, recherche d’emploi, etc.) ? Comment les utilisent-ils ? Arrivent-ils par ce biais à trouver ce qu’ils cherchent, à tisser de véritables liens professionnels, à se rendre plus visibles en tant qu’acteurs sociaux? Comment peut-on alors les intégrer à la formation de façon pertinente?

De là, découlent trois hypothèses :

  1. Les RSN permettraient aux étudiants la généralisation instantanée et quotidienne des informations sélectives. Mais leur combinaison simultanée serait un avantage propice à leurs besoins et attentes et une stratégie efficace pour un meilleur rendement,
  2. Les RSN offriraient aux étudiants une panoplie d’usages « éducatifs » différents des autres dispositifs techniques. Ils pourraient ainsi remplacer les dispositifs de formation d’enseignement/apprentissage existants et accapareraient un rôle de formateur,
  3. Les RSN constitueraient pour les étudiants un stimulateur de leur développement personnel. Ceci les aiderait à développer des compétences à la fois techniques (liées au TIC) et relationnelles (Soft Skills).

Notre démarche méthodologique s’appuiera sur la mise en place d’une enquête exploratoire auprès des élèves-ingénieurs de l’ENSAM de Meknès. Ceci nous permettra de mesurer d’une part le type d’usages qu’ils font des RSN et d’autre part les enjeux sur leur motivation, leur acquisition de compétences numériques et relationnelles ainsi que sur leur performance.

Cet article fait l’objet d’une mise en perspective terminologique des notions du « réseau technique », « réseau social » et « réseaux sociaux numériques ». A partir de différents modèles théoriques issus des sciences de l’information et de la communication, nous opterons pour une approche transdisciplinaire qui permet de comprendre à la fois les effets des RSN, leur usage et réception, les modes d’appropriation (pratiques éducatives) dans une situation d’enseignement/apprentissage. Ensuite l’analyse des données recueillies dans une démarche empirique/descriptive et une approche exploratoire, permet non seulement de répondre à nos hypothèses de départ mais aussi d’étudier et d’analyser les nouveaux rôles qui entourent ces réseaux sociaux numériques en situation éducative.

Contexte théorique de l’étude

L’appropriation des moyens d’information et de communication est devenue de plus en plus effective dans tous les domaines y compris le système éducatif d’une manière générale. Ceci pose en effet la problématique de l’impact de ces nouvelles technologies sur les apprenants et surtout sur leur mode de réception. En effet, les réseaux sociaux numériques qu’ils soient privés ou professionnels (Facebook, WhatsApp, Instagram, Myspace, Linkdln) ou sites de partage de contenu (YouTube, Flick, Digg) en passant par des sites offrant un contenu collaboratif (plates-formes à distance, Mooc, Wikipédia), permettant une diversité de pratiques supposées individuelles, collectives, affinitaires, communautaires, etc. Simples, populaires, polyvalents et ouverts, ces RSN peuvent devenir, dans un cadre pédagogique, de véritables vecteurs d’ouverture sur le savoir, comme ils peuvent nuire à l’efficacité et donc font l’objet de distraction voire de dispersion de l’attention qui devient l’une des causes de l’échec de l’étudiant. La segmentation de ses usages permet ainsi l’organisation de nouveaux repères et aussi de nouvelles pratiques. Il s’agit en effet d’une reconfiguration globale de son quotidien. Comment peut-on alors examiner et étudier ces modes de perception qui portent en eux une partie du mystère en perpétuelle évolution ?

Pour pouvoir analyser les pratiques éducatives des étudiants à travers leur usage des RSN, il est important d’explorer un certain nombre de modèles théoriques qui nous aideront à observer plus clairement le développement qu’ont subi les RSN jusqu’au nos jours, vu qu’ils deviennent « un outil de mode » pour l’enseignement/apprentissage.

Analyse des Réseaux Sociaux

L’influence des approches philosophiques sur les travaux des sociologues a fait émerger tout un ensemble de concepts, de modèles et de recherches empiriques sur la notion de « réseau »2Selon la définition du Larousse, cette notion désigne ...continue qui a connu un grand succès en sciences sociales. Ces dernières se sont focalisées sur l’étude des relations entre les individus, leurs transformations et leurs effets sur les comportements. L’importance de l’analyse des réseaux sociaux réside dans le fait qu’elle va être appliquée plus tard dans l’étude des réseaux sociaux en ligne (numérique). Elle révèle trois grandes périodes :

-Les précurseurs [Hobbes3Thomas Hobbes (1651) avait déclaré dans son œuvre ...continue (1651), Spinoza4La Proposition 22 de Affectibus de Spinoza Baruch (1677) : ...continue (1677), Simmel5Georg Simmel (1908) affirme que ce sont les « interactions ...continue (1908), Heider6La théorie de l’équilibre cognitif de Fritz Heider ...continue (1946)] estiment que les relations sociales peuvent être comparées à des nœuds, qui représentent les individus et les organisations en question et les relations entre ces nœuds en sont les liens. Ainsi, la structure d’un « réseau » est le fruit des interactions entre les nœuds qui la composent7Par exemple, nous constatons une différenciation dans les ...continue. La distance entre les nœuds symbolise l’intensité de la relation sociale.

-Les pionniers [Lévi-Strauss8Lévi-Strauss privilégie la notion de « structure » que ...continue (1945), Moreno9Jacob Lévy Moreno, fondateur de la sociométrie ...continue (1954), Barnes10John Arundel Barnes (avec ses collègues Elizabeth Bott et ...continue (1954), Bott11Elizabeth Bott, psychologue canadienne, s’est ...continue (1957)] sont considérés comme les innovateurs d’une nouvelle sociologie, celle des groupes. Ils se sont intéressés à la nature de la relation entre les membres d’une même société, ou d’un même groupe, au lien qui les unit, au degré de son intensité, à la simplification de la complexité de cette relation entre les différents acteurs. L’objectif est de rendre compte de l’organisation sociale d’une petite communauté, à travers l’analyse de l’ensemble des relations que ses membres entretiennent les uns avec les autres.

