Table des matières
- 1 Introduction
- 2 Tourisme international : facteur de développement dans l’oasis de Douz ?
- 3 Tourisme et effets socioculturels : une société en perte de repère
- 4 La Tunisie saharienne : le tourisme culturel existe-t-il ?
- 5 Conclusion
Introduction
Depuis les années soixante, le tourisme en Tunisie s’inscrit comme l’une des stratégies prioritaires du développement économique du pays. Un choix qui explique les performances remarquables de l’offre et de la demande touristique, l’encadrement du secteur par des organismes étatiques (Office National du Tourisme Tunisien, Agence Foncière Touristique, etc.) et les encouragements accordés aux promoteurs et actionnaires privés dans ce domaine. C’est un secteur en pleine expansion, qui rapporte d’importantes recettes en devises, et qui constitue un débouché pour les autres secteurs de l’économie, offrant un nombre important d’emplois permanents et saisonniers. Cependant, le contexte actuel montre l’entrée du tourisme tunisien dans une crise structurelle liée, notamment, à l’essoufflement d’un modèle classique de tourisme de masse dans un espace méditerranéen à forte concurrence touristique.
Aujourd’hui, le modèle touristique tunisien se trouve confronté à des contraintes liées essentiellement au phénomène de saisonnalité de cette activité, à l’ancienneté des infrastructures et des équipements touristiques balnéaires, à l’aménagement de l’espace touristique et sa forte concentration littorale, à la pression touristique et ses conséquences sur l’environnement, et à la puissance des tours opérateurs et des agences de voyage européens qui contrôlent la chaîne commerciale de distribution du produit tunisien.
Face à la crise profonde que connaît le tourisme tunisien, le développement et la mise en futur de nouveaux espaces touristiques deviennent une nécessité urgente pour assurer la survie de l’activité à long terme. Les régions intérieures de l’arrière-pays de la Tunisie disposent d’un potentiel touristique considérable en termes de produit cultuel, de produit saharien, voire pour un écotourisme axé sur la nature et la découverte des espaces ruraux.
Les espaces périphériques disposent d’un grand nombre de monuments archéologiques et historiques, mondialement reconnus qui témoignent d’une importante présence historique. Sept sites culturels font partie de la liste du patrimoine mondial (Carthage, la Médina de Tunis, l’Amphithéâtre d’El Jem, Kerkouane, la Médina de Sousse et celle de Kairouan et le site de Dougga), auxquels s’ajoutent un très grand nombre de musées implantés dans les grandes villes et les principaux sites touristiques du pays. De son côté, le Sahara tunisien met à la disposition de ses visiteurs des produits intéressants et diversifiés : des implantations humaines, des villages de montagne, des oasis, etc.
Enfin, la Tunisie dispose également d’une grande diversité naturelle et biologique qui constitue un atout d’attractivité touristique axée sur la nature et la biodiversité, auxquels s’ajoutent la présence d’un ensemble de parcs nationaux qui offrent des attraits touristiques et un potentiel économique qui pourraient constituer un support de développement aussi bien pour les régions de localisation de ces parcs que pour l’ensemble du pays.
La problématique de ce travail sera axée sur le repérage de différentes mises en valeur touristiques des sites oasiens et sahariens dans cette zone. Elle sera axée également sur les contraintes de cette exploitation touristique.
Devant le développement vigoureux du tourisme international et les nombreuses tentatives, heureuses ou malheureuses, de faire de cette activité le fer de lance de la croissance économique, nous nous trouvons face à la question suivante : l’activité touristique génère-t-elle des bénéfices sociaux ou des inconvénients sur les milieux d’accueil ? De quelle nature sont ces conséquences positives ou négatives ? Comment le patrimoine s’insère-t-il dans la stratégie de développement d’une commune touristique ?
C’est ce que nous allons mettre en exergue dans cette communication à travers l’exemple du tourisme saharien en Tunisie et plus précisément l’oasis de Douz.
Tourisme international : facteur de développement dans l’oasis de Douz ?
Douz : une ville oasienne en milieu aride
Douz (fig. 1 et 2), ancienne base militaire du protectorat français, est la ville des Merazig (Bisson, 2000), anciens pasteurs semi-nomades dont le début de la sédentarisation accélérée date d’à peine cinquante ans. Les Merazig est une société tribale fondée autour d’un saint homme : Sidi Merzoug (Bisson). Néanmoins, cette société tribale, apparemment unie, relève d’un fractionnement : entre les Merazig de Douz et de 1’Aouina et secondairement, entre ceux de Douz Chergui et de Douz Gharbi.
Douz qui n’était qu’en 1948 « qu’une grosse bourgade de forme anarchique » (Seran, 1948, p. 9) s’est très rapidement développée. Elle est devenue une commune urbaine de 38 537 habitants en 2014 qui s’étend sur 3 Km2, en un peu moins de cinquante ans.
Selon Bisson (2000), on peut « aisément concevoir la formidable croissance de la ville et imaginer l’originalité des structures sociales et spatiales ainsi mises en place ; une ville qui contraste d’autant plus avec les deux autres pôles du Nefzaoua1Les deux autres pôles du Nefzaoua sont Kébili (28 km au ...continue que ces derniers sont essentiellement des vieux sédentaires cultivateurs » (p. 10).
Au plan économique, depuis que Douz a été désignée la capitale du tourisme saharien du Nefzaoua à la fin des années quatre-vingt, les bases de l’économie de 1’oasis, 1’agriculture et 1’élevage, sont fortement concurrences.
