Le patrimoine Naturel dans la Zone du Rif, région Tanger-Tétouan El Hoceima (Province de Chechaouen) : géo-tourisme et géo-patrimoine

et

Résumés

Ce travail consiste en un inventaire des géomorphosites, appliqué aux régions du nord Marocain (Tanger-Tétouan, El Hoceima), qui se caractérisent par un cadre géomorphologique varié et un environnement naturel exceptionnel. La volonté d’entreprendre une telle recherche découle d’un double constat : on relève d’une part de profondes lacunes dans les connaissances du grand public dans le domaine des sciences de la Terre ; la géomorphologie jouit également d’une mauvaise prise en compte dans les politiques d’aménagement du territoire et de protection de la nature, alors que la composante géomorphologique du territoire subit une pression accrue par les activités anthropiques. D’autre part, le patrimoine géomorphologique, souvent spectaculaire, dispose d’un excellent potentiel de valorisation touristique ; on ressent ainsi une évolution dans les attentes de certaines catégories de touristes, avec une demande croissante pour les activités de loisir en lien avec la nature. Cette tendance se traduit par l’émergence du géo-tourisme, qui vise à promouvoir les sciences de la Terre par le tourisme. Pour favoriser la sensibilisation au patrimoine géomorphologique de nos territoires et améliorer sa prise en compte dans les diverses politiques publiques, il est nécessaire de procéder, dans un premier temps, à un état des lieux de celui-ci. Nous avons pour cela mis à profit la notion relativement récente de géomorphosite, qui permet d’identifier les formes les plus intéressantes du paysage géomorphologique.
Notre démarche consiste d’abord à inventorier les géomorphosites parmi les nombreuses formes géomorphologiques du territoire, à les évaluer selon une méthodologie éprouvée, élaborée à l’Institut de Géographie de l’Université de Lausanne (IGUL), puis on proposera quelques pistes de valorisation de ce patrimoine.
En appliquant cette démarche à une région de montagne riche d’un patrimoine géomorphologique varié, nous cherchons en fait à découvrir dans quelle mesure, et surtout de quelle façon, l’outil de l’inventaire de géomorphosite peut contribuer à la mise en valeur du patrimoine géomorphologique.

Texte intégral

A+ A-

Introduction

Le présent travail a pour objectif primordial l’élaboration d’un inventaire des Géomorphosites du Parc National de Talassemtane «PNTLS». L’étude d’une répartition spatiale des sites géo-touristiques du parc constitue une valeur ajoutée à la province de Chefchaouen dans le but de promouvoir son territoire.

Il est important de noter que notre travail est original et qui n’a été jamais réalisé auparavant dans cette région. Cette constatation est faite après une étude bibliographique approfondie. En effet, ce travail de l’identification, l’inventaire et la cartographie des géomorphosites du Parc National Talassemtane a été réalisé pour la première fois dans une telle région connue par son attraction touristique. En plus, notre vision de valorisation des circuits touristiques du parc est basée principalement sur l’intégration géotouristiques des géomorphosites dans les circuits riches et diversifiés.

Présentation de la zone d’étude

 Le Parc National Talassemtane appartient à un puissant massif montagneux, aux formes très découpées, aux reliefs accidentés avec de grandes falaises abruptes, à fort contrastes de couleurs et de formes, qui surplombe le vaste espace de la Méditerranée.

Le territoire du Parc National de Talassemtane (carte 1) s’étend sur une superficie estimée à 58.000 ha, elle fait partie de la Région de Tanger – Tétouan. Il est pour la plus grande partie inclus dans la Province de Chefchaouen et accessoirement dans celle de Tétouan.

Le PNTLS s’étend essentiellement en Province de Chefchaouen, dans une zone délimitée de la façon suivante :

  • Au Nord, la Méditerranée, (35° 13’ 30.92″ N)
  • A l’Ouest l’oued Laou, (5° 8’ 26.13″ W)
  • Au Sud, la route principale qui relie Tétouan à Al Hoceima) 35° 30’ 25.13″ S)
  • A l’Est, par une ligne passant par la limite Est du Jbel Kharbouch, l’oued El Kanaar et la limite sud du Jbel Tarentherth(5° 15’ 30.08  » E)

Le PNTLS couvre l’extrémité orientale de la grande dorsale calcaire qui façonne la plus grande partie du Rif, de Ceuta à Assifane. Cette formation très imposante par son importance et ses particularités, occupe près de 750 km² et constitue l’ossature même de la chaîne rifaine.