La notion de «réseau social» (social network) fait sa première apparition dans un article de l’anthropologue britannique John A. Barnes (1954) qu’il décrit ainsi12Citation originale en anglais de Barnes, “Each person has ...continue :

« Chaque individu a un certain nombre d’amis, et ces amis ont leurs propres amis ; certains de ses amis se connaissent les uns les autres, et d’autres non. Il me semble approprié de parler de réseau pour désigner cette sphère sociale. L’image que j’ai en tête est celle d’un ensemble de points qui sont reliés par des lignes. Les points de cette image sont des individus, ou parfois des groupes, et les lignes indiquent quelles sont les personnes qui interagissent les unes avec les autres » (Barnes, 1954: 43)

(Citation traduite en français)

Le mérite de Barnes, est bien de dépasser la base dominante de la sociologie qui continue à se centrer sur les indicateurs d’appartenance à différentes catégories sociales (en fonction d’un ou plusieurs attributs individuels) pour une concentration plus rigoureuse sur les outils, concepts, méthodes qui considéreraient d’emblée le social comme un ensemble de relations qui permettraient de l’appréhender, le décrire, l’analyser et l’interpréter comme tel.

-Les fondateurs [Becker (1971), Mitchell (1987), Degenne et Forsé (1994), Ferrand (1997), Lazega (1998)] se sont focalisés sur l’importance des interactions entre les individus. Ce qui compte pour eux dans l’analyse des réseaux sociaux, c’est la relation qui se tisse entre les membres d’un milieu social donné. Ces auteurs ciblent les propriétés des structures relationnelles constituées par les réseaux sociaux. Ils ont tendance à expliquer les comportements des acteurs sociaux uniquement au prisme de leur position et de leur rapport à ces structures. En effet, l’analyse des réseaux sociaux permet d’élucider la nature des structures sociales et de s’interroger sur leurs rôles (Mercklé, 2004) ainsi que sur la nature des liens13Avec sa « théorie des réseaux sociaux », Mark ...continue qu’ils créent (Granovetter, 1973). Au-delà de cette « représentation simplifiée de la relation» (Lazega, 1998), il s’agit de comprendre dans quelle mesure la structure peut influencer concrètement les comportements tout en résultant des interactions entre les éléments qui la constituent (Degenne et Forsé, 2004). D’ailleurs, les caractéristiques d’un réseau social imposent un type de comportement social (conduites, opinions, stratégies…) aux personnes impliquées dans cette relation (Ferrand, 1997). Ces dernières mettent en place des stratégies relationnelles afin de tirer des ressources supplémentaires (Becker, 1971). Du point de vu méthodologique, Mitchell (1987) et Mercanti-Guérin (2010) reposent sur le contexte interactionnel qui peut varier d’une situation à l’autre (travail, famille, loisir, etc.). Selon les auteurs, ce ne sont pas les limites spatiales qui définissent la situation, mais celles de l’interaction entre les individus. Ainsi, Cardon (2005) explique comment le « réseau social », en tant que « forme d’organisation de la vie collective », est au fondement de l’interaction et des échanges humains. Il attribue un double enjeu aux réseaux sociaux qui, selon lui, participent à la fabrication de l’identité numérique et aux mutations des flux d’informations. En outre, c’est bien grâce aux efforts de mathématiciens que l’application de la théorie des graphes et de l’algèbre relationnelle à l’analyse des réseaux s’est véritablement imposée. L’apport de ces théories est double : non seulement les graphes permettent une représentation graphique des relations (arêtes) entre les éléments (sommets), mais aussi ils développent de façon systématique et articulée un corpus tout en distinguant la nature des structures relationnelles qui existent entre ces éléments.

Le passage des réseaux sociaux vers les réseaux sociaux numériques

L’avènement de l’Internet a réalisé une véritable révolution dans nos manières d’être, de penser, de réfléchir et d’agir. Après la découverte du courrier électronique, des bibliothèques en ligne, des forums, des blogs, etc. apparaissent les réseaux sociaux numériques (RSN). Ces derniers ont apporté un grand changement au niveau de la transmission de l’information et ont offert de nouvelles possibilités de communication avec tous les risques qu’ils engendrent. L’individu disposera alors de nouveaux moyens de s’exprimer, de réagir, de témoigner, de soutenir, de débattre, de partager, d’écouter et d’être écouté, etc. La communication devient interactive, individuelle et personnalisée, tandis que l’accès à l’information se réalise n’importe où, sans délai, hors du lieu et hors du temps.

L’étude des RSN intéresse différents domaines de recherche tels que la sociologie, la psychologie, les sciences de l’information et de communication, l’informatique, le marketing, etc. Cet intérêt interdisciplinaire porte essentiellement sur la particularité des modes d’appropriation de ces outils numériques. Selon Reguer (2009),

«Les réseaux sociaux numériques (…) participent à relier les individus, les organisations (…) favorisant le partage des connaissances, le développement des identités numériques, l’échange d’idées, de valeurs, (…). Il s’agit de nouveaux moyens de diffusion d’informations intégrant des dimensions à la fois technologiques, virales et sociales, permettant de créer et de diffuser tout type de contenu dans un réseau numérique ouvert ou fermé. Ils peuvent prendre diverses formes, celle d’un blog, d’un réseau social comme MySpace, ou d’une plate-forme collaborative comme Wikipédia » (Reguer, 2009 : 9-10)

 

Boyd et Ellison14Boyd and Ellison (2007) describe the Social Network Sites ...continue (2007) définissent les réseaux sociaux numériques

« comme des services Web qui permettent aux individus de construire un profil public ou semi-public au sein d’un système délimité, d’articuler une liste d’autres utilisateurs avec lesquels ils partagent une connexion, et de visualiser et parcourir leur liste de connexions et celles faites par d’autres au sein du système. La nature et la nomenclature de ces connexions peuvent varier d’un site à l’autre » (Boyd et Ellison, 2007 : 2) (citation traduite en français)

 

Mais avec le développement perpétuel technique des réseaux, on ne peut plus limiter la définition uniquement selon l’usage, surtout que tout est en voie de mutation. A la fois dispositifs informationnels et communicationnels, les RSN offrent une infrastructure technique dont le but est de fournir aux usagers : 1/une multiplicité des plateformes (publique/privée) se basant sur le principe d’invitation, 2/ Possibilité d’exploitation et de partage de données personnelles, 3/Collaboration & Interaction entre les membres, 4/ Partage d’applications, 5/Regroupement des personnes autours de centres d’intérêts, 6/Partage d’opinions et de sentiments, 7/Structuration identitaire des membres, 8/Possibilité de recrutement, 9/Distribution de contenus (partage et adoption d’applications ou widgets, importation de contenus multimédia, interopérabilité, flux RSS, publicité…) ?