Cette appellation de « capitale du tourisme saharien », est aujourd’hui renforcée par celle de « porte du Désert » : ainsi, quelles sont les dynamiques qui ont fait passer 1’oasis de Douz, d’une ancienne bourgade à la capitale du tourisme saharien ?
De la mise en tourisme à la commune touristique
Touristification
En 1948, selon Seran (1948), Douz s’apparente à « un cul de sac car la piste qui y (Douz) mène ne va nulle part ailleurs ; ce n’est donc pas un lieu de passage et Douz n’est visitée que par ceux- là seulement qui veulent réellement y venir la voir au prix d’innombrables difficultés, tant d’accès que de séjour. Les touristes n’y viennent pas » (p. 7). En 2010 Douz compte plus de 4100 lits et dénombre 417 844 arrivés et 458 468 nuitées : en à peine soixante ans, Douz2La Commune de Douz fut créée le 9 janvier 1957. est passée d’une bourgade à une commune touristique. Alors, quelles ont été les conditions d’émergence du tourisme à Douz ?
L’émergence du tourisme à Douz date de 19673Propos recueillis lors d’un entretien avec le porteur du ...continue, sous une initiative locale et l’aide des pouvoirs publics. A cette date, le tourisme se localisait en un seul lieu : un café-restaurant avec une piscine, nommé le « Marhala » situé dans la palmeraie4A cette époque et même encore aujourd’hui dans ...continue de Douz. II faisait partie du « triangle de relais »5Les deux autres relais se localisent près de point d’eau ...continue des premières formes de tourisme saharien. Les touristes étaient acheminés par l’intermédiaire du « Club Med ». De ces relais partaient les premières méharées avec des chameliers et des dromadaires ou en véhicules tout terrain.

En 1975, la première agence officielle fut créée à Douz sous le nom de « Douz Voyages ». L’image de qualité et de satisfaction, qui se diffusait de ce type de tourisme et de cette agence a attiré de plus en plus de touristes. Le Marhala s’est alors transformé en hôtel. Puis en 1979, un deuxième hôtel -le Saharien- fut construit face à celui-ci. De cette réussite ont émerge des nouveaux hôtels dans le centre-ville de Douz, et de nouvelles agences de voyages.

Mais c’est essentiellement avec l’essaye de développement du tourisme saharien datant de 1994, que Douz s’est transformé en un lieu touristique. Ce renouvellement a permis 1’approbation de la proposition d’aménagement d’une zone touristique datant de 1979. D’ailleurs à cette date, la commune avait déjà régi la zone touristique par un plan d’aménagement. En 1988, le seul espace envisageable pour la commune était hors du périmètre communal en lisière sud. L’emplacement de la zone touristique avait deux possibilités au nord et au sud. Cependant, par crainte que les taxes et les bénéfiques ne reviennent à la commune de Kebili, le site du sud c’est vu être sans contestation l’emplacement retenu.
Les avantages engendrés par la nouvelle politique tunisienne, ont incité les grands professionnels du tourisme à acquérir les terrains de la zone touristique. De trime, la commune de Douz a orienté ses budgets et ses projets en faveur du développement touristique. Tout d’abord, en améliorant 1’accessibilité à Douz et à la zone touristique. Celle- ci est une grande préoccupation pour la commune. En effet, 1’accessibilité est une de majeure de l’espace touristique (Dewailly et Flament, 1993), puisqu’elle est, d’une part garant de 1’arrivée d’un certain nombre de touristes et d’autre part, elle permet le développement de projets touristiques. C’est pourquoi, la part du budget accordée pour par la voirie est importante dans chaque budget communal.
Le tourisme à Douz : une activité de plus en plus variée
Le tourisme à Douz fait partie du tourisme saharien en raison de la localisation de Douz en bordure du grand Erg Oriental. En effet, le tourisme dans cette ville renvoie au désert et à ses référents6 Les référents au désert sont aussi bien les éléments ...continue. Avec cette orientation politique, 1’activité touristique s’est diversifiée. Ainsi, 1’hébergement touristique passe du simple hébergement comme les hôtels non classés ou les campings, à toute une série d’activités dans les hôtels de la zone touristique. Aujourd’hui, la délégation de Douz compte six hôtels non classés, quatre campings, sept campements, un relais dans le désert et une zone touristique extravertie du centre composée de cinq hôtels, de 3* et un de 4* et 14 agences de voyages7Ce Sont uniquement les agences officielles, c’est-à-dire ...continue. La ville comporte également des espaces de loisirs et culturels : le musée du Sahara, le zoo, des espaces verts et des centres d’animations.
Cette variété d’établissements permet d’identifier plusieurs types de tourisme8Le classement des pratiques touristiques est basé sur le ...continue :
- Le tourisme « individuel » ou en groupe restreint. Il est défini par les touristes venus par leur propre moyen pour réaliser un séjour dans le désert seul ou avec une agence ou pour visiter 1’oasis.
- Le tourisme de « groupes excursionnistes » symbolise par le passage chaque jour d’une centaine de bus et véhicules 4×4 venu du littoral. Leur activité principale à Douz est la ballade en dromadaire au coucher ou lever de soleil. Les touristes en groupes sont hébergés dans des hôtels massifs. Ce tourisme dépend du tourisme balnéaire qui se traduit en Tunisie par le tourisme de masse.
- Le tourisme de « luxe » dans les hôtels 4 étoiles.
Elle permet également d’identifier différentes pratiques touristiques telles que :
- Le tourisme « saharien » au sens propre. C’est-à-dire avec les séjours (méharée ou trekking) dans le désert, où Douz sert de point de départ. Ce tourisme tend aujourd’hui vers le tourisme « sportif ». En effet, outre les randonnées (trekking), il se développé des méharées en quad, des courses dans le désert et sur les dunes au sud de Douz s’aménagent des circuits de quad et karting.
