Le tourisme urbain, un dilemme pour repenser la centralité urbaine ? Cas de la ville méditerranéenne Skikda (Algérie)

Résumés

Le tourisme urbain constitue un champ stratégique pour développer la centralité des villes contemporaines. Il est à la croisée des chemins entre la recherche de l’urbanité et la promotion de l’attractivité des villes. La ville de Skikda explore, même en partie, cette stratégie. Aujourd’hui, nous assistons à une dynamique urbaine fortement scindée sur la branche touristique. En effet, durant cette dernière décennie, l’emploi dans le secteur touristique a plus que triplé. Cela s’est traduit par une expansion spatiale exubérante des structures touristiques (hôtel de luxe…etc.) dans la Zone d'Expansion Touristique (ZET).
De plus, nous assistons à des interventions qui cherchent à donner de la valeur à des espaces publics dévalorisés et un déploiement des efforts en quête de concilier l’histoire et la modernité dans le centre-ville. Or la stratégie du développement précoce du tourisme urbain semble alimenter un processus de fragmentation spatiale qui risque de se générer entre la périphérie et le reste de la trame urbaine.

Texte intégral

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Introduction 

Au cours de ces dernières années, compte tenu des pressions économiques, le secteur touristique en Algérie s’est marqué dans les discours des détenteurs politiques comme une prérogative visant à renforcer le rayonnement des villes. Néanmoins, force est de constater que la stratégie de développement touristique en Algérie est beaucoup plus subie par les paradigmes de la mondialisation. En effet, les dynamiques de la mondialisation ont concouru à introduire des métamorphoses dans la manière de penser le tourisme Algérien, dont la stratégie de développement local et durable est au centre des interrogations. À présent, l’objectif affiché est de compenser en partie les recettes infléchissant des hydrocarbures.

Prenant la ville de Skikda comme cas empirique. De nos jours, dans une logique de précipitation, le tourisme s’impose comme une révolte de la dynamique urbaine. Cette dernière se voit cristalliser par le développement précoce des structures touristiques. Ce développement marque les prémisses vers la mise en tourisme des lieux phares dans la ville. En vue de ces considérations, la question de la centralité urbaine s’avoue cruciale et essentielle à définir. Dans cette optique, les autorités locales s’engagent dans une politique de rattrapage visant, à la fois, la revalorisation de la centralité symbolique (centre historique)et la fabrication d’une nouvelle centralité. La stratégie prônée s’adosse à l’investissement en masse dans les domaines touristiques et s’oriente vers des structures touristiques de haut standing dans la logique, de ce que Chouiki appelle « des zones touristiques individualisées » (Chouiki, 2015). Néanmoins, les critères de durabilité semblent à situer aux marges des interrogations. De manière générale, nous relevons à Skikda deux anomalies majeures, à savoir les enjeux d’implantation (liaison à la ville-centre) et les enjeux liés à la création d’une centralité concrète.

C’est pourquoi il est indispensable de réfléchir, non seulement, à des structures touristiques en éclats avec la ville au nom de déconcentrer la ville-centre, mais évidemment à « une qualité urbaine d’ensemble », selon la formule d’Alain Bourdin (2003, p. 36) .Autrement dit, une démarche génératrice d’une dynamique urbaine et touristique durable qui conjugue les enjeux sociaux (identité, ancrage, accessibilité…) économiques et écologiques. Ceux-ci, en effet, constituent les fondements d’un tourisme durable (Chaline, 2007, p. 26-29). À ce titre, une question impérieuse s’impose, comment concilier les exigences du tourisme contemporain, surtout en termes de durabilité, avec la stratégie locale visant le développement de la centralité urbaine par le tourisme ? Et quels sont les risques qui pourront en courir ?

Cette communication se veut, d’une part, établir un diagnostic du processus de développement touristique tant au niveau des stratégies et des politiques publics qu’au niveau des réalités urbaines , d’autre part, elle vise à procéder à une approche comparée avec les études étrangères, afin de confectionner une lecture perspective dans le cadre de refonder une stratégie du tourisme urbain durable de la ville de Skikda.

Tourisme et centralité, quelle correspondance ?