Appartenant aux outils d’expression et d’échanges sur Internet, les RSN se distinguent cependant de leurs homologues (blogs, fils RSS, forums de discussion) et s’affichent de manière très singulière par rapport aux autres dispositifs TIC15Rissoan (2012) insiste sur l’idée de ne pas confondre ...continue.

D’une manière générale, on peut dire que l’analyse des réseaux sociaux est fondée sur la structure composée d’entités sociales et de relations sociales, alors que l’analyse des RSN souhaite comprendre les pratiques et les activités sur ces sites, les méthodes ethnographiques centrées sur les pratiques, les interactions ainsi que les activités en ligne (Stenger et Coutant, 2010).

L’analyse des réseaux sociaux numériques comme des dispositifs sociotechniques

Il faut noter que les RSN ont apporté avec eux une nouvelle ère faite de rapidité, d’instantanéité, de créativité et de constante adaptabilité mais aussi plein de risques et de superficialité. Considérés comme des technologies d’information et de communication, les RSN sont des dispositifs techniques capables de révolutionner la vie sociale tout en mettant en exergue la reconfiguration des formes d’interaction et de discussion entre les individus (Miège, 2007). Ils jouent ainsi différents rôles notamment : l’informationnalisation et la médiatisation de la communication, l’élargissement du domaine médiatique, la généralisation des relations publiques, la différenciation des pratiques, la circulation des flux, la transnationalisation des activités, etc.

Les études sur la sociologie des usages des TIC nous permettent de comprendre en effet cette articulation entre « la technique » et « le social » (Chambat, 1994). Parler ainsi d’un dispositif sociotechnique, c’est appréhender cette relation qui existe entre des réflexions portant sur les aspects techniques (déterminisme technique) des objets d’une part et des réflexions privilégiant les aspects sociaux (déterminisme social) d’autre part. La spécificité de ce concept réside dans le fait qu’il s’agisse « d’une complémentarité et d’une stabilité entre les éléments composant le dispositif, d’une articulation entre des outils et des contenus, et des usages bien spécifiés, in situ et à distance, si non de façon ubiquitaire » (Miège, 2007 :47-48).

Une très bonne compréhension des caractéristiques des RSN comme dispositifs sociotechniques permet de se pencher sur cette double dimension sociale et technologique qui a suscité l’intérêt d’un certain nombre de chercheurs dont le plus grand nombre est issu des SIC (McLuhan, 1962, Jauréguiberry, 2011, Jouët, 2011, Proulx, 2012, Vidal, 2012). C’est ainsi que de nouvelles approches sociotechniques des usages des TIC sont apparues, à savoir l’approche de la diffusion (Rogers, 1962), l’approche de l’innovation (Flichy, 1994, 1995, Akrich, 1993, Proulx (1994, 1996), Akrich, Callon et Latour, 1988) et l’approche de l’appropriation (De certeau, 1990 qui s’intéresse aux pratiques quotidiennes). Ces auteurs adoptent, en effet, des positions plus nuancées, reconnaissant tant l’influence du déterminisme technologique que social. Globalement, ces approches ont permis d’analyser les usages des TIC en prenant en compte l’origine socioculturelle16 de l’usager ainsi que les contextes macro d’usages16La sociologie des usages prend en compte la ...continue (Chambat, 1994, Jouët, 1992). Un autre aspect se rajoute à cette dichotomie technique/social, il s’agit de la notion de « quotidienneté » (Boullier, 2004, Belisle, Bianchi, Jourdan, 1999, Derèze (1994, 1995), Jacquinot, 1994) définie comme un système organisé de pratiques qui, selon la sociologie des usages, joue un rôle primordiale dans la formation des usages.

Bien que l’objet des recherches dans le champ de la sociologie des usages se soit déplacé de la technique vers le social, ces approches ne semblent pas fournir tous les outils nécessaires pour comprendre les phénomènes actuels à l’ère du Web 2.0., où les usagers sont générateurs de contenu et où les outils techniques sont fréquemment mis-à-jour. A cela s’ajoutent les technologies interactives qui viennent complexifier la problématique dans la mesure où elles impliquent une présence continue et active de l’usager, s’inscrivant ainsi en rupture avec le modèle de la réception propre aux médias traditionnels.

Explorons-nous donc l’usage des RSN dans le contexte éducatif et comment cela influence-t-il l’usager-apprenant ?

L’usage des RSN dans le contexte éducatif : quels apports, quelles limites

Bien loin de n’être que de simples outils de communication et de transmission d’informations, les réseaux sociaux numériques (RSN) permettent un engagement social, politique, cultuel à condition qu’ils soient bien mis en œuvre. Grâce à « l’instantanéité universelle » qu’offre l’Internet, les RSN séduisent aussi le plus grand nombre car elles mettent enfin à la portée de tous des outils de communication, d’expression, de création et maintenant d’éducation dans ce qu’on appelle les Technologies de l’Information et de la Communication de l’Enseignement (TICE). En effet, depuis 2002, des chercheurs constataient une explosion fulgurante de l’usage des TICE suivie aussitôt par une grande déception en cours (Perriault, 2008). Certes, certaines expériences ont atteint leurs objectifs et ont pu intégrer l’offre de formation de certaines institutions, mais les autres n’ont pas connu de succès et sont ponctuées d’écueils et de résultats mitigés voire même des échecs et des abandons (Larose et Karsenti, 2005)

Comment les RSN intègrent dans leurs conceptions les TICE, comment peuvent-ils être utilisés en tant que dispositifs de formation ? Peut-on les détourner à des fins pédagogiques ?

Peraya (1999) considère des dispositifs comme des lieux sociaux d’interaction et de coopération qui possèdent des intentions, un fonctionnement matériel et symbolique et des modes d’interactions propres. Pour qu’ils deviennent des dispositifs pédagogiques, il faut incorporer des intentions et des stratégies relevant du contexte éducatif (objectifs pédagogiques et didactiques, méthodologie de travail, scénario pédagogique, contenus, contexte privé regroupant des utilisateurs notamment enseignants, apprenants, institutions, décideurs, formateurs, concepteurs, etc.).

