La mise en tourisme des médinas maghrébines: Le souk du vieux Ténès entre dégradations et perspectives de développement touristique durable

et

Résumés

Dans les pays du Maghreb, les centres historiques arabo-musulmans (les médinas) représentent de grandes valeurs patrimoniales, sociales et économiques. Elles marquent l'histoire du peuple, et préservent les caractéristiques du mode de vie des ancêtres, ce qui représente des opportunités pour un tourisme culturel durable. A cet égard, la vieille ville de Ténès, édifiée au 10ème siècle par les marins andalous pour être un souk, a pu préserver son aspect médinois pendant plusieurs siècles, quoique son caractère commercial attractif et identitaire ait fortement dégradé sous l’effet des mutations socio-économiques. Le centre commercial de la médina et son cœur battant a subi plusieurs dégradations. Le présent travail a pour objectif d’analyser l’état des lieux de cet espace et de présenter des scénarios de sa revitalisation dans le cadre du tourisme culturel durable, à la lumière des expériences maghrébines, et des politiques urbaines nationales, territoriales et locales.

Texte intégral

A+ A-

Introduction

Notre recherche a comme objectifs la connaissance du souk du vieux Ténès et de son histoire, et connaitre sa typologie par rapport aux souks des médinas maghrébines, ainsi que découvrir les raisons de sa dégradation, et ensuite, trouver les meilleures procédures de revitalisation du souk du vieux Ténès dans le cadre du tourisme culturel durable. À ce titre, on se pose les questions suivantes :

  • Y avait-il vraiment un souk à vieux Ténès ? Quels étaitent son emplacement et sa typologie?
  • Quelles sont les stratégies mises en place pour promouvoir la mise en tourisme durable du souk et quels sont les enjeux et les perspectives ?

À travers le dépouillement des écrits anciens des géographes arabe et français, l’analyse typologique et morphologique va nous permettre de situer le souk du vieux Ténès par rapport aux typologies des souks dans les médinas maghrébines et ensuite connaître son état des lieux à travers l’observation directe sur le site, ce qui nous a permis de découvrir les raisons de sa dégradation. Et ensuite, trouver les meilleures procédures de revitalisation du souk du vieux Ténès dans le cadre du tourisme culturel durable tout en faisant participer les habitants dans le processus.

Les souks des médinas maghrébines

Aujourd’hui et avec l’élargissement de la notion du patrimoine, les médinas maghrébines après leur marginalisation pendant la période coloniale, ont obtenu une nouvelle signification. Les habitants ont commencé à chercher les éléments qui constituent leur identité et qui présentent des dimensions symboliques et nostalgiques face à un environnement de répétition et de standardisation. Pour cela les autorités ont commencé à entreprendre des actions de sauvegarde et de mise en valeur des centres historiques dont l’objectif est la conservation de ce patrimoine pour mieux le transmettre aux générations futures.

Dans une médina magrébine, les souks sont les fêtes des sens, le plaisir de la ville et les espaces par lesquels la ville respire, et expose son image, son identité et sont les témoins de l’histoire de la médina et les empreintes des civilisations. Avec le mouvement du tourisme culturel, les médinas magrébines ont commencé à être de plus en plus des pôles d’attraction touristique, les touristes cherchent les endroits qui présentent à la fois une rareté et une authenticité, et à partir de là, le tourisme culturel dans les pays du Maghreb est considéré comme un facteur essentiel pour le développement des villes historiques.

Le Souk

Le mot sûq viendrait de l’akkadien sûqu qui désignait «assez  vaguement, les rues et l’ensemble des  voies publiques, ». Dans les pays du Maghreb, le marché s’appelle « souk », c’est un espace où se rencontrent périodiquement les habitants d’une ville ou d’une région. Ils y procèdent à des échanges de marchandises, mais également d’information, des négociations… (Mermier, 2014)

Nous pouvons distinguer une certaine classification des souks selon différents critères :

  • La temporalité
  • L’espace géographique

Nous pouvons distinguer trois types de souks : le souk principal, le souk de quartier (souika), le souk de banlieue, le premier est situé en général dans le centre ancien de la ville et il regroupe le commerce de détail et de gros généralement les produits importés ou produits localement, le souk du quartier où la souika servait l’approvisionnement des habitants en matière de besoins quotidiens, le souk des banlieues n’est qu’un cas particulier.