- Le tourisme d’« affaire » défini par les conférences et les repas d’affaires effectués dans les hôtels de la zone touristique.
- Le tourisme de santé mis en valeur par les stages de relaxation dans le désert (au campement de Jbil).
- Le tourisme « culturel » grâce au musée reflétant la vie bédouine, aux visites d’anciennes habitations, etc.
Ainsi, au sein de la ville de Douz et ses environs, cohabite toute une palette de tourismes. Ils sont parfois antagonistes, comme le tourisme de masse et de luxe concentrés en un même lieu, la zone touristique. Ceci est le résultat de 1’emprise du tourisme par d’importants hommes d’affaires. Ces derniers qui ne connaissent pas ou peu la région, reproduisent les projets touristiques littoraux sans en mesurer les conséquences.
L’orientation touristique a généré la transformation d’une part de certains lieux touristiques et d’autres parts de certains lieux non touristiques. Parallèlement nous pouvons observer la mutation progressive de la société vers un nouveau mode de vie et les effets positifs de l’activité touristique sur l’économie locale.
Le tourisme individuel : pilier de l’économie touristique locale
Le tourisme individuel, par ses pratiques génère une dynamique économique locale, du fait que le touriste réside, dans le centre-ville de Douz ou à proximité, pour plusieurs jours. Ce tourisme va permettre des retombées sur l’économie locale : hébergements, achats alimentaires et d’articles artisanaux, consommations dans les cafés et les restaurants, réparations ou vérifications des véhicules dans les garages, utilisations des publinet9 Local regroupant des cabines téléphoniques. vers 1’international, etc. De plus, dans notre étude de cas, ce type de tourisme est plus respectueux envers la population locale et 1’environnement que le tourisme de masse de la zone touristique. Il pourrait être 1’archétype d’un tourisme durable à Douz avec certains critères à respecter (capacité de charge du milieu, utilisation des guides locaux, etc.) et d’autres à développer (artisanat local, mesures environnementales, etc.).
La particularité du produit proposé par les agences de Douz réside dans son articulation avec l’économie locale, puisque 1’approvisionnement des séjours se fait à Douz (nourriture, tentes, etc.). De même, le recrutement des employés fixes, des cuisiniers, des chameliers, et des guides supplémentaires se fait localement. Ce recrutement local permet aux habitants d’augmenter leurs revenus. Avant chaque départ dans le désert, les employés de 1’agence conseillent aux touristes de se fournir de quelques vêtements nécessaires (chèche, burnous, etc.). Quant aux randonnées organisées par les commerçants, le gros matériel (tentes, matelas, etc.) est loué à des habitants, et le reste est acheté dans les commerces de la ville.
Ainsi, le tourisme individuel et le tourisme saharien permettent un développement économique de Douz, tant en apport de devises qu’en terme de création d’emploi.
En effet, le développement touristique a pour première conséquence positive, la croissance de l’emploi local et entre autres du salariat. Cependant, le nombre d’emplois créés est très complexe à déterminer. Le tourisme est reconnu comme un secteur pourvoyeur d’emplois et générateur d’effets d’entrainements sur les autres activités. Ainsi, nous avons tenté d’identifier les emplois liés au tourisme qui relèvent de trois types directs, indirects et induits. Les emplois directs : hébergements, restaurants, cafés, services récréatifs spécifiques, agences de voyages, ne relèvent pas de sources précises. L’ONTT, qui est chargé de totaliser le nombre d’emplois directs et indirects de 1’activité touristique, se base sur une méthode statistique issue d’une enquête. Ainsi, pour dénombrer les emplois directs de la zone étudiée, nous multiplions par 0,45 la capacité hôtelière, et par 3 les emplois directs pour chiffrer les emplois indirects.
Les emplois directs en 2008, s’élèvent selon 1’ONTT à 2 58710Ce chiffre ne comprend pas les hôtels non classés du ...continue et à 2 700 pour l’Office du Développement du Sud pour 1’ensemble du gouvernorat de Kebili.
Dans la zone touristique de Douz en février 2008, nous dénombrons 476 employés permanents dont 65 femmes et 250 employés non permanents (temporaires ou saisonniers) dont 33 femmes11Statistiques provenant d’une enquête du bureau de ...continue. Elles représentent 7,6 % des employés de la zone touristique. La majorité des employés sont de Douz, et occupent essentiellement des postes de « femme de ménage » ou de « femme de chambre »12Sources personnelles (d’après nos travaux de terrain à ...continue. Les femmes cadres -très minoritaires- proviennent des grandes villes littorales ou du nord de la Tunisie.
Le total des salariés de 1’hôtellerie du centre-ville s’élève au maximum à dix personnes, le nombre diminue selon le nombre de clients.
Le nombre d’employés dans les quatorze agences de voyages varie selon la demande touristique, avec une part d’employés fixes13Le nombre d’employés temporaires et le nombre de ...continue et une autre d’employés temporaires, ainsi que des personnes recrutées au séjour. Nous pouvons comptabiliser entre cinq et dix- huit employés fixes selon les agences.
En ce qui concerne les emplois indirects et induits, ils vont des employés municipaux – entretenant les allées de la zone touristique et de la ville- aux garagistes en passant par les commerces d’ « artisanat » et par ceux qui œuvrent à la restauration du patrimoine historique local. Les emplois liés au tourisme sont donc très différents et de ce fait difficilement quantifiables.
Toutefois, ce développement économique de la zone étudiée a pu générer un dynamisme réciprocité entre tourisme et patrimoine. Alors, comment le patrimoine s’insère-t-il dans la stratégie de développement d’une commune touristique ?