Ainsi, en sciences de l’éducation, un dispositif est « un ensemble de moyens matériels et humains, correspondant à une forme de socialisation particulière (G. Simmel) destinée à faciliter un processus d’apprentissage » (Bernard Blandin, 2001). C’est un objet de formation alliant une logique interne centrée sur l’apprentissage en ligne et une logique externe avec un accompagnement pédagogique (Guichon, 2006 : 15). Autrement dit, un dispositif est un « ensemble de procédures diverses d’enseignement et / ou d’apprentissage, incluant moyens et supports, construit en fonction d’un public, (et éventuellement d’une institution), d’objectifs et de conditions de travail particuliers » (Pothier, 2003: 81). Ces dispositifs peuvent également contenir des valeurs politiques et morales (Proulx, 2005) et aussi une dimension symbolique s’inscrivant dans un imaginaire social (Flichy, 2006). Les utilisateurs (apprenants) peuvent en effet construire leurs connaissances à travers des interactions sociale selon une approche socioconstructiviste17Selon Raymond (2006 :78), le socioconstructivisme ...continue (Vygotsky, 1997, Bruner, 1960, François 1999, Leach et Scott 1999, Mortimer et Scott 1999, 2003, Vergnaud, 2000, Kozanitis, 2005, Raymond, 2006) malgré la complexité de ces dispositifs. Aussi, ils peuvent structurer leur imaginaire social (présentation qu’ils font de ces dispositifs) selon une approche psychosociale en se mobilisant et s’engageant dans des situations qui présentent pour eux du sens (Charlot, 1997).

Qu’on le veuille ou non, l’offre croissante des outils et médias éducatifs participe au développement d’une véritable économie du savoir (Moeglin, 2005). L’avènement d’une nouvelle pédagogie aux méthodes plus actives et plus ouvertes (Pouts-Lajus & al, 2002) prendra ainsi place au sein des RSN. Car « la maîtrise des machines à communiquer se révélera peut-être dans l’utilisation que [la jeunesse] en fera pour apprendre » (Perriault, 1989 : 232).Ainsi, le recours aux RSN constitue chez la génération étudiante un moyen d’expression privilégiée. Les modes d’appropriation de ces dispositifs par les étudiants sont au centre de débats houleux entre deux traditions :

Ceux qui insistent sur le rôle efficace, efficient et motivant des RSN pour l’apprentissage. Ces derniers peuvent évoluer en outils d’échanges pédagogiques capables de répondre aux attentes des apprenants (Anderson, 2009). En effet, depuis l’apparition de l’internet, des évolutions dans les modes et dans les pratiques bouleversent le quotidien des apprenants. L’internet devient un élément du quotidien de l’immense majorité des étudiants. Il leur permet une « meilleure » communication avec les autres, la production et le partage des informations voire même des savoirs (Quoniam, 2010). Pour Roland (2015), l’usage pédagogique des RSN rend l’étudiant plus actif dans son apprentissage en dépassant la simple acquisition de connaissances pour une mise en situation d’autonomie guidée et un encouragement à l’interaction entre pairs. L’étudiant devient ainsi l’acteur principal de son apprentissage (de l’appropriation de ses propres compétences). Par exemple, une activité effectuée à travers les RSN n’est plus réalisée entre un étudiant ou un groupe d’étudiants et leur enseignant, mais bien exécutée dans un contexte interactif et évolutif où d’autres personnes peuvent réagir, interagir, voire critiquer. Autrement dit, les réseaux sociaux permettent aux étudiants d’avoir un bon esprit critique face à l’information véhiculée : réponse aux questionnements, rédaction de commentaires, correction des erreurs, évaluation des pairs, etc. Ils peuvent aussi développer chez eux des compétences numériques et facilitent leur socialisation au milieu universitaire. Les étudiants seront de plus en plus motivés (Dana, 2010), plus ouverts à travailler en groupe. Ainsi, l’exploitation des réseaux sociaux en classe peut contribuer à l’acquisition de certaines compétences transversales (s’affirmer, travailler en groupe, collaborer, gérer un problème, prendre des décisions, etc.). L’enseignement /apprentissage via les technologies d’information et de communication apporte aux étudiants l’art et la manière de chercher et d’acquérir des savoirs qui se transforment par les pratiques en des savoirs-faire et des savoirs-être.

Cependant, il y a ceux qui appuient sur l’importance accordée à la relation pédagogique et comment celle-ci se développe entre les différents acteurs (enseignant, apprenant, institution) et estiment que les RSN, en tant qu’outils d’enseignement à l’université, semblent incongrus. Leurs caractéristiques d’ouverture, de participation et de partage entre plusieurs individus, s’opposent au fonctionnement de l’enseignement classique caractérisé par une transmission verticale du savoir de l’enseignant aux apprenants (Chomienne et Lehmans, 2012 et Roland, 2015). Il s’avère que l’utilisation non consciente des RSN peut toucher à l’identité numérique (Meiers, 2008, Cardon, 2013) de l’apprenant. Ce dernier laisse, en quelque sorte, des traces qui peuvent influencer sa réputation virtuelle. Ainsi, il est censé faire attention aux éléments qu’il écrit sur les RSN, à la propriété intellectuelle, aux droits d’auteurs, à la déontologie de l’information, aux chartes d’usages, etc. Le traitement et le partage des informations, l’organisation des connaissances, la méthodologie de travail dans les RSN devraient respecter un cadre pédagogique rigoureux, si non, le rôle de ces dispositifs sera remis en cause automatiquement.

En adoptant les RSN dans une situation d’enseignement/apprentissage, quelle serait donc la place de l’enseignant ?

Michel Serres (2012) estime que l’enseignant n’est plus le détenteur exclusif du savoir. L’auteur va jusqu’à évoquer que ces nouvelles technologies peuvent le remplacer entièrement et « dont la concurrence écrasante, vaniteusement inculte, éclipse l’école et l’université (…). Les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d’enseignement […], nos enseignants sont devenus les moins entendus de ces instituteurs dominants, riches et bruyants » (Serres, 2012 :12).  Le recours à certains réseaux sociaux est une volonté d’innovation pédagogique. Les enseignants doivent penser à l’opportunité qu’offrent ces réseaux sociaux quant au développement de certaines compétences chez les apprenants (Dana, 2010, Bramble, 2010 Roland, 2015). Le fait de réconcilier esprit et action, travail et loisir, intérêt et effort permettrait aux apprenants d’exprimer leurs idées librement et de partager leurs expériences avec leurs camardes.

