La constitution de l’entreprise sous forme de société commerciale est-elle compatible avec la RSE?

Résumés

La remise en question du modèle de croissance en vigueur induite par ses multiples externalités a permis, dans une large mesure, d’inscrire la problématique de la RSE au centre des débats. Si celle-ci traduit l’intégration des principes du Développement Durable par les entreprises, son fondement dans le contexte de l’entreprise commerciale reste encore à démontrer. Qu’il s’agisse de l’entreprise commerciale ou plus généralement de la société de capitaux, l’objectif est de valoriser au mieux l’investissement réalisé par les actionnaires de manière à veiller à leurs intérêts. Dans ce sens, la RSE ne peut constituer un objectif premier et elle ne peut être envisagée que pour autant qu’elle contribue à la performance actionnariale de l’entreprise.
The challenge to the current growth model induced by its many externalities has made it possible, to a large extent, to place the CSR problem at the centre of the debate. While this reflects the integration of sustainable development principles by companies, its foundation in the context of commercial enterprise remains to be demonstrated. Whether it is the commercial enterprise or more generally the capital company, the objective is to make the best use of the investment made by shareholders in order to ensure their interests. In this sense, CSR can only be a primary objective and it can only be envisaged if it contributes to the company’s shareholders performance.

Texte intégral

A+ A-

Introduction générale

L’entreprise, n’ayant pas en soi la personnalité morale, constitue juridiquement un prolongement de la société commerciale ; c’est-à-dire, notamment pour les grandes entreprises cotées en bourse, de la société de capitaux.

L’objet de la société de capitaux est de valoriser au mieux l’investissement réalisé par les actionnaires, qui désignent à cet effet des mandataires sociaux. La mission de ces derniers est de veiller au mieux sur les intérêts de leurs mandants, c’est à dire des actionnaires, et c’est sur leurs résultats en ce sens qu’ils sont jugés.

La RSE ne peut donc pas constituer pour eux un objectif premier ; elle ne peut être envisagée que pour autant qu’elle contribue à la performance actionnariale de l’entreprise. Une politique RSE qui irait à l’encontre de l’intérêt des actionnaires pourrait être reprochée aux mandataires sociaux, et notamment au Président Directeur Général, comme un abus de biens sociaux.

La RSE n’est donc acceptable, d’un point de vue actionnarial, que sous les deux conditions suivantes, qui sont loin d’être toujours réunies :

  • Contribuer à une amélioration significative de l’image de l’entreprise, et donc à ses chances de réussite, et ceci quels qu’en soient les effets, réels ou simplement affichés;
  • Contribuer à un accroissement de la performance actionnariale, soit à court terme, soit à long terme.

Une prise en compte réelle de la RSE dans la gouvernance de l’entreprise exigerait ainsi de modifier le fondement de celle-ci et de la mettre au service de l’ensemble des parties prenantes et non des seuls investisseurs. Il s’agirait là d’une transformation juridique substantielle, en rupture totale avec les principes de l’Ecole de Chicago et du libéralisme de type anglo-saxon. Une telle évolution apparaît toutefois comme une nécessité. C’est en effet le type de gouvernance sur laquelle débouche le capitalisme financier, à l’origine des désordres écologiques qui menacent aujourd’hui, du moins la planète terre, sinon l’existence même de l’humanité.

L’objectif du présent article est d’analyser la pertinence de la problématique de la RSE considérée dans le contexte de l’entreprise commerciale. Il y a donc lieu de répondre à la question suivante : la constitution de l’entreprise sous forme de société commerciale est-elle compatible avec la RSE?

A ce titre, trois axes seront développés :

  • La question de l’existence juridique de l’entreprise commerciale au regard de conditions relatives notamment à l’histoire des idées ;
  • Celle de la pertinence de la RSE considérée dans le contexte de l’entreprise commerciale ;
  • La nécessaire transformation du cadre institutionnel de l’entreprise commerciale pour une intégration de la RSE.

L’entreprise, d’un point de vue juridique, n’existe pas

Dans son Livre vert sur la responsabilité sociale des entreprises, publié en 2001, l’Union Européenne en donne la définition suivante « l’intégration volontaire des préoccupations sociales et écologiques des entreprises à leurs activités commerciales et leurs relations avec leurs parties prenantes. Être socialement responsable signifie non seulement satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables, mais aussi aller au-delà et investir «davantage» dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes ».