Le Petit marché (s’wiqa)

Ce terme désigne en arabe « Le petit souk », c’est un petit marché primitif de redistribution, les résidents du quartier achètent ce dont ils ont besoin, y compris les marchandises générales et les choses. « Sont parmi les espaces les plus charmeurs et ont toujours représenté le cœur de la vie citadine, le principal lieu de liberté où une multitude de personnes défile sous les auvents de fortune réalisés avec des stores, des tentes, et des claies qui protège du soleil.  » (AbdEssattar, 1988).

La Rahba (errahba)

Elle est le seul lieu vaste et public de la ville. Ce dernier aspect correspond peut-être au second nom du souk: Rahba qui désigne en arabe un lieu vaste. (Benyoucef et Claval, 1983)

elle n’a pas seulement un rôle économique, mais elle est aussi un lieu de rencontres pour la population exclusivement masculine. Ce dernier aspect correspond peut-être au second nom du souk: Rahba appelée grande place dans les cités musulmanes (Koufa, Bassra en Iraq).

La Kissaria

Le nom de Kissaria signifiait, dans le langage courant du Maghreb, une agglomération de boutiques, un quartier marchand. C’est une rue à vocation commerçante, nous y trouvons maroquinerie, dinanderie (sculpture sur bois), bijouterie, vêtements de laine, burnous, marchands de tissus et de soierie et le tapis traditionnel. Dans de petits ateliers, des tisserands confectionnent des couvertures aux dessins géométriques, en coton et aux divers coloris.

Le Fondouk 

Le terme Fondouk est d’origine grecque, c’est un ensemble architectural avec une cour centrale et un portique, appelé aussi : « Wakala » en Tunisie « Samsara » au Yémen. Il a des fonctions multiples et peut servir d’hôtel pour loger les personnes et les animaux, ou de dépôts de marchandises pour le commerce en gros et commerce international et d’ateliers d’artisanat et de petite industrie, comme le khân. Il peut désigner également les auberges situées le long des grandes voies de communication pour le repos et la protection des caravanes (Mantran, 2015).

La morphologie des souks dans les médinas

Grâce à leur place dans les médinas, les souks sont devenus l’élément le plus caractéristique de la cité musulmane. … Un grand marché couvert permanent dont les différents membres sont très spécialisés : étoffes, parfums, épices, babouches, selles, tapis, etc. « (Van der Meerschen, 1987)

Les souks dans les grandes médinas constituaient une unité autonome avec leurs propres portes que l’on ouvre le matin et que l’on ferme le soir

D’une manière générale, il existe une forte relation entre la grande mosquée de la médina et le souk qui occupent éventuellement un espace central, mais parfois on trouve d’autres médinas côtières qui échappent à cette règle, où la zone centrale se rapproche vers le port commercial.

L’organisation spatiale des souks

Les souks se composent éventuellement par trois espaces essentiels :

L’espace de vente 

L’espace de vente se compose de linéaires de cellules qui se font face. Les cellules sont de dimensions assez réduites et en général surélevées par rapport au niveau de la voirie (Van der Meerschen, 1987)

L’espace de production 

L’espace de production, d’une manière générale et pour la plupart des produits, se trouve dans la même enceinte de souk, il est soit de forme linéaire continue comme l’espace de vente, ou bien organisé autour d’une cour, ce cas-là s’appelle un fondouk à vocation artisanale et il est généralement à deux niveaux.

L’espace de circulation 

L’organisation de ces éléments se fait par un espace de circulation qui fait la différentiation entre la circulation des clients et la circulation de service

Les Souks et les Souikas

Les Souikas ou les petits souks représentent le prolongement naturel des souks le long des voies principales et parfois jusqu’aux portes de la ville.

Le souk du vieux Ténès

Présentation de la ville de Ténès

La ville de Ténès est une ville côtière qui est située au nord de l’Algérie à 246 km à l’ouest d’Alger , et a 204km à l’est d’Oran donc elle est à mi-distance entre les deux métropoles de l‘Algérie (position stratégique ) abritant un port sur son côté est.

Figure 1.Situation de la ville de Ténès (source : Google Map 2015, modifié).

La ville offre des potentialités touristiques considérables. La baie de Ténès offre des plages réduites et rapprochées séparées par des petites pointes enfoncées dans la mer, cela donne à la ville une animation touristique, mais seulement pendant la période estivale.