D’autres n’excluent pas le rôle important de l’enseignant qui devrait prendre en considération la mutation profonde du système éducatif due aux évolutions pédagogiques intégrant les technologies d’information et de communication. L’enseignant devrait faire face à plusieurs problèmes notamment celui relatif à la source de l’information et du savoir qu’il va discuter et développer avec ses étudiants. Qu’est-ce qu’il faut retenir et qu’est-ce qu’il faut rejeter ? Comment converger les discussions du groupe de plus en plus divergentes des uns par rapport aux autres ? En ce sens, Filliettaz et Gregori (2011 : 15) proposent aux enseignants, « de garder un esprit largement ouvert et ne montrer aucune condescendance, car, le plus souvent, on ne pourra pas apporter de réponse franchement positive ou négative, ni de décision irrévocable ».

Présentation de l’enquête : méthodologie, analyse et interprétation des résultats

L’échantillon enquêté

Afin de répondre aux questions de recherche, nous avons mené une étude exploratoire/empirique auprès de nos élèves-ingénieurs de l’ENSAM18Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Métiers ...continue de Meknès pour pouvoir comprendre l’usage quotidien qu’ils font des RSN en parallèle de leur cours en présentiel. Nous avons opté pour un paradigme compréhensif (démarche qualitative) en utilisant la technique d’observation participante lors de nos entretiens semi-directifs. Ces derniers nous permettront d’appréhender l’objet d’étude de manière globale, directe et interprétative (Mucchielli, 2009). Nous avons donc travaillé sur un échantillon de 38 élèves-ingénieurs pendant 6 mois (d’octobre 2019 jusqu’au mars 2020). Le choix d’un certain nombre de critères (âge, sexe, niveaux d’études, semestre, filières, origine géographique) constituera le gage d’un travail représentatif de l’ensemble des étudiants de l’ENSAM.

Description de l’échantillon (mars 2020)

C’est grâce à la réalisation d’un guide d’entretiens à partir d’éléments issus d’un pré-questionnaire19Nous avons réalisé un questionnaire sur Google Form ...continue ouvert et englobant des items de l’étude que nous avons pu cadrer notre contexte et récolter un ensemble de réponses reformulées en guise de besoins, d’attentes, de réclamations, d’appréhensions, de craintes, etc.

Ce travail de recherche sur l’usage des RSN par les étudiants marocains en contexte éducatif nous a interpellé depuis quelques temps à la suite de nos observations en classe. En effet, leurs usages des RSN ont bouleversé le rapport qu’ils ont vis-à-vis de l’enseignant, du personnel administratif, des camarades de l’école, des autres acteurs institutionnels, des lauréats, etc. Leurs pratiques invisibles et cachées deviennent désormais visibles, forts présentes voire ancrées dans leur quotidien.

Nous tenons à préciser que nous nous focalisons dans ce travail de recherche uniquement sur les usages des RSN en situation éducative, c’est-à-dire toute sorte de pratiques en rapport uniquement avec les études.

Analyse et Interprétation des résultats

L’usage des RSN revient souvent dans les échanges avec nos étudiants. Ces derniers les utilisent dans leur quotidien pour plusieurs raisons : se divertir, s’informer, communiquer, travailler en groupe, partager des documents, compléter certains points de cours restés obscurs, aider et soutenir les camarades, etc. D’ailleurs, ils font apparaître ce qui relève des actions et des choix d’individus ou de groupes en fonction de leur environnement social (Bakis, 1993).

La combinaison de plusieurs RSN : nouvelle tendance pour mieux apprendre

Notre enquête révèle des usages variés et différents des RSN chez nos élèves-ingénieurs. Ces derniers nous ont tracé une liste de principaux réseaux sociaux les plus populaires qui font aujourd’hui partie intégrante de leur quotidien. Il s’agit de: WhatsApp, Facebook, YouTube, Instagram, Snapchat, Twitter, Linkedin, TikTok, Pinterest, Messenger, Google (Classroom google, Google+, Drive, Hangouts, Form, Chat,…). Il parait que cette liste est représentative du choix que font les Marocains des RSN. D’ailleurs, plusieurs travaux de recherche (Kabiri-Kettani, 2020 ; Amaoui, 2019 ; Bensalem et Ksikes, 2015 ; Amsidder, Daghmi, Toumi, 2012) et rapports d’agences ou bureaux d’études (Unicef Maroc, 2019 ; Sunergia-Maroc, 2019 ; Digital, 2020 ; We are Social, 2020) mettent en lumière la place indispensable que le digital a désormais dans le quotidien des internautes marocains.

La figure1 classe les RSN les plus utilisés par nos élèves ingénieurs :

Classement des RSN par les élèves-ingénieurs de l’ENSAM (mars 2020)

Il est à noter que le choix d’intégrer WhatsApp, bien qu’il ne soit pas tout à fait un média social, et Google et ses applications (Gmail, Classroom, Hangouts, Drive, Formulaire, Photos, Google+, Chat, Duo Google, …) s’est imposé naturellement dans la liste car les interrogés les assimilent souvent à un réseau social puisque qu’ils répondent à la définition que l’on fait du social media, c’est-à-dire un ensemble des services permettant de développer des interactions sociales sur internet et donc une relation concrète entre les usagers (Grossetti, 2014).

Tous les interrogés estiment que « WhatsApp, Facebook, YouTube, et autres réseaux sociaux sont importants dans leur vie et surtout pour leurs études ». Les RSN comme système d’interconnexions (Boyd, 2008) leur permettent « d’échanger avec leurs camarades de classe, les autres étudiants, les lauréats, les professeurs et aussi de s’exprimer ». En effet, « la tendance actuelle veut que l’on soit tous connectés » nous affirment Yassine (1ère année), Asmae (2ème année) et Mohamed (4ème année).

Il se trouve que les élèves-ingénieurs interrogés utilisent plusieurs réseaux (WhatsApp, Facebook, YouTube, Google) simultanément. Ils sont conscients et bien avertis des spécificités et des fonctionnalités de chaque réseau. Cette combinaison entre plusieurs RSN serait pour eux une pratique avantageuse et propice à leurs besoins et attentes. Il s’agit là d’une « stratégie » qui consiste d’abord à identifier les spécificités de chaque média, ensuite ses fonctionnalités pour enfin combiner l’ensemble en un seul usage global.