De son côté, l’ISO (International Organisation for Standardisation), dans un document publié par le groupe de travail sur la Norme ISO 26000 sur la Responsabilité Sociale des Entreprises, en propose la définition suivante : «la responsabilité d’une organisation vis-à-vis des impacts de ses décisions et activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement éthique et transparent qui:

  • contribue au développement durable, y compris à la santé et au bien-être de la société;
  • prend en compte les attentes des parties prenantes;
  • Respecte les lois en vigueur et qui est en accord avec les normes internationales de comportement;
  • Et qui est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations».

S’agissant de l’entreprise, ces définitions se heurtent toutefois à un obstacle: l’entreprise n’a pas d’existence juridique, elle n’existe qu’à l’état de manifestation de l’activité de la société commerciale. Or, la société commerciale a un  but, et un seul: valoriser le capital investi. La RSE et le développement durable, dans ces conditions, risquent de demeurer un vœu pieux ou une simple pétition de principe. Il faudrait pour que l’un et l’autre figurent parmi les principes d’action ultimes de l’entreprise, que celle-ci soit reconnue juridiquement en tant que telle et non plus en tant que prolongement de la société commerciale. Et il est permis d’ajouter ceci: une telle transformation constitue peut-être la condition d’une survie de l’humanité. L’entreprise, en tant que telle, n’a pas d’existence juridique. Ce fait singulier vaut dans le monde entier. Il s’agit là d’une résultante de l’histoire des idées. La révolution industrielle s’est fondée sur la propriété privée. La propriété privée peut être une propriété individuelle comme elle peut prendre la forme d’une propriété collective à travers la création d’une société commerciale. C’est donc elle qui constitue l’acteur économique reconnu par la loi. Et l’entreprise n’est que l’outil au service de la réalisation de ses objectifs.

Le droit du travail évoque l’employeur, mais l’employeur n’est autre que le représentant de la société commerciale. Et c’est la société commerciale qui jouit de la personnalité juridique. A titre d’exemple, plusieurs investisseurs ont décidé de mettre en commun les fonds dont ils disposaient en vue d’armer un navire à destination des Indes orientales, de construire une voie de chemin de fer, de creuser un canal ou de bâtir une fonderie. Ils vont fonder une société et convenir de ses statuts. Les membres de cette société, réunis en assemblée générale, vont désigner un conseil d’administration, qui devra gérer la société en leur nom et leur en rendre compte. Le conseil d’administration va se donner un président et, dans le cas de la France, ce président, généralement, exercera simultanément la fonction de directeur général de l’entreprise. Il est donc mandaté par le conseil d’administration, s’exprimant au nom de l’assemblée générale des investisseurs – actionnaires ou porteurs de parts, en vue de servir leur intérêt commun. Quand l’actionnaire unique ou majoritaire n’est autre que celui qui dirige effectivement l’entreprise, cela facilite évidemment les choses.

Quoi qu’il en soit, fort de ce mandat, le «Président – Directeur Général» va utiliser les sommes réunies par les investisseurs afin de se procurer les moyens de réaliser ce qui constitue l’objet social de la société: armer un navire, creuser un canal, ou plus prosaïquement, mettre en boîte des petits pois. Il va donc investir en moyens matériels, puis embaucher la main d’œuvre nécessaire. Cette main d’œuvre se trouve liée à celui qui devient ainsi son employeur par un lien de subordination: la présence des salariés se justifie donc par la raison d’être de l’entreprise, et cette raison d’être correspond à ce qu’ont décidé ensemble les investisseurs, conformément à leurs intérêts, sachant que le PDG auquel ils les ont confiés devra leur rendre compte de la façon dont il s’est acquitté de sa mission.

Rien de plus démocratique en apparence, au moins dans le cadre de la société des actionnaires. Ce schéma correspond en effet à une figure politique: une assemblée se constitue autour d’un objet d’intérêt commun; elle se réunit, adopte une constitution faisant office de loi fondamentale pour les associés, vote des décisions, soit à une majorité simple, soit à une majorité qualifiée si cette loi commune le prévoit; elle délègue le pouvoir d’administration à une assemblée plus restreinte, dont elle a élu les membres (actionnaires ou « administrateurs indépendants »), comme le sont ceux d’un parlement, et ce parlement prendra à son tour des décisions en son nom et sous son contrôle. Afin de les mettre en œuvre, il se dotera d’un exécutif. Et c’est ensuite la cascade des délégations de responsabilité, du PDG à chacun des salariés, chacun d’entre eux étant tenu d’agir sous couvert de celle-ci et de rendre compte à son «supérieur hiérarchique» de la façon dont il s’est acquitté de sa tâche.