La vieille ville de Ténès

Figure 2.Situation de la vieille ville de Ténès (soturce : PDAU, modifié).

Avec une superficie de 22 ha, le vieux Ténès est situé au Sud-est de l’agglomération chef-lieu de la commune, le site du Vieux Ténès est un site historique, surplombant oued Allala qui le contourne au Sud et à l’Est. Le site présente une forte déclivité allant jusqu’à 20% vers l’Est.

Figure 3. Vue générale sur vieux Ténès,  Maamarsefta (source : Web)

Bénéficiant d’un site protégé naturellement, le vieux Ténès est situé proche des sources d’eau et son tissu urbain suit son mouvement, comme il est proche des montagnes, et cela du fait des terres fertiles qu’offre la médina permettant le travail à la population en cultivant la terre. Depuis la préhistoire, Ténès était toujours l’abri de plusieurs civilisations ; elle a abrité le comptoir phénicien vers le8eme siècles av JC, puis la ville romaine 30 ans av JC. Après la destruction de la ville par les vandales, la ville de Ténès ou vieux Ténès actuellement fut bâtie en l’an (875-876 de JC) par les Andalous qui s’installent sur un rocher situé à 1 km de la mer où sont construit la muraille, la mosquée et plusieurs bains. El bekri raconte que la ville entourée d’une grande muraille était située à deux miles de la mer. La muraille renfermait une mosquée et plusieurs bazars, et une colline escarpée dont le sommet est couronné par un petit château (citadelle), et on trouvait aussi quelques bains.

Figure 4. Essaie de restitution de la ville à l’époque arabe
(source : Boukbacha D).
Figure 5. Carte de synthèse de l’évolution de Ténès
 (source : PDAU. Modifié par auteurs).

Les Français se sont installés dans l’ancienne ville romaine, ce plateau était la ville active de la période coloniale face à la ville médiévale qui est rentrée dans une hibernation, et qui depuis s’appelle « Vieux Ténès » (Robert, 1888)

Figure 6. L’entrée du vieux Ténès (source : www.ténès.info)

La structure urbaine du vieux Ténès

La vieille ville de Ténès se caractérise par des éléments de structure urbaine typique à une médina à petite échelle. Ces éléments ont été conservés jusqu’à présent, tels que :

  • Les remparts de la ville et les 5 portes ;
  • Le système viaire hiérarchisé ;
  • La présence d’une grande mosquée qui date du Xème siècle, et 5 autres mosquées de quartiers ;
  • Les espaces de commerce tels que les places et les locaux ;
  • Les vestiges de la citadelle ancienne et les tours (Bourdjs) de défense ;
  • La maison traditionnelle à patio (Haouche) avec entrée en chicane par une Skifa.

Le souk du vieux Ténès : l’axe commerçant « Errahba- la place du souk »

Inscrit au noyau ancien du vieux Ténès, notre site d’étude est le tronçon : Errahba – l’ancien souk. Ce tronçon abritait les fonctions économiques et artisanales du vieux Ténès.

Figure 7.Situationdu tronçon Errahba-le souk (source : PPSMVSS, modifié par auteurs).

Le tronçon abrite deux monuments phares du vieux Ténès ; la mosquée lala aziza et la mosquée sidi belaabes. Maintenant, le site a perdu sa vocation pour se spécialiser dans les produits artisanaux, le commerce de proximité. L’ancien souk a disparu avec l’implantation d’un centre de santé à sa place.

L’histoire urbaine du souk du Vieux Ténès

La période arabe

Il y’a très peu d’écrits sur le souk du vieux Ténès du point de vue morphologique ou fonctionnel, sauf les écrits de « el Bekri » sur la ville de Ténès qui montrent qu’elle est fondée pour être un souk dans lequel se rassemblent les produits qui viennent de l’Andalousie et le Moyen-Orient. De ce fait, pour faire les échanges commerciaux, en profitant de son emplacement stratégique et de son port, elle servait comme point de transition. Avec le temps, les commerçants andalous ont décidé de s’installer définitivement dans la région et construire toute une ville qui contienne plusieurs souks pleins de produits (Bakrī et Slane, 2012).

Le seul espace qui porte le nom du souk actuellement est la place qui abrite le centre de santé. Cet emplacement du souk respecte la logique des souks dans les médinas du Maghreb et de l’Andalousie surtout qu’il est au centre de la ville et près de la mosquée et l’entrée de la ville.