D’une manière générale, Les réseaux sociaux numériques sont catégoriquement répartis selon les intérêts, l’âge, la profession, etc. Les élèves-ingénieurs inscrits en deux premières années de classes préparatoires intégrées utilisent simultanément WhatsApp, Facebook, YouTube et Google. On peut dire qu’ils suivent les stratégies de leurs ainés qui les traînent dans ce choix imposés parfois à eux. En revanche, les élèves-ingénieurs en cycle ingénieur (3ème, 4ème et 5ème année), plus expérimentés, ajoutent d’autres RSN (Instagram, LinkedIn, Pinterest, Twitter) pour qu’ils « soient le plus exhaustifs possible, le plus complets dans leur recherche et plus créatifs dans les travaux à rendre (formes, design) » nous confirment Chaimae, Ahmed, Soufiane. Ces derniers deviennent des générateurs de contenus bien que cela ait des inconvénients que nous ne pouvons pas ignorer.

Les types d’usage que font les élèves-ingénieurs des RSN dans leurs études

Les mêmes réponses reviennent souvent dans les propos de nos interrogés et dépendent de leurs besoins et attentes urgentes et immédiates. Les résultats sont corrélés avec le niveau d’étude. C’est-à-dire que les élèves-ingénieurs inscrits en cycle ingénieur se montrent plus expérimentés, rodés et surtout plus connaisseurs des RSN les plus adaptés à leurs besoins et qui répondent à leurs attentes. Quant aux étudiants des classes préparatoires intégrées (1ère et 2ème année), l’intégration des RSN dans leur quotidien se fait doucement car ils découvrent au fil de leur cursus universitaire des fonctionnalités/fonctions plus intéressantes que ces modes numériques pourraient leur offrir. La figure 2 présente en effet les différents usages que nos interrogés font des réseaux sociaux numériques.

Types d’usages que les élèves-ingénieurs font des RSN pendant leurs études (mars 2020)

La majorité des élèves-ingénieurs estiment que les RSN participent à l’amélioration des pratiques d’apprentissage. Ainsi, ils apprécient beaucoup les enseignements à travers les RSN, comme par exemple, la pratique pédagogique Flipped Classroom (classe inversée) adoptée souvent lors des formations à distance et dont le principe est de véhiculer des connaissances de base acquises à distance puis discutées et appliquées au cours de l’enseignement présentiel. Pour eux, les RSN permettent de développer l’apprentissage collaboratif qui se situe dans une pédagogie dite « constructiviste » (Piaget, 1964). Cet apprentissage se déroule, selon les interrogés, dans « un contexte propice au partage du savoir », à la confrontation et à la négociation qui amènent les apprenants à construire leurs connaissances et à dégager une compréhension commune de la réalité tout en respectant les variantes individuelles (Tomlinson et Henderson, 1995). D’ailleurs, tout ce qui est axé sur les travaux de groupe, renvoie à des pratiques plus créatives, nous affirme la majorité des interrogés.

Nos différents entretiens (Figure 2) révèlent en effet des usages pédagogiques divers et variés des RSN. La majorité des interrogés préfère utiliser les RSN « moins compliqués que les plateformes d’enseignement à distance » nous disent-ils. Elle utilise quotidiennement Facebook et WhatsApp car « cela fédère toutes les activités en ligne, facilite la récolte des cours, TD, corrigés des exercices, permet d’archiver les échanges et les fichiers reçus, et nous fait gagner un temps fou » (Ahmed, Asmae, Hind, Chaimae, Hajar, Ahmed Amine, Othmane).

D’une manière générale, nos élèves-ingénieurs de l’ENSAM ont trouvé dans ces technologies une opportunité qui leur facilite l’échange et le partage des cours, des expériences, des liens et des applications avec leurs camarades et autres étudiants. Selon eux, ces réseaux sociaux constituent une manière efficace de relier tous les étudiants entre eux, voire même avec leurs enseignants, afin qu’ils puissent partager leurs intérêts et leurs apprentissages, qu’ils posent des questions, qu’ils communiquent leurs difficultés, qu’ils puissent s’enrichir des productions de leurs camarades et qu’ils s’entraident les uns les autres.

Non seulement les élèves-ingénieurs sont actifs sur les RSN, mais ils se considèrent, pour la plupart, comme des « natifs du numérique ». La relation qu’ils entretiennent avec les RSN a par ailleurs évolué au cours des dernières années. Selon eux, les RSN pourraient avoir contribué à redéfinir le schéma classique de l’enseignement/apprentissage en remplaçant les dispositifs de formation existants et en accaparant un rôle de formateur.

Les RSN apportent un « plus » par rapport aux autres TIC

Nous constatons que la grande majorité de nos étudiants se considère comme la « génération des réseaux sociaux ». Ils estiment que ces derniers représentent finalement un espace désormais éducatif et « réel », avec la particularité de se différentier des autres dispositifs techniques par un certain nombre de propriétés présentées dans la figure 3.

Quels apports ont les RSN par rapport aux autres TIC pour les élèves ingénieurs (mars 2020)

Dans quelle mesure alors les RSN choisis revêtent-ils un rôle clé dans la construction des pratiques quotidiennes de nos étudiants connectés ?

L’information circule de manière rapide, croissante et accélérée au sein des RSN. Elle revêt des formes multimodales et diverses (post, commentaire, document, photo, vidéo, démonstration, etc.). Pourrions-nous parler de nouvelles reconfigurations de leur espace d’apprentissage ? Nos étudiants se retrouvent au sein des réseaux sociaux numériques à travers des « groupes affinitaires » pour « échanger avec les pairs sur ce qui n’a pas été compris en présentiel, garder des contacts durables, collaborer autour de projets académiques et aussi solidaires, …» nous affirment-ils. Il semble aussi intéressant de constater les rôles extrêmement prédéfinis, d’une part ceux des administrateurs (fondateurs) de groupe et d’autre part ceux des membres adhérents. En effet, les premiers représentent une entité régulatrice dans la mesure où ils sont garants du respect du règlement interne du groupe, mais forment aussi un groupe référentiel pour des questions, des échanges, des prises de décision, etc.

Les RSN ont permis à nos élèves-ingénieurs de construire une « véritable communauté connectée » qui est régie par des règles communément admises, et dont le « vivre ensemble » est garanti par des entités personnalisées dont l’objectif commun : apprendre pour réussir.