Le développement du tourisme constitue un facteur vital d’attractivité des territoires. Le tourisme urbain est considéré comme « un ensemble d’attractivité, que concrétisant des flux considérables de visiteurs, dont la présence est génératrice d’importante retombées économiques immédiates et positives » (Chaline, 2007, p. 26). Dans ce sens, le tourisme urbain est, par essence, un vecteur de recomposition des espaces. Il est considéré comme un volet indispensable pour fabriquer, dans la perspective d’une stratégie de développement local concurrentiel (Duhamel et Knafou, 2005 ; Bourdin, 2003 ; Marchal et Stébé, 2011), de nouvelle centralité dans un contexte ouvert. À cela correspond plusieurs démarches et politiques territoriales, qui, de leurs parts, impliquent des stratégies spécifiques d’intervention et d’aménagement. Dans ce sens, il s’agit davantage, par le biais du tourisme, de mettre en relief des opérations de polarisation périphérique –aussi forte que possible de les dotés de très haute urbanité- et les opérations de revitalisation des centres-villes dont les politiques territoriales y consacrent au moins un aspect à la recherche de prérogatives différentiels du reste de la trame urbaine (Devisme, 2005)

 Considérations méthodologiques 

Pour ce qui est de la méthode, nous avons conjugué principalement l’approche qualitative et l’enquête sur terrain. Tout d’abord, nous avons consacré notre premier temps à l’analyse de contenus des différents documents, à savoir lois et documents officiels décryptant les logiques des politiques territoriales actuellement en jeu. Puis, nous nous sommes appuyés sur l’observation in situ couplée par un relevé systémique des activités touristiques.  La conjugaison de ces deux approches nous a permis de mieux saisir les dynamiques touristiques dont constitue notre objet d’interrogation dans cet article.

 Skikda, une grande ville algérienne en plein essor touristique 

La ville de Skikda est une ville méditerranéenne située dans la partie orientale de l’Algérie (figure n°1 et n° 2). L’analyse de la situation actuelle révèle un territoire aux ressources et potentialités diversifiées, elle dispose d’une offre culturelle intéressante (centre historique), tourisme balnéaire et massif montagneux. Il s’y ajoute de nombreux équipements à caractère symbolique. Depuis la deuxième moitié des années 2000, Skikda, à l’instar des grandes villes Algériennes, s’est imprégnée dans un processus de renouvellement de son image et de son attractivité, dont les politiques urbaines ont choisi le pari de concurrence avec les villes littorales proches (Jijel, Bejaia).

En effet, si on s’approche des chiffres officiels sur la ville de Skikda, la variation de l’emploi dans le secteur touristique, exprimée en pourcentage, peut être extraordinaire. En effet, pendant la période 2008-2015, l’évolution de l’emploi dans le secteur touristique a été proche de 1187%. Il est à noter cependant qu’en chiffre absolu l’image est un peu différente. La hausse de 1187% recouvre le passage de 270 à 3554 emplois directs. Mais cette augmentation fatale qui s’impose à l’expression décèle, même en partie,la portée des orientations récentes de la politique locale. En effet, elle tire une grande part de leur sens dans la promotion touristique de la ville.

Figure n° 1. Situation de la ville de Skikda (source : Web1 ...continue ).
Figure n° 2. Schéma d’organisation de la ville.

L’état touristique pendant la période coloniale 

La promotion touristique de la ville de Skikda (l’Ex Philippeville) pendant la période coloniale fut confiée à l’Office algérien de l’action économique et touristique (OLAFAC). En effet, il s’agit d’un organisme officiel doté d’une autonomie financière qui a pour mission principale   de concourir au développement du commerce et de tourisme algérien. Sur le plan touristique, sa mission fut focalisée, en effet, sur la constitution d’un outillage touristique qui vielle sur la mise en valeur des sites et paysages touristiques ainsi que l’organisation des voyages et circuits touristiques. Sur la base de lecture des plans d’archives et les photos correspondantes, l’activité touristique, qui, au-delà des activités festives, se résumait, d’une part, dans l’organisation des circuits touristiques à l’intérieur (Stora et Jeanne D’arc) et au-delà des périmètres de la ville (agglomérations périphériques) (voir figure n°3). D’autre part, la forme de la ville coloniale, dense et compacte, offre une série des espaces publics à usage hétérogènes.  En effet, la place de Marquet (renommée place du 1er novembre après l’indépendance) demeure la référence de la vie récréative (voir photo n°1).