Tourisme et patrimoine : dynamique réciproque ?
Selon Brodhag et al., (2004), « Le patrimoine est constitué de l’ensemble des éléments matériels et immatériels qui concourent à chacun à maintenir et à développer l’identité et l’autonomie de chacun dans le temps et l’espace » (p. 166). Depuis 1’émergence de la notion de développement durable, la notion de patrimoine a évolué en prenant en compte une nouvelle approche. Le patrimoine se révélait comme 1’ensemble des richesses acquises au cours du temps. Aujourd’hui, il prend une définition complexe avec une dimension spatio-temporelle. La notion de patrimoine était figée dans le passé et elle est devenue évolutive au cours du temps. La complexité de la notion du patrimoine repose entre autres sur 1’élargissement de son champ puisque désormais il intégre « sans exclusive des aspects économiques, socioculturels, urbanistiques, écologiques etc., ceci afin que protection, sauvegarde, valorisation et intégration / appropriation de ce secteur soient considérées comme une seule et même activité, inhérente aux préoccupations de chaque citoyen » (Sekik, 2001, p. 24).
Cette nouvelle approche du patrimoine permet de s’intéresser à autre chose qu’aux seuls monuments et sites historiques et ethnographiques et intégrer chaque citoyen. Le patrimoine dans son acception la plus large se trouve dans la logique des nouvelles orientations de la Tunisie, cela nous renvoie à la question : comment s’insère le patrimoine dans la stratégie de développement d’une commune touristique ?
Le développement du tourisme a permis aux institutions locales de prendre conscience de la notion de patrimoine et de sa valeur. II existe une interaction réciproque entre ces deux concepts : le développement touristique engendre une mise en valeur du patrimoine qui concourt elle-même au développement touristique. Le patrimoine est « comme un outil de développement » (Sekik, 2001, p. 25).
La ville intègre le patrimoine dans sa stratégie. Elle consacre ainsi un fort pourcentage de son budget à la « mise en valeur de son patrimoine »14Le budget municipal est principalement consacré au ...continue.
Du point de vue urbanistique dans le centre-ville, les institutions ont fait rénover la place du souk et édifier cinq statues symboles de la culture et des valeurs locales. Par exemple, la place des Martyres symbolise les personnes fusillées par les troupes françaises lors du protectorat français, ou encore, la statue représentant l’importance de 1’eau.
Outre l’aspect urbanistique, le patrimoine de Douz intègre toute une dimension culturelle.
Un musée du Sahara portant sur les traditions bédouines a été construit. II permet aux touristes de percevoir certaines traditions. Néanmoins, dans son objectif de « sauvegarde culturelle », il a également figé et muséifié « une partie du patrimoine socioculturel de la région » (Elfaleh, 2010, p. 2012).
L’aspect culturel du patrimoine est également promu par certaines personnes de la population. Prenons 1’exemple des artisans qui permettent de conserver certains savoir-faire comme celui de la fabrication des chaussures sahariennes. De même, les commerçants d’artisanat et certaines agences de voyages contribuent à la préservation de ce patrimoine culturel. Les uns par la mise en valeur de leurs boutiques et les autres par 1’initiation de certaines pratiques de la vie dans le désert.
Par rapport à 1’environnement, nous pouvons citer l’aménagement de zones vertes. Les pouvoirs publics locaux tentent également de donner un aspect de propreté à la commune15La commune a été promue « la commune la plus propre de ...continue. Cependant, 1’environnement n’est pas considéré comme un patrimoine ni par les institutions ni par la population, et il est peu préservé.
Il en résulte un patrimoine qui n’est pas pris dans son approche globale tant par les institutions que par la population. Dès lors, une part du patrimoine socioculturel se perd et engendre un impact négatif en termes d’emploi16Un grand nombre d’emplois artisanaux ne se pratiquent ...continue.
La dynamique réciproque entre le tourisme et le patrimoine, telle qu’elle se présente actuellement dans l’oasis de Douz, ne permet pas une mise en valeur totale du patrimoine. Elle est même parfois antagoniste au développement de certains champs du patrimoine comme l’environnement. En effet, le développement touristique a certes permis la mise en valeur du patrimoine mais le « tout tourisme » crée une dynamique négative sur le patrimoine dans son acceptation la plus large. Ainsi, l’étude sur le patrimoine et les retombées économiques, met en avant certaines faiblesses du tourisme comme moteur de développement. L’espoir placé dans cette activité il y une vingtaine d’années n’est pas encore appréciable. L’adaptation à la demande du tourisme n’a pas permis son adéquation avec le milieu local, et ce, en raison du développement du tourisme de « masse », de la zone touristique, dépendant du littoral en parallèle du tourisme « individuel ».
Néanmoins, le faible apport du tourisme saharien en terme économique n’exclut pas 1’important passage des touristes (environ 4 000 par jour). Ce passage engendre un contact entre deux sociétés très différentes. Alors, bien que nous ayons mis en exergue quelques apports positifs de ce contact entre touristes et société locale, ces apports se trouvent controversés par 1’importance des effets plus ou moins ressentis et perçus comme néfastes pour la société locale.
Tourisme et effets socioculturels : une société en perte de repère
Le tourisme a indéniablement engendré une modernisation de l’oasis de Douz où aujourd’hui se mêlent tradition et modernité sur un même territoire. Il a apporté un contact entre deux sociétés très différentes. Selon Kassah (1996), « Le choc culturel et civilisationnel est d’autant plus fort que les merazigues étaient attachés jusqu’à date récente aux valeurs et mythes d’une communauté semi-nomade solitaire » (p. 286).