A travers cet article, nous assistons à la mutation des pratiques numériques des élèves-ingénieurs qui passe d’un schéma classique du processus d’apprentissage à un mode numérique d’apprentissage. L’émergence des usagers producteurs de contenu ayant développé des compétences à la fois techniques et humaines grâce à la combinaison de plusieurs réseaux sociaux semblent un fait. Cet engouement et cet enthousiasme inédit pour les RSN par les élèves-ingénieurs témoigne d’une nouvelle vague d’utilisateurs avertis ayant conscience des dangers et limites de ces outils sociotechniques et arrivent à faire la part des choses pour un usage réfléchi, mesuré et approprié à leurs études. Ils prennent en compte l’importance des changements que ces RSN ont induits et les nouvelles possibilités de communication offertes et sans doute les nouveaux risques encourus. De ce fait, les RSN deviennent de plus en plus l’épicentre de la société. C’est le foyer de la diffusion des connaissances et de l’acquisition des compétences. L’analyse des usages des réseaux sociaux numériques indique aussi clairement que les utilisateurs-apprennent devraient, eux aussi, s’adapter aux évolutions de la toile (Stenger et Hermes, 2010).

L’impact des RSN sur le développement personnel des élèves-ingénieurs

Les groupes questionnés sont motivés par la qualité des échanges et des retombés positives sur leur processus d’apprentissage. Les RSN leur offrent des atouts considérables permettant de nourrir les relations étudiants/enseignants, étudiants/étudiants et étudiants/experts dans l’objectif de renforcer leur propre engagement, visibilité, présence, utilité au groupe et aussi les aider à « exprimer la satisfaction d’apprendre lorsque le fruit de leur travail se matérialise » (Djebara et Dubrac, 2015). Selon eux, les RSN jouent un rôle important dans la le développement personnel de l’apprenant. Ils sont « des stimulateurs efficaces pour apprendre à se connaitre » nous affirment-ils. Ceci « renforcera sans doute nos Soft Skills » ajoutent-ils.

L’impact des RSN sur le développement personnel des élèves-ingénieurs (mars 2020)

Les réseaux sociaux en ligne conduisent désormais les individus à interagir à partir de la mise en scène de soi (Cardon, 2013) à travers les informations publiées, les commentaires postés, la création de liens forts/faibles. C’est ainsi que la sociabilité des individus s’enrichirait avec l’usage des RSN. Ces derniers augmentent le capital social des individus ainsi que leur motivation intrinsèque (Donath et Boyd, 2004). Leur impact est considérable (Valenzuela et al, 2009) et leur usage est positivement corrélé avec la satisfaction personnelle, une plus grande confiance dans les autres et aussi un plus grand engagement des actions sociales et collectives (Cardon, 2013). Les RSN constituent pour nos élèves-ingénieurs des espaces utilisés pour apprendre à mettre en scène leur identité, à s’exprimer sans contrainte, à se comporter dans différents contextes sociaux, notamment en s’inspirant de leurs ainés (ceux qui sont déjà inscrits). Boyd (2004) parle d’un apprentissage informel « par osmose »

Conclusion

L’évolution des modes d’appropriation des dispositifs techniques numériques et la transformation des usages est une réalité. En effet, les RSN jouent un rôle important dans la reconfiguration des pratiques quotidiennes des élèves-ingénieurs de l’ENSAM. Ces derniers utilisent des stratégies individuelles voire collectives pour mettre en place une démarche éducative active.

De l’invisibilité à la lumière, de nouvelles pratiques éducatives numériques émergent, ainsi que de nouvelles problématiques (celles des effets des dispositifs sociotechniques, leurs usages et réception, les modes de leur appropriation, les pratiques). D’ailleurs, l’ambition scientifique de ce travail de recherche est de centrer le débat autour des types d’usages que l’on fait des RSN dans un contexte éducatif.

A travers une enquête sur le terrain auprès de nos élèves-ingénieurs de l’ENSAM de Meknès, nous avons remarqué que ces derniers attribuent aux RSN de nouveaux rôles pédagogiques et les différencient des autres dispositifs techniques. Selon eux, il faut dépasser la façade des RSN comparable à la partie visible de l’iceberg et veiller à prendre le bon côté des choses. Autrement dit, nous vivons une ère de mutation des pratiques pédagogiques. Il parait que les différents types d’usages des RSN permettent aux élèves-ingénieurs de sortir de l’isolement pour embrasser une visibilité de taille (travailler en équipe, se rendre utile, tisser de véritables liens professionnels, se mettre en valeur, avoir une identité numérique, appartenir à une entité, avoir de la reconnaissance de la part d’autrui, etc.). Leur combinaison simultanée de plusieurs réseaux sociaux est une stratégie efficace (charlier, Deschryver et Peraya, 2006) pour un meilleur apprentissage/rendement. Ainsi, les élèves-ingénieurs préfèrent utiliser les RSN que les autres dispositifs de formation et d’enseignement/apprentissage (ENT, plateformes) jugés trop compliqués.

En guise de conclusion de ce travail de recherche, nous pouvons dire que les RSN sont à la disposition des étudiants, enseignants, formateurs. Qu’il faudrait prendre en compte leur force (collaboration, mutualisation du savoir partagé, auto-apprentissage) dans l’élaboration des formations et référentiels métiers.

References   [ + ]