Figure n° 3. Circuits touristiques pendant la période coloniale (source : archives de l’APC)
Figure n° 4. La place de la Marquet pendant la période coloniale (source : web)

La période post-indépendance

Comme le souligne Pierre Merlin (2015) « la dépendance du tourisme vis-à-vis des conditions climatiques, mais surtout de la conjoncture économique et politique ». Dans ce sens,   il faut remonter à la première décennie de l’indépendance pour voir que l’activité touristique a été perçue comme une activité peu prioritaire dans cette ville. Au début des années 70, comme beaucoup de villes algériennes en situation de mal développement ou en sous-développement, la priorité était donnée à l’investissement en masse dans le secteur industriel (Boukhmis et Zeghiche, 1982). Toute est convergée pour rattraper le retard enregistré. Au fond, la perception du tourisme a été un peu négative et ne figure que brièvement dans les stratégies de développement urbain2Bien que la création du ministère du tourisme remonte en ...continue, voir constitue une source d’économie très maigre par rapport à l’industrie. Il en résulte de multiples images de dégénérescence des potentialités touristiques de la ville, qui pèse toujours, jusqu’à aujourd’hui, sur l’orientation stratégique des politiques locales, en quête de développement urbain et touristique.

Au tournant des années 70-80, la promotion de la ville au rang de chef-lieu de la wilaya a favorisé l’émergence d’une nouvelle dynamique. Cette dynamique est prescrite principalement par les nouveaux équipements et services, d’une part, et par les grands afflux migratoires, à savoir l’accueil de « néo-citadin » (Cote, 1996), de l’autre part. La majorité des nouveaux arrivés sont composés des ingénieurs, technicien et population rurale. Ce mouvement migratoire n’a pas éprouvé une importance assez intéressante vis-à-vis le secteur touristique, voir un seul projet touristique a été lancé, celui de l’Hôtel Salam (4 étoiles) situé en plein centre-ville. Il est destiné à une clientèle d’affaires et l’ensemble des touristes étrangers. Parallèlement, l’urbanisation diffusée et anarchique fait que de nombreux sites résidentiels ont été édifiés sur des aires vouées initialement aux activités touristiques (cas de l’Arbi Ben Mhidi ex jean d’arc).

Par ailleurs, la valeur patrimoniale de la ville, parlant ici du centre-historique, s’est exposé à de nombreuses anomalies qui rendent son fonctionnement problématique. Le centre historique a évolué sous l’effet d’une politique de laisser-aller défigurant certains lieux. Couplée d’une série d’interventions et de réparation maigres, le centre-ville est placé dans une situation de crise avancée, telle l’expansion anarchique du commerce à l’étal, les séries d’interventions non réglementaires (introduites par les néo-citadins d’origine rurale), Etc.  En effet, jusqu’à la fin des années 80, nous pouvons considérer que, d’une certaine façon, l’intérêt à la valeur patrimoniale du centre-ville n’a pas été une réelle priorité des politiques publiques ; elle était surtout une tache suscitée par son état critique. Pour preuve, un premier diagnostic dressant l’état des lieux du centre-ville a été lancé en 1994, suivi par un autre en 1997,il en ressort, selon le plan d’occupation des sols du centre-ville, que 116 constructions nécessitaient une intervention de réhabilitation d’urgence et 23 constructions effondrées partiellement (URBAB, 1997).

L’état planificateur au profit du secteur privé 

 Comme le souligne Pierre Merlin (2015), « le développement touristique algérien a gravement souffert de la quasi guerre civiles des années 90 ».  À ce titre, les années de la guerre civile (1990-2000) n’ont pas apporté de nouvelle pour le secteur touristique à Skikda. Dans cette optique, la capacité hôtelière a connu une quasi-stagnation avec une moyenne de 1500 lits. Dans ce sens, de nombreux projets touristiques ont été interrompus durant cette période, faute de contentieux juridique avec la BDL ou refus de financement. Il est à noter que quelques dynamiques ont été, cependant, enregistré dans le secteur touristique.

À partir de la deuxième moitié des années 90, années de la libéralisation du marché foncier, les autorités locales, à travers l’agence foncière de la commune, ont mis en vente des terrains pour l’extension de la zone donnant sur la mer, c’est le cas des deux agglomérations ‘‘Stora’’ et ‘‘l’Arbi Ben M’Hidi’’. Sitôt la capacité hôtelière va connaitre une nette augmentation pour atteindre 2000 lits en 2005, soit 343 lits de plus.