Est-ce comme cela que ça se passe? Les choses sont, bien sûr, un peu plus compliquées ;  d’abord, du côté des investisseurs. Il a souvent été dit que les actionnaires étaient «les propriétaires de l’entreprise». Cette assertion est juridiquement fausse. Les actionnaires (et les investisseurs en général) sont propriétaires d’une action ou d’une part du capital. Et cette part du capital, ou cette action, leur donne deux droits : d’abord celui de toucher des dividendes représentant une quote part du bénéfice réalisé par la société ; d’autre part, celui de désigner et contrôler l’action des personnes qui seront mandatées afin de gérer, au mieux de leurs intérêts, les fonds qui auront été ainsi mis en commun. Le pouvoir qu’ils exercent est donc un pouvoir au sein de la société commerciale, non un pouvoir qui s’exercerait au sein de l’entreprise.

Ce dispositif institutionnel est de la plus haute importance car il est permis d’affirmer que l’entreprise, en tant que telle, n’a pas de propriétaire. Un actionnaire qui se présenterait à sa porte en affirmant qu’il est chez lui pourrait, en droit, être éconduit. Quant à la propriété de la société commerciale, elle porte sur le capital mis à la disposition de l’entreprise, non sur l’entreprise elle-même. Le seul lien entre la société de capitaux et l’entreprise passe par la désignation, par les mandataires sociaux, de celui, de celle ou de ceux qui seront chargés, en leur nom, de gérer le capital mis à la disposition de l’entreprise afin que celle-ci le fasse au mieux fructifier. Parler de « propriété de l’entreprise » est donc un abus de langage, et ce n’est pas parce que cet abus est courant qu’il convient d’y céder. Les actionnaires sont propriétaires de leur action, cette action leur donne le droit de participer à  l’assemblée générale des actionnaires et d’y voter. Ils peuvent également la vendre, éventuellement avec profit. Rien de plus.

On en vient donc aux dirigeants proprement dits de l’entreprise. Ils ont été mandatés par la société commerciale. Il s’agit, soit des membres du directoire, mandatés par le conseil de surveillance représentant les actionnaires, soit du directeur général mandaté par le conseil d’administration, dont il est souvent par ailleurs président (ce cumul des fonctions par le P.-D.G. pouvant être dissocié entre président non exécutif et directeur général délégué). Ce pouvoir qui lui est ainsi confié, il va lui-même le déléguer de proche en proche, selon différentes fonctions, ce qui fonde la « hiérarchie » et permet d’en dessiner « l’organigramme ». L’objet de ces délégations de responsabilité successives reste, dans le cadre de la définition de fonction, de participer à la finalité de l’entreprise qui est de valoriser le capital investi. Ceci est très important également parce qu’il en résulte que le dirigeant qui ferait prévaloir, par exemple, la lutte conte les nuisances et le respect de l’environnement au détriment de l’intérêt des investisseurs pourrait être théoriquement taxé de détournement de fonds ou d’abus de biens sociaux; il lui faudra donc prouver qu’il est dans l’intérêt de ceux-ci de s’inquiéter de l’environnement; c’est ce qui s’appelle « prendre en compte les risques sociaux et environnementaux », ceci toujours dans l’intérêt bien compris des investisseurs.

La RSE a-t-elle sa place dans la politique de la société commerciale?

On aura compris que la RSE ne peut représenter qu’un objectif second par rapport à la finalité assignée à l’entreprise par les investisseurs. Et pourtant, nombreuses sont les entreprises qui se déclarent soucieuses de leur responsabilité vis-à-vis du personnel qu’elles emploient et à l’égard de leur environnement, nombreux sont les ouvrages, articles et colloques académiques qui sont consacrés à son développement. Comment expliquer une telle profusion?

Venant des acteurs académiques, il y a bien entendu le souci de promouvoir des solutions rendant compatibles l’activité des entreprises, les exigences de leur environnement humain et social, ainsi que les contraintes environnementales qui s’imposent aujourd’hui à l’humanité (on parlera alors de responsabilité sociale et sociétale de l’entreprise). Cette approche est cohérente avec la théorie des parties prenantes mise en avant par R.E. Freeman1R. E. Freeman, Strategic management, Cambridge university ...continue, qui pose l’entreprise comme devant être au service des ses différents shareholders que sont, certes les investisseurs, mais également les salariés, les clients, les fournisseurs et les collectivités humaines au sein desquelles s’exerce son activité.