Par ailleurs, la place Errahba pourrait servir comme souk si elle abritait des locaux permanents (Bennaamane, 2007) alors qu’elle sert de petit souk ou « Souiqa » pour la vente des produits d’utilisation quotidienne.

Figure 8. Le tronçon Errahba-la place du souk (source Boukbacha, modifié par auteurs).

La période coloniale

Durant la période coloniale, le tronçon n’a pas subi beaucoup de transformations sauf l’implantation d’un poste militaire au bord de la place du souk, et la réalisation d’une fontaine pour les habitants et un abreuvoir pour leurs animaux dans la place Errahba à côté de la mosquée lala aziza, avec quelques arbres pour fournir de l’ombre.

Figure 9. La place Errahba (cl. http://www.22eme-ri-tenes-1956-1962.com/).
Figure 10. La place du souk et le poste militaire français  (cl. http://www.22eme-ri-tenes-1956-1962.com/).

La période post-coloniale 

Après l’indépendance, le tronçon n’a bénéficié d’aucune amélioration ou réhabilitation, sauf le revêtement de la place Errahba par le bitume et de la rue par le béton armé, dans les années 90 et dans le cadre des équipements de santé aux habitants. Ainsi le vieux Ténès a bénéficié d’un centre de santé, implanté au milieu de la place du souk en arrêtant l’activité commerciale de ce dernier.

En conclusion, la ville avait un souk qui était sous forme d’une place au centre de la ville à proximité de la mosquée sidi belabess qui est la première mosquée construite dans la ville. Le souk se prolongeait au long de la rue Benmouna Mohamed actuellement jusqu’à la place Errahba qui est la deuxième place publique de la ville. Ces caractéristiques du souk (la relation mosquée-souk, l’emplacement central, la forme de place) sont présententes dans plusieurs médinas maghrébines notamment les médinas côtières.

Figure 11. Plan cadastral 1870: le tronçon Errahba- la place du souk (source : PPSMVSS modifié par auteurs).

En faisant la superposition du plan cadastral de 1870 avec celui de 2011, nous remarquons la disparition du souk par l’implantation du centre de la santé, alors que la place Errahba et la rue Benmouna Mohamed ont conservé leurs tracés.

Figure 12. Superposition du plan cadastral 1870 avec le plan de 2011, le tronçon Errahba-la place du souk (source : PSMVSS modifié par auteurs)

Les composants du tissu de l’axe commercial « Errahba, la place du souk »

L’axe qui relie Errahba et le souk représente le centre commerçant de la vieille ville de Ténès, cet axe est composé principalement de la place Errahba, la place du souk et les rues Benmouna Mohamed.

La place Errahba 

Située à l’entrée est de la ville, la place Errahba occupe une place stratégique à l’entrée de la ville du côté nord-ouest. C’est un espace rehaussé par le monument de la mosquée Lala Azziza et un abreuvoir de l’époque française et quelques arbres, considéré comme un lieu privilégié pour les rencontres et la distraction des habitants.

Figure 13. La place Errahba  (cl. Auteurs)

La place du souk 

Aujourd’hui dissimulée, suite à la réalisation d’un centre de santé en son lieu, cette place est située sur le parcours reliant la place Errahba et l’école des filles. Il n’existe aujourd’hui aucune activité commerciale dans la place sauf deux locaux commerciaux au niveau de la façade nord de la place.

Figure 14. La place du souk (le centre de santé) (cl. Maamar Sefta).

La rue Benmouna Mohamed

Rue secondaire de la ville, la rue Benmouna Mohamed est une rue piétonne qui relie la place Rahba et l’ancienne place du souk. Actuellement, il n’y a qu’une seule maison avec un local de commerce qui donne sur la rue.

Figure 15. La rue Benmouna Mouhamed (cl. Auteurs).

État du lieu

L’axe commerçant du vieux Ténès a subi au fil des années des dégradations matérielles et physiques qui ont touché son aspect extérieur (les façades, le sol…) par effet du temps (vieillissement des constructions et l’absence de l’entretien…) Ou par l’effet humain (les transformations incompatibles…) Des dégradations immatérielles ont touché son usage comme centre commerçant de la ville. La cause principale de cette dégradation est la perte de la place du souk, et la disparition des métiers artisanaux anciens.

Figure 16. Etat de dégradation du bâti du sol (cl. Auteurs).