Carte 1. La situation géographique de la zone d’étude.

Interprétation des résultats de l’inventaire et discussion

Nous exposons ici les principaux résultats de notre classement qui consistait en l’attribution des scores aux divers géomorphosites inventoriés et une analyse statistique des scores attribués. Les fiches d’évaluation complètes de chaque objet sont annexées  à ce travail ; nous vous y renvoyons pour plus de détails. Les résultats sont présentés de façon visuelle, à l’aide de tableaux et graphiques qui permettront une meilleure lisibilité ; quelques cartes synthétiques faciliteront aussi la représentation spatiale des résultats et de là leur comparaison.

Nous analysons tout d’abord les résultats de manière générale, avant de détailler les résultats de chaque objet, classés selon les six catégories de géomorphosite (processus dominant) pour identifier d’éventuelles variations. Ensuite nous considérons les scores obtenus pour chacun des critères d’évaluation de la valeur scientifique.

La valeur scientifique

La valeur scientifique moyenne de l’ensemble des géomorphosites est de (0.69). Plusieurs géomorphosites se démarquent dans la figure 1 avec des scores élevés : la grotte d’Ifahssa (GMSkrst-A1) obtient  le score maximal de (0.94), et les blocs des roches calcaires (GMSkrst-A21) ont la même valeur. Le pont du Dieu (GMSflukrst-F1), la grotte Taghobayt (GMSkrst-A14), la Falaise d’Amezar(GMSstrc-D1), les Gorges   de Oued Laou (GMSflu-B2), les Avens de Kayat (GMSkrst-A4) et les Chaos ruiniforme de Tissouka (GMSkrst-A3) affichent également des scores supérieurs à 0,8 ; on révèle que sauf deux sites accumuleront une valeur scientifique plutôt faible avec des scores inférieurs 0,5, ces géomorphosites correspondent aux sources et exsurgence Azilane (GMSkrst-A5) et Lapiés Jbala (GMSkrst-A19).

Entre ces deux extrêmes, de nombreux sites ont une valeur scientifique prochede la moyenne : huit objets obtiennent des valeurs comprises entre 0,56 et 0,63. (Carte 2) On remarque alors et de manière générale une grande homogénéité dans les scores.

Figure 1. Valeur scientifique des géomorphosites, classés par numéro d’ordre. La moyenne est de 0.69 (l’axe rouge). La couleur des barres correspond au processus géomorphologique.
Carte 2. Valeur scientifique des géomorphosites en cercle proportionnels. La couleur représente le processus morphogénétique dominant.

Valeur scientifique selon le processus morphogénétique dominant

 Nous présentons ici dans six tableaux successifs (tableaux 1 à 5) les scoresdes géomorphosites ; ceux-ci sont regroupés selon leur processus morphogénétique dominant. Au cours de l’analyse qui suit, il faudra garder à l’esprit que les six catégories de géomorphosites ne sont pas du tout équivalentes, puisque certaines (structurale, gravitaire et lacustre) ne comprennent qu’un ou deux éléments alors que les géomorphosites karstiques représentent plus de la moitié des objets (21) ; de plus, il n’existe pas forcément d’unité à l’intérieur de cette dernière catégorie et les scores peuvent présenter une grande différence. Nous sommes conscients qu’une analyse des géomorphosites selon leur processus morphogénétique comporte certaines limites et que les géomorphosites conservent des caractéristiques propres, mais elle reste tout de même riche d’enseignements.