L’entreprise, autrement dit, serait au service d’une finalité plus large que celle qui lui est assignée par les investisseurs. Le seul problème, c’est qu’un tel point de vue n’est généralement pas celui des détenteurs du pouvoir sur l’entreprise que sont les actionnaires, qui visent d’abord leur intérêt propre, donc la rentabilité du capital investi. Le problème n’est pas nouveau. Entre 1916 et 1919, Henry Ford eut à affronter deux actionnaires minoritaires, les frères Dodge, qui lui reprochaient d’avoir suspendu le versement du dividende auquel ils estimaient avoir droit en vue d’investir au plus vite dans le lancement du modèle T. Convoqué devant la cour du Michigan, il fit une déclaration, qui parut surréaliste, selon laquelle les profits étaient à ses yeux secondaires par rapport à l’opportunité de permettre l’accès du plus grand nombre des Américains au rêve de posséder une voiture. Ford perdit son procès. Il pratiquait sans le savoir le principe de la RSE mais il avait juridiquement tort.

La théorie des parties prenantes supposerait donc, afin de pouvoir s’appliquer, une modification du cadre institutionnel de l’entreprise2Dodge v. Ford Motor Co., 204 Mich. 459, 170 N.W. 668 (1919)..

Au-delà des intentions mises en avant, et si on fait exception d’un petit nombre de chefs d’entreprises visionnaires tels Henry Ford, comment analyser les pratiques des entreprises en matière de RSE (ou de RSSE) ? On en distinguera plusieurs:

Il y a en premier lieu le simple fait d’appliquer les prescriptions légales. Cela ne va pas de soi et il y a abondance d’exemples d’entreprises qui se sont efforcées de les ignorer, de les détourner ou même de les violer en connaissance de cause. Tel groupe pétrolier français est accusé par une ONG – qui parviendra à faire valoir son point de vue – d’avoir fait construire un oléoduc en Birmanie en recourant à du travail forcé. Tels constructeurs automobiles, allemands et français, sont accusés d’avoir techniquement déjoué les tests portant sur les émissions de particules par leurs véhicules. Il faut également tenir compte des efforts de lobbying visant à retarder l’interdiction d’un produit considéré comme dangereux pour la santé (tabac, substances chimiques ou médicamenteuses) ou néfaste pour l’environnement (exploitation des schistes bitumineux), éventuellement en mettant en avant des « résultats de recherche» venant de chercheurs indirectement sponsorisés à cet effet et dont les conclusions entrent en contradiction avec les travaux sur lesquels s’appuient les pouvoirs publics, ceci afin de jeter le doute sur la valeur de ceux-ci et de retarder l’interdiction d’une activité lucrative3Cf . Naomi Oreskes et Erik M. Conway, Les marchands de ...continue.

Bonnes intentions personnelles et pratiques frauduleuses, venant de l’entreprise, peuvent ainsi très bien coexister.

De tels comportements peuvent bien entendu s’accompagner, venant d’une entreprise, d’une politique visant à améliorer son image. La RSE cosmétique se présente alors comme une forme de publicité. Les producteurs d’énergie déclarent tous s’intéresser aux énergies renouvelables : réalité ou simple politique d’image ? L’entreprise pétrolière convaincue d’avoir eu recours au travail forcé en Birmanie aura préféré négocier une transaction dont le montant aura été présenté publiquement comme une contribution volontaire au progrès des droits de l’homme. Nombre d’entreprises soutiennent des projets humanitaires et en font étalage : un tel engagement correspond-t-il à une véritable conviction ou s’agit-il seulement, à un coût finalement peu élevé, de se rendre sympathique pour l’opinion ou d’éviter le risque d’être publiquement mis en accusation ? De même, bien entendu, de nombre d’intentions véhiculées dans les documents internes ou de réalisations finalement peu coûteuses mais fortement médiatisées. Quoi qu’il en soit et quelles que soient ses convictions personnelles, le chef d’entreprise pourra toujours mettre en avant, devant ses actionnaires, le fait qu’il a ainsi agi en vue de l’intérêt bien compris de la société qu’il préside en leur nom.