Dans l’optique de revaloriser et de promouvoir le secteur du tourisme dans le pays, nous avons assisté à partir de la première moitié des années 2000 à une sorte de réveil touristique en Algérie. Au niveau législatif, la panoplie des textes règlementaires lancés depuis l’an 2000 prouve l’ampleur de ce phénomène. On note principalement la loi N° 03-01 relative au développement durable du tourisme, ce dernier fait explicitement référence à la loi n°01-20 relative à l’aménagement et au développement durable du territoire, et enfin, la loi n °02-02 relative à la protection et à la valorisation du littoral.

Aux termes spatiaux,   le schéma national d’aménagement du territoire lance un nouvel outil touristique qui, sous forme des ZET3ZET : Zone d’expansions « toute région ou étendue de ...continue, est géré par la loi n° 03-03 relative aux zones d’expansion et sites touristiques (ZET). Dans ce cadre, la ville de Skikda a bénéficié d’une ZET qui s’étend sur la partie orientale de l’agglomération l’Arbi Ben M’Hidi et s’étale jusqu’à la commune Les Platanes (tableau n° 1 et figure n° 5 ).

Figure n° 5. Etat de faits de la ZET et les différents projets touristiques.

En vue de ces considérations et face au repli de l’industrie (Cote, 2009), le tourisme constitue désormais un vecteur clé de la tertiarisation de l’économie en raison du potentiel de création de richesses et d’emploi. A ce titre, le Schéma Directeur d’Aménagement Touristique « SDAT » constitue, désormais le cadre stratégique de référence pour la politique touristique de l’Algérie.

Tableau n° 2. Stratégie de développement du tourisme Algérien(source auteur, à partir du SDAT).

Nouvelle territorialité et nouvelle centralité

La stratégie de développement touristique local s’adosse à l’ouverture de l’investissement en masse dans les structures touristiques d’accueil. Cette stratégie vise à rattraper le déficit en lits constituant un handicap majeur à la relance du tourisme local.  . Elle peut être, à cet égard, expliquée par un enjeu de positionnement et un effort de personnalisation et/ou de démarquage par rapport aux territoires voisins. Pour preuve, les projets récents et ceux en cours sont conçus à la base des structures touristiques de haut standing qui démarquent, jusqu’à présent, Skikda de quelques villes touristiques littorales (ex. Bejaia, Jijel).  A ce titre, l’ensemble de ces projets sont le fruit des investissements privés et publics. Dans cette optique, deux catégories d’investisseurs s’unissent à la ville de Skikda, les investisseurs algériens et les investisseurs étrangers. Ces derniers sont d’origine géographique Européenne et de l’arabe oriental. Dans ce sens on assiste depuis 2012 à des unions entre les différents groupes d’investisseurs entre le capital algérien et le capital étranger, représenté par des chaines hôtelières internationales, dontleurs missions principales est d’assurer la gestion des structures touristiques et leurs promotions à l’étranger.  Cette association avec le privé algérien permet d’atteindre une large clientèle à un réseau international.

Cependant l’associé étranger n’investit que dans les équipements touristiques de luxe. Pour mieux illustrer cette figure d’association nous citons les deux cas de figure suivants. Le premier est la convention entre la chaîne hôtelière française Royal Tulipe et le groupe Ramdani pour la gestion de l’hôtel luxe en 4 étoiles le Royal Tulipe construit au bord de mer de la commune de FilFila (photo n° 1). Sur une surface de 20.000 m2, il est mis en service à partir de la deuxième moitié de l’an 2015 et totalise une capacité d’accueil de 5000 lits. Cette infrastructure touristique selon le SDTW, a créé près de 150 postes d’emploi direct et 500 postes indirectes. La deuxième est l’accord entre la chaine hôtelière espagnole BarceloHotels&resortset l’entreprise algérienne Rania Land pour la gestion du nouvel Hôtel Bordj Skikda El Amine, 4 étoiles construit en plein centre-ville. Il totalise une capacité d’accueil près de 3500 lits

Figure n° 6. Hôtel Royal Tulipe (source : Web)