L’acculturation par le tourisme
Culture étrangère : entre rejet et substitution
Les géographes ont étudié depuis longtemps les effets sociaux du tourisme. En effet, le tourisme international se traduit par la mise en confrontation de deux cultures, celle des visiteurs et celle des autochtones. Suivant l’’intensité de la présence étrangère et suivant la résistance de la société locale, le processus d’acculturation est un « phénomène de contact et d’interpénétration entre civilisations différentes » (Boudon, 1973, p. 77), résultant naturellement de ce contact, conduira à une modification superficielle, une altération sérieuse, une mutation générale ou une aliénation définitive des systèmes de valeurs traditionnelles.
Pour Cazes (1992), « II est plus pertinent de parler de bigarrure culturelle que de substitution absolue d’une culture à l’autre : le résultat est un système dual (ou mixte) de mode de vie et de pensée, une combinaison complexe, variable selon les classes d’âges, les catégories socioprofessionnelles, le niveau d’éducation, le degré de familiarité avec les visiteurs » (p. 97).
En effet, nous pouvons constater dans 1’oasis de Douz ce système dual. II existe une opposition entre les personnes de plus de cinquante ans, caractérisées par leur pensée bédouine17D’ailleurs la plupart d’entre eux se disent avant tout ...continue avec celles d’âge inférieur. La pensée bédouine est marquée par l’attachement aux traditions, et accepte mal 1’effet de modernisation introduit par le tourisme.
« Ces gens-là ont bouleversé le crane de nos jeunes de manière insupportable (…) Avant quand nous étions petits, je prenais un livre du coran, ou d’histoire, on pouvait bavarder avec les jeunes et aujourd’hui ils n’ont plus rien, que les cernes, la musique, (…) quand je compare ma jeunesse et celle de mes enfants, je ne peux pas, c’est incomparable »18Propos recueillis lors d’un entretien avec un habitant de ...continue.
Les paroles de cet homme permettent de mettre en avant la perception négative de 1’évolution de la culture de la jeune population qui est « incomparable » avec la culture traditionnelle. Il existe à Douz une mosaïque de comportements face à la confrontation à une autre culture.
Nous pouvons constater différents stades d’intégration sociale et culturelle par le biais du tourisme. Ces stades d’intégration sont interpellés d’un côté par l’habitant, qui renie toutes valeurs hors de sa propre culture pour se protéger des effets des touristes, qu’il nomme « une pollution », et de l’autre par celui qui veut masquer sa culture par celle de l’Europe (particulièrement de l’Allemagne, la France et 1’Italie). Dans le second cas, il s’agit essentiellement de jeunes hommes dont 1’image de l’Europe est celle du « rêve » voire de « l’Eldorado ». Il voit à travers l’Europe, l’emploi, la richesse (voiture, loisirs, technologie, etc.), et le bonheur. Ses référentiels sont les touristes, mais également les séries télévisées et les émigrés qui reviennent pour des vacances ou au moment de la retraite. Ainsi, ces jeunes hommes tentent d’imiter les touristes d’après 1’image qu’ils en perçoivent.
Tourisme et effets de démonstration : de l’être au paraitre
D’après Zamiti (1993), « vu la fragilité de l’économie présaharienne et la préconise [sic] du système oasien, le développement du secteur touristique est en train de provoquer une mutation grandiose qui fait passer la société de l’être pour soi-même au paraitre pour le spectacle » (p. 4).
Les effets de démonstration proviennent selon Cazes (1992) du reflexe et « imitation » et du concept de « contagion » par les autochtones. Ainsi, il résulte d’un contact direct avec les touristes le réflexe d’imitation (du visiteur au salarié ou au commerçant), puis de manière induite le processus de « contagion » (des individus en contact fréquent avec les touristes à leurs familles, leurs amis, leurs voisins, etc.). Dès lors, l’intensité des effets de démonstration dépendra des références éducatives et culturelles, de l’attachement aux valeurs traditionnelles, et de l’intérêt pour la culture étrangère. A Douz, ces effets sont très visibles dans les pratiques sociales (comportements vestimentaires occidentaux, évolution notable de l’utilisation du téléphone portable, etc.). Pour les autochtones attachés à leurs cultures, ces comportements sont ressentis comme un bouleversement tragique19Ces mots ont été utilisés par certains mérazigues pour ...continue. Même si certains effets de démonstration ont permis le développement du confort.
« Avant on considérait les touristes comme un miracle, mais aujourd’hui il y en a dans tous les coins, donc les jeunes veulent s’habiller et faire comme eux, donc c’est fatal, c’est vraiment fata »20Propos recueillis lors d’un entretien avec un habitant de ...continue.
Nous pouvons mettre en exergue un paradoxe chez les personnes attachées à leurs cultures. En effet, elles refusent la jeunesse de leurs enfants à travers la modernité, mais montrent eux-mêmes une forme de modernité avec la détention de certains objets tels que le téléphone portable, ou par leur comportement (la plupart d’entre eux fument, regardent les satellites des chaînes de télévision étrangères, etc.).
Les effets de démonstration sont parfois une source de transgression des interdits moraux, religieux et culturels, comme la consommation d’alcool interdite dans le coran. « Avant on pouvait pointer ceux qui buvaient de l’alcool, tout le monde les connaissait. Aujourd’hui, presque tous les jeunes ont déjà bu de l’alcool »21Idem.. Cette hausse de consommation est en étroite relation avec 1’ouverture des hôtels de la zone touristique qui possèdent au minimum un bar avec de nombreuses variétés d’alcool.