Ce souci de l’image explique l’attention apportée par les grands groupes au comportement de leurs sous-traitants, notamment de ceux qu’elles font travailler dans les pays à bas coûts de main d’œuvre. On se souvient des dégâts causés à l’image de Nike par le spectacle des conditions de travail dans les manufactures du sud-est asiatique4Cf. Naomi Klein, No logo, Actes Sud, 2000.. De là, ont commencé des audits réguliers visant probablement moins à contribuer au progrès social qu’à réduire le risque d’image. Bien entendu, en cas de crise, les communicants seront mobilisés en vue de réduire au maximum l’impact dans la presse ou sur les réseaux sociaux.

La mise en avant d’une politique RSE peut être, par ailleurs, une manière intelligente de se donner une image sympathique auprès des salariés qu’elle emploie ou auprès de ceux qu’elle souhaiterait recruter. Le collaborateur peut se sentir fier de travailler dans une entreprise qui soutient des projets humanitaires. Les affiches qui ornent les murs des campus des grandes écoles où elles recrutent leurs cadres mettent ainsi en avant les «valeurs» que l’entreprise est sensée promouvoir : autonomie, esprit d’équipe, contribution au progrès, possibilités d’évolution, etc. La RSE y figure bien entendu en bonne place. Reste à savoir si cet affichage correspond effectivement à la réalité. Il est permis en effet de penser qu’il s’agit là d’autant de messages publicitaires, conçues par leurs « communicants », visant à améliorer l’«image employeur».

La RSE peut toutefois correspondre à une volonté stratégique de l’entreprise lorsque celle-ci anticipe une évolution de la législation qui représenterait pour elle une somme de contraintes supérieure à celles qu’elle se donne volontairement. Elle peut également anticiper sur l’abandon prévisible de certaines technologies, compte tenu de leur impact environnemental, de la rareté croissante de certaines matières premières ou de l’évolution des prescriptions légales. Il s’agit alors de se donner un temps d’avance sur la concurrence. Ainsi par exemple du développement des véhicules électriques en lieu et place des moteurs à combustion, et notamment des moteurs diesel. On observera seulement que la stratégie de l’entreprise demeure subordonnée à son objectif d’une rentabilité maximale, éventuellement plus ou moins étalée dans le temps, même si son action est dissimulée derrière de nobles intentions. A cela s’ajoute que la technologie de remplacement peut susciter des problèmes restés irrésolus, mais que l’on évitera de mettre en avant, tel le traitement des accumulateurs usagés dans le cas du véhicule électrique.

On remarquera ainsi que l’existence d’une fonction dédiée à la RSE ou au développement durable ne préjuge nullement de l’importance réelle que leur accorde l’entreprise, et ceci quelle que soit la sincérité de ceux ou celles qui en sont chargés. Les réalisations qu’ils ou elles s’efforcent de faire aboutir peuvent en effet correspondre à une politique d’image, venant des dirigeants de l’entreprise, ou, tout simplement, à la mise en œuvre de prescriptions légales, ou encore à un objectif dissimulé de rentabilité. La bonne volonté des acteurs se trouve alors manipulée et mise au service, non de l’intérêt général, mais de celui des investisseurs.

Ce n’est pourtant pas toujours le cas. Il convient en effet de tenir compte ce qu’Adolph Berle appelait « la conscience du roi ». S’agissant des grandes entreprises, celui-ci prévoyait, en 1950, que la Direction des grandes entreprises, et notamment des grandes entreprises américaines, échapperait de plus en plus à l’influence des investisseurs et se soucierait de plus en plus des «problèmes de société»5Adolf Berle, Le capitalisme américain et la conscience du ...continue.

S’agissant des grandes entreprises, il se sera manifestement trompé. La conscience du roi, pourtant, est loin d’être absente des préoccupations de nombre de dirigeants d’entreprises patrimoniales. Elle se fonde sur l’existence d’un contrat social qui ne se limite pas à la recherche de l’intérêt financier des investisseurs ni à la dimension juridique des engagements de l’entreprise. Par exemple, un dirigeant qui a été à l’école avec certains des collaborateurs dont il est aujourd’hui l’employeur ne va pas délocaliser ses activités dans le seul souci d’augmenter son R.O.I. Il connaît ses équipes et il ressent une obligation personnelle à leur égard. Quel que soit l’encadrement institutionnel de l’entreprise et ses droits en tant qu’investisseur, il se sent un devoir moral à l’égard des membres de la communauté de travail qu’il anime et du territoire sur lequel il exerce ses activités. Il sort de la logique économique et financière pour se fonder sur une posture d’origine morale. A ses yeux, pour reprendre le vocabulaire de Karl Polanyi6Karl Polanyi, La Grande transformation, Gallimard, col. ...continue, les réalités humaines et sociales ne sont pas «enchâssées» dans une vision économique unidimensionnelle, c’est au contraire l’activité économique qui se trouve enchâssée dans son cadre social et culturel.