Le troisième est le projet du village touristique de trois étoiles ‘RusicaPark’. Il est implanté au niveau de la commune ‘‘les Platanes’’ et totalise une capacité de 1710 lits.  Ce projet représente une association d’investissement entre l’Etat algérien et l’Arabie Saoudite, ce foisonnement est cristallisé par la société Algéro-Saoudienne d’Investissement (ASICOM) créé en 2004.  Mis en chantiers depuis la deuxième moitié du 2014. Selon une logique qui s’inspire fortement de la consistance de la médina, au sens principalement de la hiérarchisation des espaces et des rues ainsi que l’agencement avec la nature topographique du site, ce projet est construit sur une surface de 13 ha. Il contient une panoplie d’activités avec des résidences touristiques totalisant 1371 lits, un hôtel 3 étoile d’une capacité près de 2500 lits, un parc d’attraction, un théâtre en plein air de 1500 place, un aqua parc (2500 personnes/jour), un parking à étages de 750 places et une multitude service à caractère commercial (figure n° 7).

Pour les autres investissements des entreprises algériennes, le plus représentatif est le groupe Ramdani via son projet  AquaParc Marina d’or (l’extension du Royal Tulipe). Ce projet est réalisé à l’intérieur de la zone d’extension touristique sur une surface de 18000m2. Cette même entreprise réalise également un hôtel 3 étoiles au centre-ville de Skikda, et un complexe touristique au niveau du quartier péricentral ‘‘Bouyaala’’. Parallèlement, d’autre cas d’investissements ont été mené par des petites entreprises sur la côte ouest  ‘‘l’arbi ben M’Hidi-les platanes’’, tel les trois hôtels de moindre gabarit totalisant une capacité de 1200 lits.

Figure n° 7. Projet village touristique (source : Vie de villes, 2016).

Découplage « tourisme » et « urbain » ; risque de constituer un espace renfermé sur lui-même ?

L’articulation entre le tourisme et l’urbain a fait l’objet de nombreuses publications et débats scientifique. Nous assistons aujourd’hui à autant de propositions touristiques qui visent à limiter les impacts négatifs des extensions touristiques sur le reste de la trame urbaine (Chalas, 2005). Dans cette optique, si nous referons à la littérature géographique et économique notamment, nous pouvons vite constater qu’une nouvelle stratégie urbaine, tant dans les pays occidentaux ainsi que dans la Tunisie et le Maroc, en quête de dessiner « la mise en tourisme de la ville ».  À titre d’exemple, nous citons la recherche et les réflexions développées par Chouiki (2015) pour diagnostiquer les rapports entre le tourisme et l’urbanisme dans le cas Marocain.  À l’issue de cette recherche, la question du tourisme n’est pas seulement une donne économique pour la ville. Les préoccupations liées aux valeurs environnementales, sociales, symboliques et spatiales ont incité les interrogations sur la manière de penser le tourisme et l’urbanisme.

Dans ce sens l’auteur s’interroge l’urbanisme et le tourisme peuvent-ils favoriser une urbanisation mesurée ? Ce mariage (tourisme/urbanisme) ne doit-il pas se traduire par de nouvelles façons de penser et de concevoir la ville et l’urbanisme même ? À l’issue de son diagnostic, les extensions touristiques « individualisés », que ça soit des villages touristiques, des stations touristiques, faites sur les extensions périphériques de quelques villes Marocaines (par exemple Agadir) se présentent comme des « Kystes » au sein des villes. Ce processus a fait émerger un espace à deux ordres : ville dédiée aux touristes et ville dédiée au reste de la population. Ces deux entités fonctionnent comme des enclaves urbaines à l’écart du reste de l’agglomération urbaine. Selon l’auteur, cette forme de fragmentation spatiale a participé à donner une opportunité au développement massif de l’habitat clandestin autour des espaces touristique.

Ces réflexions nous ont aidés à mieux situé la dynamique touristique récente dans la ville de Skikda. Certes, le choix des espaces périphériques pour développer des activités touristiques ne constitue pas, en soi, un problème majeur. Mais le souci d’émergence d’un espace périphérique, dont sa grande partie (80 %) est dédiée à l’activité touristique, risque de constitue un bloc séparant l’espace touristique et le reste de la trame urbaine (figure n° 5). Plusieurs aspects renforcent cette forme de ségrégation, nous distinguons principalement :

 