– Géomorphosites karstiques 

Les géomorphosites karstiques affichent dans leur ensemble la valeur scientifique d’une moyenne de (0.69) (tableau 1) on relève également que les deux meilleures valeurs scientifiques appartiennent à des géomorphosites karstiques (0.94). La distribution des scores est cependant varie entre 0,44 et 0.94 pour l’ensemble des objets. L’intégrité (0.96), la rareté (0,80) (tableau 1) et la représentativité (0,85) sont les trois critères les mieux notés, devant la valeur paléogéographique qui reste tout de même faible, seulement (0.15). Le faible score de la valeur paléogéographique,  peut être expliqué par la difficulté de simuler l’histoire  de l’évolution de ces formes au niveau spatiotemporelle ; à cause du manque de références bibliographiques témoignant de cette évolution, il nous a été difficile d’attribuer objectivement les scores de la valeur paléogéographique.

Tableau 1. Détails des critères de la valeur scientifique des géomorphosites karstique. La moyenne générale de tous les géomorphosites recensés est affichée à la dernière ligne pour comparaison.

– Géomorphosites fluviaux 

 Les neuf géomorphosites fluviaux constituent également un échantillon diversifié de formes géomorphologiques. Dans les bassins de « Oued Laou »,  « Oued Farda »et« Oued el Kalaa », nous avons trouvé une diversité des géomorphosites comme : Cascades, gorges, plaine alluviale… .

La valeur scientifique des géomorphosites fluviaux (0,68) (tableau 2), est supérieure à la moyenne générale et les scores des neuf géomorphosites sont assez homogènes, entre 0,50 et 0,81. Les critères d’intégrité (0,94) et de rareté (0,83) affichent pourtant des scores très élevés. En raison de la diversité des formes fluviatiles retenues, leur représentativité est assez élevée (0.86) (tableau 2), alors que la valeur paléogéographique (0,08) est plutôt très faible.

Tableau 2. Détails des critères de la valeur scientifique des géomorphosites fluviatiles. La moyenne générale de tous les géomorphosites recensés est affichée en bas pour comparaison.

– Géomorphosites fluvio-karstique

Les trois géomorphosites fluvio-karstique constituent des formes géomorphologiques intégrant à la fois le processus karstique et fluviatile. La valeur scientifique des géomorphosites fluvio-karstiques reste parmi les valeurs les plus élevées (0.73) par rapport aux autres processus. Les critères d’intégrité (1) et de rareté (0,92) (tableau 3) affichent pourtant des scores très élevés. La représentativité est aussi assez élevée (0,83) alors que la valeur paléogéographique (0,17) est faible et très proche de la moyenne générale (tableau 3).

Tableau 3. Détails des critères de la valeur scientifique des géomorphosites fluvio-karstique. La moyenne générale de tous les géomorphosites est affichée en bas pour comparaison.

– Géomorphosites structuraux 

Comparés aux autres géomorpohosites, les géomorphosites structuraux se démarquent par une représentativité maximale de (1), en raison de la nature particulière des deux formes structurales retenues. Pour la même raison, leur rareté (0,75) est supérieure à la moyenne générale. Les géomorphosites structuraux affichent un score d’intégrité (1) (tableau 4) le plus élevée de l’inventaire. Toutefois leur valeur paléogéographique n’est pas de même importance (0,38).

Tableau 4. Détails des critères de la valeur scientifique des géomorphosites structurales. La moyenne générale de tous les géomorphosites est affichée en bas pour comparaison.

– Géomorphosites gravitaires 

Nous avons retenu deux géomorphosites gravitaires : cône d’éboulement de Jbel Kelti (GMSgrv-E1) et l’éboulement d’Ametrass (GMSgrv-E2). Ces géomorphosites gravitaires obtiennent une moyenne très proche de la moyenne générale, qui est  de (0,63) (tableau 5).

Ils se distinguent malgré tout par une intégrité élevée. Leur représentativité (0.88) et leur rareté (0.75) sont également élevées. La valeur paléogéographique des deux géomorphosites est nulle, elles ne permettent en aucune façon la reconstitution de l’histoire et l’évolution de la terre et du climat.

Tableau 5. Détails des critères de la valeur scientifique des géomorphosites gravitaires. La moyenne générale de tous les géomorphosites est affichée en bas pour comparaison.