Cette démarche lui est évidemment facilitée par le fait qu’il y a identité entre le dirigeant et l’investisseur. Comme l’affirme un chef d’entreprise moyenne très connu: «pour décider un investissement humain, je dois demander l’autorisation de mon actionnaire, et ceci se trouve facilité par le fait que l’actionnaire, c’est moi… ». Mais il n’en va pas de même, bien évidemment, dans la public company américaine où le dirigeant est tenu de présenter ses résultats trimestre par trimestre et qui sait qu’il risque son poste s’ils ne sont pas satisfaisants selon les critères des marchés financiers. Voilà également pourquoi certains patrons d’entreprises patrimoniales, étant soucieux d’être fidèles à ce qu’ils considèrent comme étant de leur devoir sur le plan humain et social, cherchent à s’autofinancer afin d’éviter d’avoir à faire appel au marché financier. Pour eux, la société commerciale n’est qu’un simple habillage de leur activité professionnelle.

Une condition du développement de la RSE: la transformation du cadre institutionnel de l’entreprise

Si on laisse de côté le cas de l’entreprise patrimoniale, dont le statut juridique n’est qu’un simple habillage formel, la société commerciale, dès lors qu’elle soit à la bourse ou détenue par un fond de pension ou d’investissement, doit se soucier d’abord de  sa rentabilité, celle-ci étant évaluée parfois à très court terme. L’entreprise se réduit alors à n’être plus qu’un moyen au service d’objectifs financiers. A moins de n’être qu’une pétition de principe dépourvue d’un réel engagement, sa responsabilisation sociale et sociétale exigerait préalablement sa reconnaissance en tant que sujet de droit et en tant que communauté humaine insérée dans une collectivité plus large. Il ne s’agirait rien moins que d’une révolution, non seulement juridique, mais également philosophique.

Notre système juridique est en effet directement issu du « siècle des Lumières » français. Voltaire, Diderot et quelques autres mettent alors en cause les contraintes exercées par le réseau complexe des droits et devoirs qui structuraient alors les communautés humaines. Ces droits et devoirs issus de la tradition et de la religion avaient pour conséquence, estimaient-ils, d’entraver la liberté individuelle. Il s’agissait donc de promouvoir celle-ci en la fondant d’une part sur la propriété privée et d’autre part sur la liberté du commerce. A peu près à la même époque, les philosophes utilitaristes anglais, et notamment Jérémie Bentham, proclamaient que l’agir humain reposait sur l’utilité que l’intéressé y trouvait, autrement dit sur son intérêt. Les bases du droit et les principes de l’économie politique étaient ainsi fixés.

La propriété, toutefois, était une propriété individuelle; elle assurait l’indépendance du propriétaire en lui permettant de travailler avec ses propres outils et de vivre de sa production; toutefois, aussi grande fut sa fortune, celle-ci ne lui permettait pas de réunir et de mobiliser les vastes capitaux nécessaires au développement de l’industrie naissante. D’où l’invention de la société de capitaux. La société de capitaux allait devenir sujet de droit dans les mêmes conditions que le sujet humain; elle serait propriétaire des biens investis dans l’entreprise, avec la vocation de les faire fructifier pour le compte de ses membres. L’entreprise était ainsi réduite à ses actifs matériels; d’une part, sa composante humaine était entièrement oubliée; d’autre part, ses externalités négatives (dégâts infligés à son environnement ou valeur des stocks de matières premières puisées dans les ressources non renouvelables de la nature, autrement dit, les biens communs) étaient laissées à la charge de la collectivité.

Le caractère intolérable d’une telle limitation de la responsabilité de ceux qui dirigent l’entreprise au nom des actionnaires apparaît aujourd’hui; et c’est dans ces conditions que l’on en est venu à parler de RSSE. Mais ce n’est pas pour autant que l’on a remis en cause le pouvoir des détenteurs du capital au profit des autres parties prenantes de l’entreprise, et notamment de celles au détriment desquelles interviennent les externalités négatives. Il faudrait, pour cela, que l’existence de l’entreprise, sur le plan juridique, soit reconnue en tant que telle, indépendamment de l’existence des détenteurs du capital auxquels elle se trouve subordonnée.