Les relations personnelles directes entre visiteurs et visités ont des effets plus considérables que les conduites d’imitation. Elles conduisent parfois à une « contre-culture » (Claval, 2003, p. 78), où l’hospitalité est orientée vers 1’intérêt et le bénéfice.
De la représentation culturelle à la carte postale folklorique
Le Festival de Douz ou le Festival à Douz ?
D’après Kassah (1996), « II est indéniable que certaines formes d’activités touristiques destinées à distraire une clientèle soucieuse d’exotisme et de dépaysement risquent de réduire en folklore un héritage culturel et de transformer en spectacle une société jadis pleine de vie et de créativité » (p. 296).
Le processus de folklorisation à Douz est né du festival international du Sahara. Autrement dit, le festival a pris un aspect pittoresque dépourvu de sérieux et d’authenticité.
Quelles sont les dynamiques qui ont transformé ce festival ? Comment se matérialise cette folklorisation auprès de la population ?
Depuis une dizaine d’années, le festival connait une profonde transformation. II est passé de « encourager à garder leurs coutumes »22Ancien président du festival. Il était en 1967 le ...continue(les coutumes des habitants) à quatre jours où nous pouvons observer des « artistes internationaux accompagnés de troupes folkloriques et la participation d’un grand nombre de cavaliers et de méharis »23 Ibid..
Dès lors, le festival est devenu un centre d’intérêts divergents entre les habitants de Douz et les institutions (mairie, comité du festival). Le festival a actuellement perdu son objectif. Ses principes reposent sur 1’internationalisation de l’économie par le biais du tourisme et les relations de coopérations internationales. Ainsi, il est destiné à créer des liens entre les membres du comité du festival et d’autres pays et pour attirer le plus grand nombre de touristes. Pour ce faire, la population qui, avant, était mobilisée, est aujourd’hui remplacée par des troupes folkloriques de multiples cultures (planche n° 1). (Tant orientales qu’occidentales). Pour le président du festival, « le Festival est une façon de montrer la culture ». Une culture certes, mais pas celle des bédouins. « Ce que tu vois au festival ce n’est pas Douz (…) ce ne sont pas nos traditions (…) c’est du folklore (…) »24Concepteur, metteur en scène, plasticien de Douz, il ...continue. Tels sont les mots exprimés par le concepteur.
II y a moins d’une dizaine d’années, la population de Douz attendait cette manifestation culturelle avec enthousiasme. Aujourd’hui elle se sent « trahie » par ce festival : « il [le festival] nous amène à la destruction de l’intérieur (…) il oblige les gens à ne pas être vrai, à être l’image de l’autre »25 Ibid..

La diffusion du folklore
Le phénomène du folklore se retrouve également dans les hôtels de la zone touristique où les touristes enfilent une djellaba et un chèche pour réaliser la promenade en dromadaire. Ainsi, au moment du coucher ou du lever de soleil, les dunes au sud de la zone touristique se transforment en un théâtre de touristes au semblant de nomades. Les troupes de danses et de musiques, qui agrémentent les soirées des touristes dans les hôtels et les campements, ne reproduisent plus la musique traditionnelle qu’elles avaient coutumes d’effectuer pendant les mariages. Elles sont devenues des troupes folkloriques qui offrent aux spectateurs une musique uniformisée dans toute la Tunisie, celle de Djerba ou d’Hammamet se retrouve à Douz. D’ailleurs, les troupes changent de lieu presque tous les soirs, elles vont de Douz à Matmata en passant par Djerba ou Tozeur.
Le folklore se glisse également dans la représentation de l’image de Douz, et ce par les cartes postales. Les cartes symbolisaient jusqu’à une date récente l’authenticité de la région avec les chameliers dans les dunes, ou la palmeraie. Désormais, ces cartes sont mêlées à celles que nous retrouvons dans les commerces du littoral à destination du tourisme de masse : des cartes qui n’ont plus de sens, où le dromadaire est déguisé et se met à imiter le comportement de l’homme.
Le folklore prend ainsi des dimensions de plus en plus de mesure dans la perspective d’accroitre le tourisme. Cependant, le type de touriste que ce folklore attire n’est autre que celui du balnéaire friand de toutes ces distractions.
Le tourisme a favorisé un déséquilibre socioculturel. Il s’est ainsi constitué un système culturel dual, avec d’un côté les habitants (en général âgés de plus de 40 ans) attachés à leur culture reflet de la tradition, qui rejettent les nouvelles formes de penser, de 1’autre les jeunes aspirés par « le rêve européen ». Au niveau du territoire, cette culture duale se traduit par une différentiation socio-spatiale sur le plan de la fréquentation des lieux. Les jeunes se retrouvent de plus en plus dans des nouveaux lieux (bars, salles de jeu, cafés, publinet…) souvent dans 1’optique de rencontrer des touristes et occupent les activités récentes ou en relation avec le tourisme (vendeur dans des boutiques de musique et de photographie, chamelier, serveur, etc.). Alors que les autres, aux caractères traditionnels, se retrouvent dans les cafés traditionnels du centre-ville pour jouer (aux cartes ou aux dominos) et vont très rarement dans un quartier différent de leur habitation. Leur espace reçu est plus restreint que celui des jeunes. Ils ne sortent de la ville que pour des raisons exceptionnelles.
Est-ce que ce système dual ne met pas en avant une problématique de transition culturelle, dont l’une des dynamiques serait le tourisme ? Une culture où les bases seraient l’individualisme, la modernité, et le loisir, autrement dit le modèle occidental ?
La Tunisie saharienne : le tourisme culturel existe-t-il ?