– Géomorphosite lacustre 

Le seul géomorphosite lacustre : Lac Prissa (GMSlac-C) représente une valeur scientifique moyenne de (0.75) (tableau 6). Il se démarque par une intégrité de (1), même chose pour la représentativité et la rareté (1). La valeur paléogéographique du géomorphosite est nulle. N’étant pas un lac naturel hérité, il ne peut offrir d’informations intéressantes permettant la reconstitution de l’histoire de la terre et du climat.

Tableau 6. Détails des critères de la valeur scientifique de l’unique géomorphosite lacustre. La moyenne générale de tous les géomorphosites est affichée en bas pour comparaison.

Résultats des critères de la valeur scientifique 

Les trois critères d’intégrité (0.96), représentativité (0.93) et de rareté (0.82) affichent des moyennes relativement proches et importantes, supérieures à la valeur scientifique dans sa globalité; de l’autre côté, la valeur paléogéographique moyenne n’est que de 0.14, chose qui a impacté négativement la moyenne de la valeur scientifique.

– Intégrité

L’intégrité des géomorphosites étudiés est globalement très bonne (0,96)et il est réjouissant de voir que le patrimoine géomorphologique du Parc est dans un bon état de conservation. On ne relève aucune valeur nulle (les scores de 0,5 et 0.75), ceci est dû à l’absence de troubles d’origines  humaines, comme l’exploitation de ces sites d’une manière non raisonnable. Les géomorphosites fluvio-karstiques, lacustre et structural obtiennent un score de (1) (figure 2), tout comme les formes karstiques (0,96), fluviatiles (0.95), alors que le score du processus gravitaires ne représente que (0,88).

Figure 2. Critère d’intégrité selon les catégories des géomorphosites. Entre parenthèses, le nombre d’objets par catégorie.

– Représentativité 

La représentativité des géomorphosites est bonne (0,93). Ce score élevé n’est pas surprenant et résulte certainement de la volonté d’intégrer des objets représentatifs de la géodiversité du territoire d’étude. La moyenne la plus élevée est celle des géomorphosites structural, lacustre et fluvio-karstique (figure 3). Les scores des géomorphosites karstiques s’expliquent plutôt par le type des processus qui sont assez répandus mais génèrent rarement des formes exemplaires ; ces catégories ne comprennent qu’un ou deux objets, que l’on juge de ce fait représentatifs.

Figure 3. Critère de représentativité selon les catégories des géomorphosites.

– Rareté

La rareté est le critère qui obtient la moyenne de (0.82) (figure 4). Rappelons qu’elle est évaluée selon l’échelle de la zone d’étude ; les sites qui obtiennent le score maximal y sont donc considérés comme sans équivalent. Ce score élevé résulte peut-être de la volonté d’intégrer dans l’inventaire une grande diversité de formes. Cette diversité se retrouve à l’intérieur des catégories de géomorphosites (karstique, fluviatile…) qui comprennent une grande variété de formes géomorphologiques. Les géomorphosites retenus présentent souvent des caractéristiques uniques à l’échelle de la zone d’étude. Les formes fluviatiles sont créditées d’un score maximal de (0.89) (figure 4) devant les formes structurale, lacustre et fulvio-karstique (1), alors que les formes gravitaires (0.88) et karstiques (0.85) sont à nouveau les moins bien jugées.

Figure 4. Critère de rareté selon les catégories desgéomorphosites.

– Valeur paléogéographique 

La valeur paléogéographique est beaucoup plus faible (0.14) (figure 5) que les trois autres critères et limite la valeur scientifique. Les géomorphosites qui renseignent sur l’histoire de la Terre et du climat sont mis en valeur par ce critère. Seuls les objets qui définissent clairement une situation paléogéographique ou qui marquent une position obtiennent un score élevé. Bien que la valeur paléogéographique soit centrale dans la définition du concept du géomorphosite, il ressort de notre évaluation que certaines catégories des géomorphosites sont prétéritées par ce critère : en effet, les processus gravitaires et structuraux ne possèdent que rarement, de par leur nature, une importance de ce point de vue, contrairement aux processus fulvio-karstique, karstique et fluviatile; leur valeur scientifique se retrouve donc amoindrie en raison d’un score nul pour ce critère. Cela contribue à mettre en valeur certaines catégories des géomorphosites au détriment d’autres.