Rappelons que la responsabilité de l’actionnaire se limite à l’usage qu’il fait de son action (l’acheter, la vendre, voter aux assemblées générales en faveur de ceux qui seront ses mandants). La responsabilité des administrateurs, de leur côté, consiste à agir conformément aux intérêts des actionnaires qui les ont désigné à cet effet, au moins dans le cadre des lois en vigueur là où la conduisent les activités de la société. Leur rôle n’est pas d’agir dans le sens des intérêts des salariés ou des collectivités publiques dès lors que ceux-ci ne vont pas dans le sens des intérêts des actionnaires. Les intérêts des uns et des autres ne pourraient être pris en considération que si l’entreprise bénéficiait de son autonomie par rapport à la société commerciale, ce qui supposerait qu’elle accède à la qualité de sujet de droit, indépendamment de celle-ci.

Comment y parvenir? La question est complexe, mais on peut mettre en avant plusieurs pistes d’action. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, nombre d’auteurs, et notamment d’auteurs américains, ont cru observer une évolution substantielle du capitalisme, le pouvoir des dirigeants, estimaient-ils, échappant de plus en plus aux actionnaires et à leurs mandants pour se concentrer en la personne des dirigeants. Tel était notamment le point de vue développé par Adolf Berle, déjà cité plus haut, par James Burnham7James Burnham, The managérial révolution, 1941, tr. fr. ...continueou par J. K. Galbraith8J. K. Galbraith, tr. fr. Le nouvel Etat industriel, ...continue. C’était compter sans la puissance des banques et des fonds d’investissements. Et il est clair aujourd’hui que les dirigeants d’entreprises cotées en bourse sont plus que jamais, malgré les espoirs de Berle, dépendants des exigences de leurs bailleurs de fonds.

Pendant longtemps, en France (de 1945 à 19749Année de présentation du « Rapport Sudreau ».), fut évoquée l’idée d’une «réforme de l’entreprise» visant à la faire échapper à l’influence unique des financiers. L’expression était maladroite dans la mesure où il s’agissait plutôt d’aboutir à sa reconnaissance en tant que telle. Les solutions mises en avant allaient dans le sens du modèle allemand de la co-surveillance, les salariés participant au même titre que les actionnaires à sa gouvernance et se trouvant représentés dans un conseil d’entreprise présidé par un élu du personnel et disposant de droits étendus10Cf. notamment François Bloch-Lainé, Pour une réforme d ...continue. Le collège des actionnaires et le collège des salariés eussent disposé ainsi de droits relativement équivalents, le chef d’entreprise devant tenir compte du point de vue des uns et des autres. Un tel dispositif institutionnel, toutefois, ne permet pas l’expression des intérêts des collectivités publiques et de leurs éventuelles préoccupations environnementales. D’où l’intérêt du projet porté par l’Académie du travail et des relations sociales de la Fédération de Russie, qui consisterait à fonder la gouvernance de l’entreprise sur des négociations entre management, syndicat et pouvoirs publics à partir d’un état des lieux établi sous forme d’un audit réalisé par une instance extérieure indépendante.

Ainsi seraient pris en compte simultanément le point de vue des investisseurs, celui des salariés et celui des pouvoirs publics, ceux-ci représentant les collectivités au sein desquelles l’entreprise exerce son activité. Dans un tel contexte, la RSSE ne serait pas un vain mot, se trouvant assise sur un véritable dispositif institutionnel. Bentham et les promoteurs de l’économie libérale affirment que l’individu est entièrement animé par le souci de son intérêt personnel. Or, cette figure de l’homo oeconomicus, qui fonde aujourd’hui tout notre système juridique et économique, ne correspond ni aux préceptes issus des grandes traditions religieuses ni aux faits sociaux analysés par les anthropologues. L’homo oeconomicus, cette invention des économistes, demande donc à être renvoyé au cimetière des idées fausses. Alors il pourra de nouveau être question de la «vie bonne» qu’évoquait Aristote, et des moyens de «faire société». Mais n’est-ce pas envoyer aux oubliettes tous les principes de la supposée «science économique»?11Gilbert Rist, L’économie ordinaire entre songes et ...continue