1. Selon une enquête réalisée en septembre 2019 par Maroc Numeric Cluster et le cabinet d’études et de sondages d’opinion-Averty, Facebook demeure la plateforme la plus utilisée chez les internautes marocains (77%) suivie par Instagram (36%), Snapchat (16.8%) et LinkedIn (16.3%).
2. Selon la définition du Larousse, cette notion désigne « un ensemble de voies, de canalisations, de conducteurs, reliés les uns aux autres (…) Ensemble d’ordinateurs connectés entre eux et reliés à des terminaux. (…) Ensemble de personnes, d’organismes, d’établissements, (…) qui concourent au même but, qui sont en relation pour agir ensemble ».
3. Thomas Hobbes (1651) avait déclaré dans son œuvre Léviathan que « avoir des amis, c’est avoir du pouvoir ».
4. La Proposition 22 de Affectibus de Spinoza Baruch (1677) : « si nous imaginons que quelqu’un affecte de joie la chose que nous aimons, nous serons affectés d’amour à son égard » (pour dire « les amis de mes amis sont mes amis ». C’est-à-dire, la personne humaine est appelée naturellement à élargir sa raison de relation en partant de ses amis, vers les amis de ses amis et ainsi de suite, vers le réseau le plus large possible.
5. Georg Simmel (1908) affirme que ce sont les « interactions » et les relations entre les individus, et non les individus eux-mêmes et leurs attributs, qui constituent les objets élémentaires de la sociologie. Simmel s’intéresse plus à la forme des interactions, non pas au contenu des interactions.
6. La théorie de l’équilibre cognitif de Fritz Heider (1946) se résume ainsi : « les individus recherchent l’ordre, la symétrie et la cohérence entre les éléments de leur environnement. Si une contradiction apparaît, des forces tentent de restaurer l’équilibre soit en modifiant les rapports entre ces éléments, soit en modifiant la représentation que la personne s’en fait ».
7. Par exemple, nous constatons une différenciation dans les usages des réseaux sociaux entre les générations. Les jeunes ont plutôt un usage tourné vers l’extérieur, ils cherchent toujours de nouveaux amis, En revanche, les parents sont centrés sur les réseaux de proximité, familiaux et géographiques.
8. Lévi-Strauss privilégie la notion de « structure » que celle de « réseau » L’auteur s’est intéressé à l’étude d’une part des « systèmes de parenté » dans les sociétés « primitives » pour désigner les différentes relations entre parents : père, fils, oncle, cousin, neveu, etc., et d’autre part des « systèmes des attitudes » qui désignent les conduites associées à chacune de ces appellations : « respect ou familiarité », « amitié ou hostilité », etc.
9. Jacob Lévy Moreno, fondateur de la sociométrie (psychologie sociale), s’intéresse à la structuration sociale des relations. La sociométrie permet de calculer dans un groupe les attirances et les répulsions des individus entre eux. Elle permet de mesurer la cohésion du groupe.
10. John Arundel Barnes (avec ses collègues Elizabeth Bott et Clyde Mitchell, membres du département d’anthropologie sociale de l’Université de Manchester) est le premier à avoir introduit la notion de « social network » dans les sciences sociales.
11. Elizabeth Bott, psychologue canadienne, s’est intéressée aux relations de chacun des membres du couple avec leur parenté respective. Elle emprunta la notion de « réseau social » de John Barnes pour qualifier les différentes formes prises par ces relations avec la parenté. L’auteur propose une approche « relationnelle » de la famille. Elle est l’une des premières dans Family and Social Network (1957) à formaliser l’idée que les structures de relations pouvaient déterminer les comportements et à formaliser une mesure d’une propriété de ces structures, en l’occurrence leur densité.
12. Citation originale en anglais de Barnes, “Each person has a number of friends, and these friends have their own friends; some of any one person’s friends know each other, others do not. I find it convenient to talk of a social field o f this kind as a network. The image I have is of a set of points some of which are joined by lines. The points of the image are people, or sometimes groups and the lines indicate which people interact with each other. We can o f course think of the whole of social life as generating a network of this kind”. in http://pierremerckle.fr/wp-content/uploads/2012/03/Barnes.pdf (page consultée le 10/05/2020)
13. Avec sa « théorie des réseaux sociaux », Mark Granovetter s’est s’intéressé à l’analyse des structures relationnelles, notamment les concepts de liens faibles et liens forts. Selon l’auteur, les individus tissent des liens forts (formés par des relations à sa famille, ses amis proches) et des liens faibles (constitués par un réseau plus étendu et plus distant). Selon l’auteur, l’individu profitera paradoxalement plus de ses relations de liens faibles que de celles issues des liens forts. Il sera plus influencé par les relations distantes que par celles de son entourage proche. Selon Granovetter, les liens faibles permettent de jeter des ponts locaux entre des individus qui, autrement, resteraient isolés. Ils constitueraient ainsi une source de cohésion sociale, mais seraient aussi plus efficaces pour faire circuler l’information entre des individus n’ayant pas forcément de points communs.
14. Boyd and Ellison (2007) describe the Social Network Sites « as web-based services that allow individuals to construct a public or semi-public profil within a bounded system, articulate a list of other users with whom they share a connection, and view and traverse their list of connections and those made by others within the system. The nature and nomenclature of these connections may vary from site to site”
15. Rissoan (2012) insiste sur l’idée de ne pas confondre « médias sociaux » et « réseaux sociaux », en définissant les médias (télévision, presse, radio) comme étant des moyens auxquels manque le facteur de l’interaction. Ainsi les RSN se distinguent des médias sociaux par leur capacité interactionnelle. Néanmoins, ils possèdent des points de similitudes avec les blogs par l’initiation des dialogues interpersonnels, avec les forums par l’analyse possible des pratiques communicationnelles en ligne et avec les mondes virtuels par la capacité de création et du maintien des relations personnelles en ligne.
16. La sociologie des usages prend en compte la macrosociologique dans les analyses compréhensives (Chambat, 1994, Jouët, 2011 ; Granjon, 2014, Proulx, 2001, Proulx et al., 2014, Jauréguiberry et Proulx, 2011).
17. Selon Raymond (2006 :78), le socioconstructivisme introduit la dimension relationnelle d’un sujet qui apprend, en interaction avec les autres dans un contexte social. Ce dernier influence la construction des connaissances et comporte nécessairement une dimension affective.
18. Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Métiers (ENSAM) relève de l’université Moulay Ismail de Meknès (Maroc). C’est une école (accès régulé/concours) qui forme des ingénieurs pendant 5 ans : 2 premières années des classes préparatoires intégrées et 3 ans pour le cycle ingénieur. L’ENSAM propose plusieurs parcours de formation englobant 7 filières : 1 filière en Classe Prépa : Mathématiques Physique et Technologie (MPT) et 6 filières en cycle ingénieur : Génie Mécanique (GM), ElectroMécanique et Systèmes Industriels (EMSI), Génie Civil (GC), Génie Industriel et Productique (GIP), Génie Thermique Industrielle et Energies Renouvelables (GTIER), Industrialisation des Produits et Procédés (IPP). L’ENSAM délivre des diplômes d’ingénieur d’Etat, des Masters, des Licences Professionnelles, des Doctorats en sciences de l’ingénieur.
19. Nous avons réalisé un questionnaire sur Google Form (https://forms.gle/h5Z24K9noRbDYR3d8) que nous avons envoyé par email à nos étudiants afin de récolter des informations susceptibles de nous aider à  réaliser nos entretiens qualitatives.


Références bibliographiques

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Pour citer cette article

, "Les pratiques quotidiennes des RSN en contexte universitaire : De l’invisibilité à la lumière Cas des élèves-ingénieurs de l’ENSAM", RIMEC [en ligne], 05 | 2020, mis en ligne le 07 juillet 2020, consulté le 10 August 2020. URL: http://www.revue-rimec.org/les-pratiques-quotidiennes-des-rsn-en-contexte-universitaire-de-linvisibilite-a-la-lumiere-cas-des-eleves-ingenieurs-de-lensam/