Figure 5. Valeur Paléogéographique selon les catégories des géomorphosites.

Synthèse de la valeur scientifique 

Relevons tout d’abord que tous les géomorphosites étudiés possèdent une importance d’un point de vue scientifique, ce qui est réjouissant. La figure 6 représente les principales données à retenir ; elle synthétise les résultats de la valeur scientifique que nous avons commentés plus haut avec une bonne vision d’ensemble.

Figure 6. Digramme synthétisant les critères de la valeur scientifique selon le processus morphogénétique dominant.

Valeurs additionnelles

Résultats généraux

Le tableau 7 et la figure 7 synthétisent les scores attribués aux géomorphosites étudiés et ce pour les différentes valeurs additionnelles. Dans le tableau 7, les géomorphosites sont classés par ordre numérique pour retrouver aisément chaque site alors que dans la figure 7, ils sont classés  selon des scores décroissants.

Tableau 7. Détails des critères de la valeur additionnelle des géomorphosites.

La moyenne générale de toutes les valeurs additionnelle est de (0,31) (figure 7). Même s’il est nettement inférieur à la valeur scientifique, ce score n’en est pas moins intéressant et supérieur à ce que nous attendions à priori. Parce qu’il a des valeurs écologiques, esthétiques on n’a pas attendu pour les trouver dans la zone d’étude.

Trois géomorphosites se distinguent dans la figure 7 par leurs scores élevés.La grande Cascade de Taourart (GMSflu-B1) obtient de façon remarquable un score maximal (0.66) avec quatre valeurs additionnelles prépondérantes. Deux sites se démarquent encore avec des scores de (0,5) : lac de Prissa (GMSlac-C) et la plaine alluviale de l’Oued Laou (GMSflu-B4). La distribution des scores est assez régulière, avec trente-cinq valeurs inférieures à la moyenne et trois supérieures. Aucun géomorphosite n’est crédité d’un score nul ; la grotte Tizi (GMSkrst-A6) obtient la valeur la plus faible avec (0,03).

Figure 7. Moyenne des valeurs additionnelles. La couleur représente leprocessus géomorphologique dominant.

Analyse par catégories des géomorphosites 

Le géomorphosite lacustre obtient un score plutôt élevé et affiche la meilleure moyenne (0,66). Les scores des géomorphosites karstiques sont distribués de façon régulière sur tout l’éventail des valeurs et affichent une moyenne (0,27) inférieure à la moyenne générale. Le constat est identique pour les géomorphosites fluviaux (0,39), structuraux (0.30), flivio-karstiques (0.30) et gravitaires (0.27). Ci-dessous, nous détaillons  les résultats pour chaque catégorie de géomorphosites, pour expliquer les disparités existantes entre ces catégories.

Détails des valeurs additionnelles

– Valeur écologique

La valeur écologique est moyenne (0,58) (figure 8). Il s’agit certainement de la valeur additionnelle la plus difficile à évaluer ; il se peut donc que, faute de connaissances, l’importance écologique de l’un ou l’autre site nous ait échappé. Nous avons pris en compte la valeur écologique d’un site surtout lorsqu’elle découlait d’un processus géomorphologique. Au contraire, une faune particulière, ou une flore intéressante sans lien avec la géomorphologie, n’ont pas été prises en compte dans l’évaluation.

Figure 8. Valeur écologique selon les catégories desgéomorphosites.

Le critère de site protégé est intéressant mais parfois sans aucun lien avec la géomorphologie. Les géomorphosites lacustre et fluviaux ont une valeur supérieure à (0,5) ; ils sont favorables au développement de la végétation.  Les scores sont plus ou moins faibles pour les formes structurales (0.44) (figure 8) et gravitaire (0.38), et les processus karstique et fluvio-karstique ont les mêmes valeurs (0.54).