  • D’un côté, la zone industrielle constitue une frontière psycho spatiale séparant la ville de la zone côtière nord-est, ajouté à cela l’inexistence d’une voie côtière reliant directement les deux espaces pour cause des limites de la zone industrielle. Bien que la distance séparant les deux espaces ne dépasse pas 5 km, la nouvelle voie reliant l’agglomération chef-lieu (Skikda) et les platanes en passant par l’Arbi Ben M’Hidi, est conçue d’une façon parallèle à la zone industrielle sur une distance de 27 km. Elle contribue pleinement à écarter la zone touristique du reste de la ville

 

  • De l’autre côté, en raison des possibilités d’extension restreint, l’espace intermédiaire entre l’Arbi Ben M’Hidi- les Platanes est fortement critiqué ,a priori par le plan d’urbanisme directeur (PUD) (fin des années 80), puis a posteriori par le plan directeur d’aménagement et d’urbanisme (PDAU) (1994-2008). Il est considérée frustrant et incapable d’assouvir les besoins sur le long terme puisqu’il est ceinturé par une densité forestière. .

 

  • Au sens de l’article n° 4 de la loi relative à la protection et à la valorisation du littoral, la ville doit orienter l’extension des centres urbains existants vers des zones éloignées du littoral et cela fait que ,la zone limite qu’on souhaite exposer au touriste peut constituer un « enclave » urbain.
Figure n° 8. Situation des projets touristiques par rapport à la ville (source : Vie de villes, 2016)
Tableau n° 3. Approche AFOM.

References   [ + ]

1. https://www.tunisienumerique.com/algerie-interpellation-dun-terroriste-aux-frontieres-tuniso-algeriennes/
2. Bien que la création du ministère du tourisme remonte en 1964, dont son objectif principal été d’investir économiquement dans le secteur par le biais de l’ONAT (le premier et le seul opérateur dans le secteur a cette période), le tourisme restait sous-estimé.
3. ZET : Zone d’expansions « toute région ou étendue de territoire jouissant de qualités ou de particularités naturelles, culturelles, humaines et créatives propices au tourisme, se prêtant à l’implantation ou au développement d’une infrastructure touristique et pouvant être exploitée pour le développement d’au moins une sinon plusieurs formes rentables de tourisme » .


Références bibliographiques

Boukhmis, K. et Zeghiche, A. (1983). Développement industriel et croissance urbaine : le cas de Skikda,revue méditerranée, 27- 34.

Bourdin, A. (2003). Anatomie des nouvelles centralités., dans, centralité dans la ville en mutation, CERTU, 39, p. 76-90.

Chalas,Y. (2005). La ville-nature contemporaine, Annales de la Recherche urbaine, 98, 43-49.

Chaline, C. (2007). Les nouvelles politiques urbaines. Une géographie des villes.Paris : Ellipses.

Chouiki, M. (2015, octobre). Industrie touristique et patrimoine urbain : quel mariage ? Des exemples du Maroc, Communication présentée au séminaire international du Tourisme, Urbanisme et Villes en perspective, Constantine, Algérie

Côte, M. (1993). L’Algérie ou l’espace retourné. Algérie : Media-Plus.

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Devisme, L. (2005). La ville décentrée. Figures centrales à l’épreuve des dynamiques urbaines. Paris :L’Harmattan.

Duhamel, P. et Knafou, R. (2007). Le tourisme dans la centralité parisienne.Dans Saint-Julien, T.et Le Goix, R. (dir.), La métropole parisienne, Centralités, inégalités, proximités(p. 39-62). Paris : Belin.

Marchal, H. et Stébé, J. (2011). Les grandes questions sur la ville et l’urbain. Paris : Presses universitaires de France.

Merlin, P. (2015, octobre). Chances et risques du développement touristique dans les pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) » allocution d’ouverture du séminaire international Tourisme, Urbanisme et villes en perspective, Constantine, Algérie.



Auteur

Alla Eddine FENCHOUCH : Université de Constantine 3, Algérie

Pour citer cette article

, "Le tourisme urbain, un dilemme pour repenser la centralité urbaine ? Cas de la ville méditerranéenne Skikda (Algérie)", RIMEC [en ligne], 02 | 2018, mis en ligne le 19 juillet 2018, consulté le 13 November 2018. URL: http://www.revue-rimec.org/le-tourisme-urbain-un-dilemme-pour-repenser-la-centralite-urbaine-cas-de-la-ville-mediterraneenne-skikda-algerie/