Au niveau social et culturel, l’espace saharien s’avère une véritable source de mystification. Au lieu de vendre du rêve pour attirer les foules, n’est-il pas plus intéressant de marquer les esprits et de saisir les raisons qui ont fait que les hommes ont su maitriser et manipuler à merveille l’espace désertique. N’est-il pas préférable aujourd’hui de comprendre pourquoi l’on continue à vivre au désert ? En d’autres termes, le Sahara peut-il occuper une place de choix pour un authentique tourisme culturel ?
Il est certain que les populations vivant dans le milieu saharien et particulièrement dans les oasis ont construit des systèmes anthropiques particuliers. Bâtis dans un environnement « hostile » ces systèmes sont des preuves exemplaires d’un développement durable construit harmonieusement dans une nature hostile et extrêmement contraignante.
Les relations au sein de cette population saharienne reposent sur des cultures, des traditions, des identités et des rapports sociaux forts, établis au fil des siècles. Ces éléments forment des « aménités patrimoniales » qui viennent s’ajouter aux aménités de l’environnement pour former la base de la fascination, de la séduction et par conséquent de l’attirance des touristes. Le tourisme saharien s’y attarde donc, mais d’une façon différente selon son mode opératoire. Concernant ceux qui sont passionnés par les excursions, les conséquences au niveau culturel sont réduites à une consommation brève et insignifiante. D’ailleurs, il s’agit parfois d’un probable risque de folklorisation des cultures existantes sous la forme de représentations marchandes souvent marginalisées et négligées. Toutefois, concernant les touristes venus chercher plus d’authenticité et de richesse, certains tour-opérateurs proposent des relations plus approfondies auprès de l’habitant au sein de villages ou de campements. Malgré une volonté sincère de bien se conduire, il s’avère nécessaire d’entamer des enquêtes sur l’effet réel de cette intégration répétitive des visiteurs en tant que touristes venant du nord au pouvoir d’achat considérable et à la culture dominante au sein de ces populations délicates.
Dans les deux cas, les effets négatifs engendrés par la liaison de cultures variées et différentes à travers des relations qu’il faudrait bel et bien considérer comme essentiellement marchandes et déséquilibrées, quelle que soit leur forme, persistent. La mise en relief du tourisme ne peut donc être, conçue sous cet angle de vision, uniquement neutre, et on se pose alors la question selon quelles adaptations, ces cultures et ces identités, qui représentent l’authentique patrimoine humain saharien, peuvent y continuer à survivre sans risquer de tomber dans les contraintes de l’acculturation, du rejet ou de la folklorisation. Par ailleurs, l’introduction de nouvelles activités peut engendrer un déséquilibre des hiérarchies économiques et sociales, tel est le cas du détournement de la main d’œuvre vers les services rendus aux activités touristiques aux dépens des activités traditionnelles nécessaires à l’entretien des oasis. Nous avons donc affaire à un important paradoxe d’oasis menacés par défaut d’entretien, et donc perdant une grande partie de leur attractivité et de leur valeur.
Enfin, dans les villes et les villages, la représentation « typique » des lieux censés répondre aux besoins des touristes présente également des risques de déviation vers une authenticité de pacotille telle qu’on la retrouve déjà largement dans les produits artisanaux.
De telles constatations montrent que le tourisme au Sahara pose des questions de recherche qui ont été déjà traitées dans d’autres recherches.
– Le risque d’une forme de « tragédie des communs » : l’activité touristique se fonde sur un certain nombre de biens communs, de nature environnementale ou patrimoniale, ce qui a donné la définition des « tourism commons ». Or, ce risque peut être corroboré par le jeu même des activités attachées au tourisme. Le traitement de la question des formes de propriété et d’accès à ces « tourism commons » est primordial du point de vue de la gestion de ce risque.
– Les formes de qualification des oasis liées à l’activité touristique : les activités touristiques contribuent, parallèlement à d’autres activités, à la production d’une « caractéristique de qualité territoriale », dans la mesure où les biens et services touristiques vont s’intégrer dans un « panier de biens», qui renfermera de son côté un certain nombre de biens communs et un ensemble d’autres biens privés, comme par exemple des produits agroalimentaires de terroir, qui participeront à ce système de qualification. Cette caractéristique constitue un actif spécifique dont peut bénéficier l’ensemble des activités en question. Toutefois, la contribution de cette caractéristique de qualité à la production de revenus pour les acteurs locaux dépend largement de la structuration des activités touristiques et des formes de la constitution du panier (panier à proprement parler ou « bundle » composé par les « tour- operateurs »).
– Ces conclusions peuvent mener vers une interrogation sur l’effet des revenus résultés par les activités touristiques qui mettent en lumière les actifs environnementaux ou patrimoniaux dans les régions en question : sont-ils semblables à ceux obtenus suite à des activités touristiques contribuant à la destruction de ces actifs ? Cette problématique a été posée dans le cadre du transfert de gestion aux populations locales dans les zones protégées et pourrait être répandue au cas des oasis.
– Ceci mène à s’interroger sur l’importance du tourisme saharien dans le développement local des zones en question et à s’interroger, de plus, sur le rapport entre développement local et stratégie nationale de développement.
Ces interrogations d’ordre théorique devraient notamment structurer les projets de recherche sur la contribution du tourisme oasien et la dimension comparative avec d’autres cas de zones fragiles.