– Valeur esthétique 

Les critères fournis par la méthode de l’IGUL permettent d’évaluer assez précisément les qualités esthétiques d’un géomorphosite, même s’il suscite une part de subjectivité qui dépend de l’émotivité de l’auteur. On relève cependant que le critère des points de vue prétérite quelque peu les sites éloignés ou bénéficiant de points de vue peu accessibles, même si ceux-ci disposent de qualités scéniques et paysagères de premier ordre1Exemple  la grotte d’Ifahssa, source de Chrafat, lac de ...continue.

La valeur esthétique est nettement la valeur additionnelle prépondérante (0,75) (figure 9) ; de plus, trois géomorphosites obtiennent un score nul (Les Avens de Kayat, Grotte de Tizi et Grotte Taghobayt), Cela ne confirme pas les affirmations de Panizza et Piacente (1993 :13) quant aux atouts paysagers évidents des géomorphosites, « les plus étendus et spectaculaires des géomorphosites », de notre avis, malgré tout, on observe quelques disparités dans les résultats des différentes catégories ; les géomorphosites structuraux possèdent presque logiquement la valeur esthétique la plus élevée (0,97) puisqu’ils jouissent d’un développement vertical important et les formes fluviatiles présentent également de beaux atouts esthétiques (0,81) (figure 9), avec des formes impressionnantes comme des gorges, des systèmes torrentiels ou une cascade. A l’inverse, les géomorphosites gravitaires se démarquent par la valeur la plus faible (0,38), avec des objets qui s’individualisent peu dans le paysage. Toutes les autres catégories obtiennent un score intéressant, supérieur  à 0,6.

Figure 9. Valeur esthétique selon les catégories des géomorphosites.

– Valeur culturelle

La valeur culturelle est le dernier score de la valeur additionnelle avec une moyenne faible à presque nulle (0,03). Cette valeur minime réduit la moyenne générale  de la valeur additionnelle des géomorphosites. Le seul géomorphosite obtenant la valeur de (0.12) est la plaine alluviale de l’OuedLaou (GMSflu-B4).Cette plaine obtient un score de (0.5) dans son évaluation de l’importance historique comme « Région de présence humaine depuis les temps anciens « selon certains témoignages.

En général, la valeur culturelle, à notre avis reste très limitée, en raison de l’indisponibilité des références historique relatives aux géomorphosites auparavant inventées pour déterminer la valeur.

– Valeur économique 

Seuls les cinq géomorphosites2La grande Cascade de Taourart (GMSflu-B1), lac de Prissa ...continue possèdent une valeur économique. Celle-ci résulte de l’activité touristique ou de l’exploitation d’une ressource géomorphologique. L’exploitation touristique du patrimoine naturel est presque inexistante dans notre terrain d’étude : seules les cascades d’Akcour et Oued El Kalaa ont une valeur économique directe. Les infrastructures sont le moyen d’accéder à ces cascades, malheureusement, ils sont très faibles et non éligibles. Il s’agit assurément d’une attraction géotouristique, dans laquelle l’aspect scientifique est malheureusement négligé au détriment de l’unique valeur scénique.

La valeur économique des géomorphosites avec une moyenne de (0.15) (figure 10). Le score maximal partagé entre trois géomorphosites (0.75) : La grande Cascade de Taourart, la plaine alluviale de l’Oued Laou et le lac de Prisssa. Le score minimale (0.50) obtenu par : les Sources d’Azilane et les cascades d’Akchour.

Figure 10. Valeur économique selon les catégories des géomorphosites.

Valeur géomorphologique globale 

La valeur géomorphologique globale d’un géomorphosite combine sa valeur scientifique et sa valeur additionnelle globale. Elle permet de cerner rapidement l’intérêt d’un géomorphosite. La plupart du temps, la valeur scientifique, centrale dans la notion de géomorphosite, prime sur la valeur additionnelle globale au niveau des scores.

La figure 11 présente la valeur globale des géomorphosite les mieux classés au niveau scientifique (score supérieur à 0,7). Ceux-ci obtiennent également une moyenne des valeurs additionnelles supérieure à la moyenne générale (0,33): une valeur scientifique élevée se combine la plupart du temps avec des valeurs additionnelles intéressantes. Ainsi, une partie des géomorphosites possèdent des atouts très diversifiés et recèlent un potentiel de valorisation certain. L’ancienne grotte d’Ifahssa (GMSkrst-A1), les blocs des roches calcaire (GMSkrst-A21) et le pont du Dieu (GMSflukrst-F1) s’illustrent par leurs multiples qualités, jouissant non seulement d’une valeur scientifique élevée, mais également des valeurs additionnelles importantes.