Cette dégradation a influencé le caractère commercial de cet axe, et de la ville entière, à tel point que nous pouvons dire que le souk du vieux Ténès a perdu son âme qui se représente principalement des activités commerciales et artisanales.

Patrimoine, politique locale, et tourisme durable, perspectives et menaces

L’État algérien a lancé plusieurs mesures à la fois de protection et de mise en valeur des médinas classées depuis la législation de la loi 98-04, avec pour objectif de rendre le patrimoine culturel un facteur de développement durable du territoire. Ainsi différentes stratégies ont été mises en place : des mesures d’inventaire et de protection du patrimoine culturel, la mise en place des pôles d’économie du patrimoine culturel (PEP), des actions de formation et sensibilisation à la protection du patrimoine culturel.

Après son érection en secteur sauvegardé en 2007, et l’approbation de son plan de sauvegarde en 2015, le vieux Ténès avait bénéficié d’une enveloppe financière très importante de 170 milliards de dinars, afin d’accomplir les projets de sauvegarde de son cadre bâti, et également les mesures de sa mise en valeur touristique. A cet égard, un Pôle d’économie du patrimoine a été instauré autour de son secteur sauvegardé (ministère de l’Aménagement du Territoire de l’Environnement et du Tourisme, 2008). A ce titre, le projet de mise en valeur proposé dans le cadre du plan de sauvegarde comporte plusieurs interventions de caractère touristique : plusieurs reconversions en maison d’hôtes, un musée, des circuits touristiques, un centre culturel, maison d’artisanat… Il s’agit de créer un espace de solidarité et d’identité permettant, plus que la simple mise en valeur touristique du patrimoine, mais le développement économique du territoire. Cela représente une véritable opportunité qui va certainement toucher le souk de la vieille ville comme étant l’élément clé pour l’attraction touristique.

D’après notre investigation, plusieurs difficultés ont été notées et qui peuvent ralentir le processus de mise en tourisme de cette ville historique et son souk et qui sont principalement la lenteur administrative où il a été constaté que la démarche administrative très lente provoque la propagation des processus de dégradation existants ; d’un autre côté le manque des animations et activités culturelles  et principalement celles qui valorisent la culture locale et l’artisanat Ténéssienne la broderie traditionnelle, la poterie, Habit traditionnel, Bibelots marins, Vannerie.

Sur le plan social, nous avons constaté un manque de concertation entre les structures publiques et la population locale ce qui provoque la non-participation de la population locale dans les actions de mise en valeur touristique.

Le manque flagrant des structures d’accueil a été également constaté, la commune de Ténès ne compte qu’un seul Hôtel 3 étoiles de 50 lits, et un autre Hôtel de60 lits malgré qu’elle est une ville touristique par excellence grâce à ses potentialités naturelles. Cela reste très loin des attentes des touristes qui cherchent une prise en charge de qualité, nonobstant, la ville de Ténès connait une augmentation de nombre de touristes estivants chaque année. Les responsables locaux envisagent pas moins de quarante mille estivants, la diffusion de ce flux vers l’ancien vieux Ténès peut générer des revenus pour la collectivité et la population locale durant toute l’année dans un cadre de tourisme culturel durable.

Ce développement touristique souhaité est confronté au souci de plusieurs menaces, le tourisme culturel provoque éventuellement des actions destructives des ressources culturelles et naturelles des centres historiques. Le site du vieux Ténès ne parait pas encore protégé contre ces actions, ce qui doit inciter les décideurs à prendre des mesures protectrices des valeurs architecturales du site pour assurer le maintien de la population locale et lutter contre la gentrification.

Suite à ces constats, une série de mesures peuvent être prises par les décideurs pour la revitalisation et la mise en tourisme durable du souk de vieux Ténès, principalement le soutien aux actions locales, la décentralisation de la décision accompagnée par une volonté d’accroitre le chiffre d’affaires de l’établissement et d’investissement public entre autres l’encouragement du partenariat public-privé et les initiatives des propriétaires pour l’automobilisation.

La répartition des flux touristiques balnéaires du centre-ville vers le centre ancien peut prolonger l’activité touristique vers la vieille ville de Ténès sur toute l’année grâce à la promotion des activités artisanales et la création d’emplois directs en faveur de la population locale dans le domaine de l’artisanat traditionnel local et inviter le visiteur à consommer les produits locaux.