Conclusion générale

On ne reviendra pas ici sur les dangers que le mode de développement qui s’est imposé mondialement fait aujourd’hui peser sur l’avenir de l’humanité. Les effets du  réchauffement climatique, l’ampleur des pollutions de toutes sortes, la baisse accélérée de la biodiversité, la disparition de certaines ressources indispensables, imposent la RSSE comme une urgence. Or, la plupart des grandes sociétés cotées se préoccupent avant tout de leur rentabilité à court terme. II en résulte que l’humanité court à sa perte alors même que le péril où elle se trouve est aujourd’hui parfaitement documenté. La question cruciale est donc la suivante: comment en finir avec le comportement irresponsable de la plupart des public companies?

Une première solution serait de faire confiance à l’action des pouvoirs publics. Ceci, pourtant, ne serait guère raisonnable. D’une part, les pouvoirs publics sont très sensibles au lobbying venu d’industries hautement polluantes en faveur du statu quo. D’autre part, leur image auprès du public – et donc des électeurs, s’il s’agit de régimes démocratiques – est largement conditionnée par leur capacité à créer les conditions d’une croissance économique aussi forte que possible, compte tenu de ses effets attendus sur l’emploi et sur le pouvoir d’achat. Or, ceci a pour effet de rejeter à l’arrière plan les préoccupations écologiques. Autre obstacle: les difficultés de trouver, au-delà des déclarations d’intentions, un accord opérant au niveau international, qui constitue le niveau où devraient se traiter les problèmes environnementaux. Il n’en reste donc qu’une politique consistant à faire évoluer la législation en interdisant les activités les plus polluantes ou les plus dommageables pour l’environnement, mais ceci d’une façon très insuffisante pour éviter le réchauffement climatique et ses effets désastreux.

Restent les deux voies proposées plus haut. La première consisterait à faire en sorte que l’entreprise échappe à la domination aujourd’hui exercée par la finance, compte tenu du mécanisme de la société de capitaux, et à faire en sorte qu’elle soit conduite à tenir compte de l’ensemble de ses parties prenantes, ce qui passe par la reconnaissance de l’entreprise en tant que sujet de droit. On peut espérer en effet qu’il en résulterait un débat qui laisserait une place à l’urgence environnementale. La deuxième serait d’en finir avec l’existence même de la société anonyme en tant que fiction juridique génératrice d’irresponsabilité et à faire confiance à l’entrepreneur qui risque son propre argent ou celui de ses proches. La «conscience du roi» qu’évoque Adolph Berle, c’est-à-dire le souci du bien commun, ne saurait être confiée à des organismes anonymes, elle implique un engagement personnel qui ne se limite pas à la volonté de «faire de l’argent». Or, le véritable entrepreneur n’a jamais comme perspective unique de «faire un maximum d’argent». Son action ne prend tout son sens que dans sa contribution à la communauté humaine dont il est membre et partie prenante.

References   [ + ]

1. R. E. Freeman, Strategic management, Cambridge university press, 1984.
2. Dodge v. Ford Motor Co., 204 Mich. 459, 170 N.W. 668 (1919).
3. Cf . Naomi Oreskes et Erik M. Conway, Les marchands de doute, Le Pommier, 2010.
4. Cf. Naomi Klein, No logo, Actes Sud, 2000.
5. Adolf Berle, Le capitalisme américain et la conscience du roi, tr. fr. Armand Colin, 1957.
6. Karl Polanyi, La Grande transformation, Gallimard, col. Tel, 2011.
7. James Burnham, The managérial révolution, 1941, tr. fr. L’ère des organisateurs, Calmann-Levy, 1947.
8. J. K. Galbraith, tr. fr. Le nouvel Etat industriel, Gallimard, 1969.
9. Année de présentation du « Rapport Sudreau ».
10. Cf. notamment François Bloch-Lainé, Pour une réforme d l’entreprise, Le Seuil, 1963.
11. Gilbert Rist, L’économie ordinaire entre songes et mensonges, Les presses de la Fondation nationales des Sciences politiques, 2010.


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Pour citer cette article

, "La constitution de l’entreprise sous forme de société commerciale est-elle compatible avec la RSE?", RIMEC [en ligne], 03 | 2019, mis en ligne le 11 mars 2019, consulté le 27 May 2019. URL: http://www.revue-rimec.org/la-constitution-de-lentreprise-sous-forme-de-societe-commerciale-est-elle-compatible-avec-la-rse/