Figure 11. Valeur des géomorphosites générale qui présentent une valeur scientifique supérieure à 0,7. Les sites sont classés selon une valeur scientifique décroissante.

A l’inverse, plusieurs objets inventoriés ne présentent qu’un intérêt limité, tant au niveau scientifique que pour les valeurs additionnelles (figure 12) : aux moins les bonnes valeurs scientifiques correspondent souvent à des valeurs additionnelles faibles. Il ne s’agit toutefois que d’une tendance générale et pas d’une règle ; le cas des lapiés Jbala (GMSkrst-A19) et les sources d’Azilane (GMSkrst-A5), qui affichent des valeurs scientifiques et additionnelles de 0,45 est là pour le rappeler.

Ces géomorphosites méritent-ils leur place dans cet inventaire ? Dans la mesure où ils sont représentatifs de la géodiversité de la zone d’étude, nous répondons par l’affirmative. Il faut aussi bien concevoir que dans la zone d’étude relativement restreinte, il n’est possible d’inventorier que des géomorphosites de première importance.

Figure 12. Valeur générale des géomorphosites qui présentent une valeur scientifique inférieure à 0,6. Les sites sont classés selon une valeur scientifique décroissante.

La carte 3 combine également la valeur scientifique et les valeurs additionnelles (en cercles proportionnels).

Carte 3. La synthèse de la valeur scientifique et additionnelle des géomorphosites en cercle proportionnels.

Proposition de valorisation

À la lumière de l’inventaire des géomorphosites, le Parc National Talassemtane connaitun très grand potentiel de valorisation géotouristique. Notre étude propose de poursuivre le développement des sentiers géo-didactiques. De ce fait, le présent travail permet de cibler six principaux thèmes à mettre en valeur dans le cadre des sentiers géo-didactiques proposées. Il s’agit de six types de processus responsables de l’évolution du paysage du Parc. De nos jours, il est toujours possible de les observer sous forme de site témoins. Ces types de processus sont : karstiques, gravitaires, structuraux, lacustre, fluviatiles et fluviaux-karstique.

Nous proposons plusieurs types d’infrastructure géo-touristique divers et variées tel que : les gites, auberges, bivouacs, campings, aires de pique-nique, espace éducative, point d’information concernant les géomorphosites. En outre les activités touristique sportive sont favorisé dans le Parc comme : le kayak et kanoué dans les gorges et les cours d’eau, l’escalade dans les falaises, les randonnés pédestres (carte 4).

Carte 4. Les infrastructures géo-touristique du Parc.

Évaluation des différentes réalisations possibles

Sentiers didactiques 

Le sentier didactique est la manière plus efficace de la valorisation, que ce soit de la faune et de la flore ou des sciences de la Terre. Le sentier permet de mettre en lumière, le long d’un itinéraire, différents objets dignes d’intérêt. En effet, neuf sentiers ont été découverts (carte 5), Chaque sentier présente des caractéristiques spécifiques qui le rend un paysage unique.  Ces sentiers, nous allons présenter comme suivantes :

  • Sentier de Sommet de Talassemtane
  • Sentier Chefchaouen- Azilane
  • Sentier Pont Naturelle (Alcantara D’Rabbi)
  • Sentier Route de Oued Laou
  • Sentier des Cascades de l’Oued El Kalaa
  • Sentier de Sapinière de Talassemtane
  • Sentier Ifahssa
  • Sentier de Jbel Kelti
  • Sentier Maraboutique de Talassemtane
Carte 5. Les différents sentiers.