Conclusion
La littérature internationale souligne qu’à un niveau global on passerait d’un tourisme « de masse », standardisé, à des formes de tourisme alternatives, marquées par l’orientation de la demande vers une consommation plus « authentique » et porteuse de plus de « sens ». Cette interrogation s’impose particulièrement dans le cas du développement du tourisme saharien. En Tunisie, le tourisme au Sahara s’effectue principalement sur la base de prestations génériques identiques à celles du modèle balnéaire. Ce type de tourisme alternatif peut être limité et mis en danger par une augmentation du nombre de touristes au-delà de sa capacité de charge. D’après notre étude de cas, le tourisme a permis de développer l’oasis de Douz en termes d’aménagement, d’économie et de modernité. Mais, le tourisme prédominant dans l’oasis est le tourisme de masse. Pourtant, le tourisme individuel assuré par des guides locaux s’affirme comme un atout pour Douz. Il en résulte une économie dépendante et incertaine en raison du contexte international instable.
En effet, le tourisme a indéniablement engendré une modernisation de 1’oasis de Douz où aujourd’hui se mêlent tradition et modernité sur un même territoire. Ce qui a généré une société en perte de repère laissant apparaitre une société duale et une dégradation environnementale pouvant devenir non réversible, si la tendance continue. De ce fait, le système oasien tend vers le déséquilibre.
Pour rééquilibrer l’oasis de Douz, nous pourrions envisager d’accompagner l’économie touristique et la culture de la datte par plusieurs activités. Dès lors, il serait souhaitable que la collectivité territoriale diversifie ses investissements, ceci lui permettrait d’être plus indépendante du niveau national et international. Ainsi, limiter le tourisme de masse et favoriser le tourisme « alternatif » ou « individuel » tout en respectant la capacité de charge du milieu d’accueil. Aussi, la création des projets associant la population et la mise en valeur des particularités locales (cultures, paysages, architectures, etc.) permettrait de rendre indépendant le tourisme de Douz et plus généralement le tourisme saharien. Toutefois, nous devons signaler l’initiative de certains acteurs locaux dans des projets culturels ou économiques. Néanmoins, certains projets se voient freinés par des questions d’ordre politique.
References
| 1. | ↑ | Les deux autres pôles du Nefzaoua sont Kébili (28 km au nord de Douz) et Souk Lahad (44 km au nord de Douz). |
| 2. | ↑ | La Commune de Douz fut créée le 9 janvier 1957. |
| 3. | ↑ | Propos recueillis lors d’un entretien avec le porteur du projet qui est le propriétaire de l’agence Douz voyage. |
| 4. | ↑ | A cette époque et même encore aujourd’hui dans certaines circonstances, nous privilégions la beauté du site à son devenir environnemental. C’est pour cela que la palmeraie fut l’emplacement du premier lieu touristique à Douz. |
| 5. | ↑ | Les deux autres relais se localisent près de point d’eau l’un au lac de Zaafrane (12 km au sud-ouest de Douz) qui est aujourd’hui asséché, l’autre à la source de Grade. Ces deux relais servaient de campements. |
| 6. | ↑ | Les référents au désert sont aussi bien les éléments qui le composent que la culture et les modes de vie liés au Sahara. |
| 7. | ↑ | Ce Sont uniquement les agences officielles, c’est-à-dire celles qui bénéficient d’une licence. |
| 8. | ↑ | Le classement des pratiques touristiques est basé sur le fait touristique en Tunisie, et plus particulièrement à Douz. C’est pourquoi nous pouvons distinguer le tourisme individuel et le tourisme de masse. Ce dernier est identifié à une forte fréquentation de touristes (à Douz le seul lieu fortement fréquenté est la zone touristique). Ces touristes sont arrivés le plus souvent en vols charters et acheminés dans de grands hôtels. Tandis que les touristes de type individuel ou dit « routard » ne fréquentent en général pas ce type d’hôtels. Néanmoins, cette distinction n’est pas valable dans d’autres pays. |
| 9. | ↑ | Local regroupant des cabines téléphoniques. |
| 10. | ↑ | Ce chiffre ne comprend pas les hôtels non classés du centre-ville de Douz. |
| 11. | ↑ | Statistiques provenant d’une enquête du bureau de l’emploi. |
| 12. | ↑ | Sources personnelles (d’après nos travaux de terrain à Douz). |
| 13. | ↑ | Le nombre d’employés temporaires et le nombre de personnes recrutées ne sont pas déterminés par les agences. A titre indicatif, une agence peut recruter jusqu’à 40 chameliers. |
| 14. | ↑ | Le budget municipal est principalement consacré au développement touristique avec deux axes principaux : l’accessibilité avec les voiries et la mise en valeur du patrimoine (édition de statues, rénovation, etc.). |
| 15. | ↑ | La commune a été promue « la commune la plus propre de la Tunisie » en 1999. Néanmoins, cette qualification se base uniquement sur l’apparence des rues principales et de la zone touristique. |
| 16. | ↑ | Un grand nombre d’emplois artisanaux ne se pratiquent plus en raison de l’importation des produits artisanaux ou des produits fabriqués par les industries. |
| 17. | ↑ | D’ailleurs la plupart d’entre eux se disent avant tout bédouins : « nous les bédouins… |
| 18, 20. | ↑ | Propos recueillis lors d’un entretien avec un habitant de Douz. |
| 19. | ↑ | Ces mots ont été utilisés par certains mérazigues pour parler de l’évolution de la société. |
| 21. | ↑ | Idem. |
| 22. | ↑ | Ancien président du festival. Il était en 1967 le secrétaire général de la municipalité de Douz puis il réalisa deux mandats de 1975 à 1985 en tant que maire. C’est également le pionnier du tourisme à Douz. |
| 23, 25. | ↑ | Ibid. |
| 24. | ↑ | Concepteur, metteur en scène, plasticien de Douz, il s’est occupé de « mettre en scène » le festival international du Sahara de 1991. |
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