Conclusion

La vieille ville de Ténès est une ville historique qui présente les valeurs architecturales et urbaines typiques à une médina islamique, dont le souk constitue une structure essentielle, il est l’image de l’identité de la ville et de la culture de ses habitants.

Les documents historiques prouvent que le souk du vieux Ténès était la principale raison de son existence. Il avait une importance à l’échelle territoriale et même internationale, sa typologie sous forme des places reliées par des rues commerçantes et son emplacement au centre de la ville et près de la première mosquée, tout cela présente des points de ressemblance avec les souks des médinas maghrébines.

Depuis l’époque coloniale, il a connu plusieurs mutations ayant causé des dégradations graves qui ont touché son espace et son usage. Les principales dégradations sont dues principalement à la négligence des autorités à la valeur de cet espace vital au sein de la ville. Cette négligence se manifeste par l’absence d’une prise en charge particulière du souk de la ville et aussi par les projets spontanés qui ont été faits dans l’urgence, et aussi les différentes transformations faites par les habitants à la recherche du bien-être et sans prendre en considération la valeur architecturale des espaces.

Les initiatives prises par l’État algérien pour la sauvegarde de la vieille ville de Ténès à savoir son érection en secteur sauvegardé et l’élaboration de son plan de sauvegarde, et celles qui visent sa mise en valeur touristique comme le pôle d’économie du patrimoine qui vient d’être mis en place, sont des perspectives prometteuses pour la mise en tourisme durable du souk du vieux Ténès. Ces initiatives devraient être suivies par d’autres actions pour renforcer les structures d’accueil et l’encouragement du tiers secteur et des habitants à participer efficacement pour l’auto-réhabilitation du cadre bâti et des pratiques artisanales anciennes.

En conclusion, entre les valeurs historiques du souk, et son état de dégradation actuel, et les perspectives et les difficultés présentées, nous pouvons dire en nous basant sur les résultats de ce travail, que le souk du vieux Ténès pourrait être revitalisé, pour devenir une source d’attraction touristique, en trouvant les outils appropriés et adéquats aux spécificités sociales, économiques et culturelles de la ville.



Références bibliographiques

AbdEssattar M., 1988. La ville islamique. Ed. Assemblée nationale de la culture et des arts, Koweït. El Bekri, A., 1913. Description de l’Afrique septentrionale. Trad. Mac Guckin De Slane. Ed. Adolphe Jourdan, Alger. Bennaamane I., (2007). Madinet Ténès, DirassaTarikhiyawaAthariyawaImraniya. Institut d’archéologie, Université d’Alger 2, Alger. Benyoucef, B., et Claval, P. (1983). Le Processus d’urbanisation et les transformations sociales au M’Zab (Algérie). [s.n.], S.l. Kayser, B., (1978). J.-F. Troin, Les Souks marocains. Marchés ruraux et organisation de l’espace dans la moitié nord du Maroc. L’Homme, 18(1), 197‑198. Mantran, R., (2015). L’expansion musulmane : VIIe-XIe siècle. (S.l.) : P.U.F. Mermier, F., (2014). Souk et citadinité dans le monde arabe. Dans J.-L. Arnaud (Éd.), L’urbain dans le monde musulman de Méditerranée (pp. 81‑99). Rabat : Institut de recherche sur le Maghreb contemporain. Repéré à http://books.openedition.org/irmc/294 Ministère de l’Aménagement du Territoire de l’Environnement et du Tourisme (2008, janvier). Schéma directeur d’aménagement touristique « SDAT 2025 », Alger. Pontier, R., (1854). Souvenirs de l’Algérie, ou Notice sur Orléans-ville et Tenès: ; par R. Pontier. Cambrai : F. Deligne. Robert, G., (1888). Voyage à travers l’Algérie : notes et croquis. 1, 2, 3, 4, 1, 2, 3, 4,. Paris : E. Dentu. Van der Meerschen, M., (1987). Les médinas maghrébines. Paris : UNESCO.

Pour citer cette article

et , "La mise en tourisme des médinas maghrébines: Le souk du vieux Ténès entre dégradations et perspectives de développement touristique durable", RIMEC [en ligne], 02 | 2018, mis en ligne le 19 juillet 2018, consulté le 15 October 2019. URL: http://www.revue-rimec.org/la-mise-en-tourisme-des-medinas-maghrebines-le-souk-du-vieux-tenes-entre-degradations-et-perspectives-de-developpement-touristique-durable/