Panneaux didactique, bloc diagramme

 Comme déjà proposé le sentier didactique, peut se faire à l’aide de panneaux didactiques de formes et de tailles diverses,mais également de brochures explicatives à l’image de celles réalisées (photo 1) pour les sentiers géomorphologique proposée. On peut également trouver des cartes géotouristiques, qui permettent à la fois de s’orienter le long du chemin et de dispenser de l’information comme déjà vu dans les cartes des sentiers, que ce soit sur les objets valorisés, mais aussi sur des données plus pratiques comme les arrêts de transports publics. Cependant, il faut garder à l’esprit que la taille d’un panneau, d’une brochure ou d’une carte est limitée et qu’il sera nécessaire de bien sélectionner l’information. Autre idée proposée, c’est le bloque diagramme (figure 13). Le bloc-diagrammepaysager est un support visuel et pédagogique fréquemment utilisé pour illustrer un paysage. Il peut se définir simplement par une représentation d’un paysage, d’une portion de territoire (CETE Nord-Picardie, 2001).

Photo 1. Exemple d’un photomontage des géomorphosites : « Chute de Talembote » et « Le Pont du Dieu »
Figure 13. Le parc national Talassemtane en 3D.

Conclusion

 Au terme de cette étude, nous avons réalisé un inventaire géomorphologique sur un territoire qui s’est avéré aussi riche que nous le supposions. Le Parc National Talassemtane s’est constitué autour d’un espace préservé, d’une grande valeur naturelle et humaine. Il peut s’appuyer sur des milieux diversifiés où les formes du relief tiennent une place privilégiée, en tant que support des activités humaines, pilier du développement d’écosystèmes spécifiques et variés, structure d’un paysage à forte valeur esthétique, et éléments scientifiques reconnus de longue date.

Ce Parc permet d’illustrer quelques relations qui mériteraient que l’on s’y attarde plus amplement. La forte imbrication du « biotique » et de « l’abiotique» peut être avantageusement illustrée par les géomorphosites contenant un milieu à forte valeur écologique.

A partir de l’inventaire réalisé et les sites évalués, nous pouvons synthétiser les résultats en quelques points. Les processus et les formes au sein de la zone d’étude :

  • Les processus dominant la morphologie du Parc sont tous représentés, le processus karstique gagne la première place (plus de la moitié des géomorphosites), après le processus fluviatile avec une représentation important, et puis les processus : fluvio-karstique, gravitaire, structural et lacustre.
  • Les formes structurales sont liées au plissement et à la fracturation des calcaires. Il en résulte principalement des combes anticlinales, dépressions synclinales.
  • Les processus karstiques sont représentés par les formes les plus typiques : dolines, grottes, cavités, sources et lapiés.
  • La configuration de la zone d’étude, est montagneux implique une forte présence de réseau hydrographique avec une couverture végétale dense.

Nous avons vu qu’il existait plusieurs possibilités de valorisation et évidemment, elles ne s’excluent pas l’une de l’autre. Il serait tout à fait envisageable, et même conseillé, que plusieurs d’entre elles soient mises en place afin de réaliser une véritable offre géotouristique découlant d’une stratégie touristique plutôt que quelques produits isolés.

Même si les acteurs touristiques sont conscients de la richesse de leur patrimoine paysager, ils n’ont pas vraiment d’attentes en matière de géotourisme.

References   [ + ]

1. Exemple  la grotte d’Ifahssa, source de Chrafat, lac de Prissa
2. La grande Cascade de Taourart (GMSflu-B1), lac de Prissa (GMSlac-C), les cascades d’Akchour (GMSflu-B3), les sources d’Azilane (GMSkrst-A5), la plaine alluvial de Oued Laou (GMSflu-B4)


Références bibliographiques

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Auteur

MOHAMED RIDA ALILOU : Université AbdelMalek Assaadi, Tétouan

Pour citer cette article

et , "Le patrimoine Naturel dans la Zone du Rif, région Tanger-Tétouan El Hoceima (Province de Chechaouen) : géo-tourisme et géo-patrimoine", RIMEC [en ligne], 02 | 2018, mis en ligne le 19 juillet 2018, consulté le 13 November 2018. URL: http://www.revue-rimec.org/le-patrimoine-naturel-dans-la-zone-du-rif-region-tanger-tetouan-el-hoceima-province-de-chechaouen-geo-tourisme-et-geo-patrimoine/